Avec História do Olho, la metteuse en scène brésilienne Janaina Leite dévoile un spectacle rock, tendre et burlesque, d’après le roman éponyme de Georges Bataille, où les scènes pornographiques et les parodies littéraires ouvrent des possibles sensuels.
En 1928, Georges Bataille publiait Histoire de l’œil. Bref roman paru clandestinement sous l’alias Lord Auch, il raconte les péripéties sexuelles, perverses et violentes de deux ados. La metteuse en scène Janaina Leite reprend ce récit érotique pour imaginer História do Olho avec onze performeurs et travailleurs du sexe. En 2020 déjà, dans Stabat Mater, la Brésilienne demandait à des acteurs et actrices pornos : « Participeriez-vous au tournage d’une scène porno avec moi, dirigée par ma mère ?», pour finir par réaliser elle-même ce fantasme incestueux. Sur la scène transformée en grand terrain de jeu pluridisciplinaire, à la fois dancefloor, peep-show et scène de concert, História do Olho mêle littérature et témoignages pour célébrer la liberté et la sensualité des corps.
Assis sur une chaise au milieu de la scène, encadrée par le public réparti en trifrontal, un performeur montre fièrement une série de trophées sous les applaudissements des spectatrices et spectateurs, affichant les titres « meilleur passif » et « meilleur oral ». Tour à tour, chacun raconte comment il ou elle a découvert la pornographie et le travail du sexe, ses interactions sur des chats vidéo aléatoires, sa fascination pour les vidéos gore. Ce qui pourrait, au départ, ressembler à une pièce documentaire bascule vers la littérature en introduisant le texte d’Histoire de l’œil, ses personnages aux érotiques tordues et sadiques, et ses chapitres qui vont structurer la performance. Les prises de parole s’agencent dans un ensemble foisonnant, laissant peu de place à l’ennui. Trip urophile dans une piscine gonflable, fist fucking participatif, dégobillage dans un seau, pénétration avec un gode ceinture sont au programme de ce joyeux carnaval punk, quand ce ne sont pas un concert rock qui parodie le texte de Bataille, une suspension dans les airs par la peau du dos ou des saynètes d’Histoire de l’œil, où les perruques de mauvaise facture et les costumes font penser à un film porno cheap.
Les performeurs – dont les tenues légères, harnais de cuir, short de sport, tenues d’écolière, changent en permanence – jouent avec la surprise du public devant leurs gestes non conventionnels et pornographiques. Pourtant, rien n’est vraiment choquant, car ils parviennent à inclure la salle avec légèreté et tendresse. Un jeu d’action ou vérité révèle les kinks de l’assemblée et on propose à une spectatrice de fesser un performeur avec le livre de Bataille. Une manière de nous décomplexer de cette posture de voyeur, embarrassante de prime abord ? Les spectateurs finissent par s’avancer sur la scène pour observer les performeurs en plein acte, laissant leur pudeur sur les sièges. Plaisir, douleur, dégoût, désir, jouissance… tout s’entremêle dans ce conte qui autorise à explorer, dans un élan collectif, des émotions et pratiques vues comme honteuses. En donnant accès, comme le fait le texte de Bataille, à un registre sensuel singulier, et avant tout libérateur.
Belinda Mathieu – www.sceneweb.fr
História do Olho
Concept, dramaturgie et mise en scène Janaina Leite
Dramaturgie et assistance à la mise en scène Lara Duarte, André Medeiros Martins
Avec André Medeiros Martins, Armr’Ore Erormray, Carô Calsone, Cusko, Georgia Vitrilis, Ian Figlioulo, Isabel Soares, Janaina Leite, Lucas Scudellari, Tadzio Veiga, Ultra Martini, Vini The Kid
Performance de suspension Darktitah, Darkinho, Georgia Vitrilis, Jafa di Lamba, Pamkhada, Pombo Morcego et performeurs invités
Compositions et performances originales André Medeiros Martins, Ultra Martini et Vini The Kid
Régie lumière Wagner Antônio
Conception des costumes Melina Schleder
Entraînement corporel et direction technique Lara Duarte
Production musicale Mateus Capelo
Construction scénique : Edson Luna, Wanderley Wagner da Silva
Conception du mannequin articulé Tadzio Veiga
Gestion de production originale Carla Estefan (Metropolitana Gestão Cultural)
Arrangements sonores, conception et régie son Renato Navarro
Régie lumière Felipe Tchaça
Régie générale Leticia KarenSoutien Teatro Mars ; Centro Cultural da Diversidade
Coproduction MITsp – Festival International de Théâtre
Présenté par Prêmio Zé Renato para a Cidade de São Paulo (Prix théâtral Zé Renato)
Avec le soutien de l’Onda – Office national de diffusion artistiqueDurée : 2h40 (entracte compris)
Vu en mai 2026 aux Halles de Schaerbeek, Bruxelles (Belgique), dans le cadre du Kunstenfestivaldesarts
Le Carreau du Temple, dans le cadre de Paris Globe, Festival artistique international
les 28 et 29 maiFestival TransAmériques, Usine C, Montréal (Canada)
du 6 au 10 juin


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