La chorégraphe et danseuse Marie Cambois revient au solo avec Inside out, une variation fade autour de l’univers lynchien.
Tout commence dans une cuisine. Dans un court-métrage projeté au-dessus de la scène, on voit l’interprète effectuer les gestes simples qui ponctuent la préparation d’un repas : couper un chou rouge, peler des œufs, pétrir une pâte. Après avoir signé les chorégraphies de nombreux artistes (Elsa Pion, Maud Pizon, Morgan de Quelen, Lotus Eddé Khouri), Marie Cambois, co-fondatrice et directrice artistique de La Distillerie collective basé dans le Grand Est, revient au solo en rendant hommage à son amour pour le cinéma. Dans l’atmosphère chaleureuse que diffuse un feu de cheminée, une étrange silhouette semble épier la cuisinière qui se concentre sur sa tâche. Petit à petit, ses gestes vont devenir plus amples jusqu’à capter toute notre attention. Comme un préambule, on retrouvera ces mouvements clefs disséminés dans la suite de la chorégraphie. Bientôt, le décor se fond lentement au noir et l’interprète danse seule, comme échappée de sa cuisine.
D’un rêve étrange à l’autre, le corps de la chorégraphe entre enfin en scène, émergeant d’une nuée de fumée dans le clair-obscur d’une chambre tapissée de velours, habillée de néons qui en accentuent la perspective. À l’image de la célèbre chambre rouge de la série Twin Peaks de David Lynch, la pièce va devenir le réceptacle d’éléments symboliques épars, comme autant de pièces du puzzle qui recompose un portrait féminin sous nos yeux. Comme dans l’univers reconnaissable entre mille du réalisateur américain, maître de l’étrange, il nous revient de créer un lien entre les éléments qui se présentent pour mieux les assembler ou, au contraire, pour en apprécier toute la bizarrerie. Une voix off de femme évoque le souvenir d’un être cher disparu, cherchant la réminiscence de son parfum dans le moindre détail, tandis que la chorégraphie morcelée évoque un corps désarticulé sous les prises de vue d’une pellicule vorace dont le cliquetis du moteur résonne jusqu’à l’abrutissement. La séquence finale met en scène la silhouette de l’interprète drapée d’une robe noire de madone entonnant une dernière chanson mélancolique avant de quitter la pièce.
Si le parti-pris de l’abstraction et du refus de narration claire est ici assumé, les images invoquées n’inventent malheureusement rien de nouveau et sont loin de convoquer l’audace imaginative de David Lynch dont elles se réclament. Aux lumières inutilement stroboscopiques, s’ajoutent des références visuelles qui accumulent le déjà-vu. Le cabinet de curiosités invoqué ici possède pourtant la matière nécessaire pour se déployer totalement et gagnerait donc à prendre en envergure.
Fanny Imbert – www.sceneweb.fr
Inside out
Conception, réalisation et interprétation Marie Cambois
Musique et bande-son Anthony Laguerre
Scénographie, construction et régie Thierry Mathieu
Regard et écoute complice, jeu film Elsa Pion
Lumière Jean Huleu
Costume Paul Andriamanana Rasoamiaramanana
Chef opérateur et montage Vincent Tournaud
Regard extérieur Thomas Flagel
Construction Gianlucca Curulla – Métallerie TCC
Musique additionnelle Mitch Pirès
Coécriture chanson Matt ElliottProduction La Distillerie collective
Coproduction et résidences Pôle-Sud – CDCN de Strasbourg, CCAM – Scène Nationale de Vandœuvre-lès-Nancy, Le Carreau – Scène Nationale de Forbach, CCN – Ballet de Loraine dans le cadre du Dispositif Accueil-Studio, Théâtre du Marché aux Grains, Bouxwiller, Studio Shadyn
Soutien Ministère de la Culture – DRAC Grand-Est, la Région Grand Est et la Ville de NancyDurée : 50 minutes
CCAM, Scène nationale de Vandœuvre-lès-Nancy
du 25 novembre au 3 décembre 2025Le Carreau, Scène nationale de Forbach
le 31 mars 2026





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