C’est l’une des pièces les plus connues du répertoire théâtral. L’Opéra national du Rhin et le chorégraphe Bryan Arias relèvent le défi de faire danser Hamlet, dans un ballet où l’hésitation du prince du Danemark évoque les dilemmes « politiques » de notre époque.
Photo Limeart
Être ou ne pas être ? Seul sur scène dans l’obscurité, le héros de William Shakespeare (1564-1616) se contorsionne, le visage décomposé, évoluant vers la terre ou le ciel, prêt à s’étrangler de ses propres mains. Privé de parole, Hamlet exprime son désespoir par tout son corps, juste avant que le rideau tombe à la fin du Ier acte. Dans cette scène, la plus célèbre de la littérature anglaise, le jeune prince hésite entre se suicider ou venger son père, assassiné par son propre frère, qui a usurpé la couronne et épousé la mère d’Hamlet.
« C’est une scène de réflexion et de doute, de conflit entre la décision et l’indécision », résume le chorégraphe Bryan Arias. Un dilemme évocateur de la situation politique actuelle, selon ce New-yorkais né à Porto Rico. Fidèle à la trame du drame dominée par la mort, il en a fait une histoire dansée très vivante, en la racontant du point de vue d’Ophélie, la fiancée d’Hamlet.
Sur un plateau où les tons gris dominent, les nombreux danseurs du Ballet de l’Opéra national du Rhin évoquent les pions d’un jeu d’échecs, emportés par un destin tragique autour d’un roi et d’une reine maléfiques. Avec la difficulté pour eux de devoir transposer par la danse une histoire racontée à l’origine avec des mots.
Hanté par le doute
« Hamlet est accablé et il est au pied du mur. La violence est immorale mais ne rien faire équivaut à une trahison. Et j’ai le sentiment que les gens aujourd’hui ressentent la même chose dans leur environnement politique et social », explique le chorégraphe. Comme pour lier l’oeuvre de la Renaissance au contexte d’aujourd’hui, son ballet mélange les époques : sa chorégraphie superpose sans accroc danse classique et contemporaine et les costumes traversent les siècles, en commençant par l’armure du roi assassiné, qui revient en spectre pour hanter son fils.
« Hamlet n’est pas un personnage d’action, c’est un personnage d’inaction », observe Marin Delavaud, danseur de 31 ans qui tient le rôle titre en alternance, après une prestation d’une heure trente où il est presque constamment sur scène. De son point de vue, le rôle est encore plus difficile « émotionnellement » que physiquement. « Hamlet passe son temps à se demander quoi faire plutôt que d’agir. Et finalement, ses actions ne vont avoir lieu qu’à la fin. Sans action, sans grandes actions, il faut arriver à raconter quelque chose tout en étant dans le doute permanent. Pour moi, c’est là où réside la difficulté de ce rôle. »
La musique a été confiée à Tanguy de Williencourt, chef de chant à l’Opéra de Paris, qui dirige pour l’occasion l’Orchestre national de Mulhouse. Sans composer de musique originale, il a réuni, comme pour la bande-son d’un film, des morceaux de Sibelius, Tchaïkovski, Chostakovitch et Grieg.
Patrick Baert © Agence France-Presse
Hamlet
Chorégraphie Bryan Arias
Direction musicale Tanguy de Williencourt
Avec le Ballet de l’Opéra national du Rhin et l’Orchestre national de Mulhouse
Assistante à la chorégraphie Alba Castillo
Dramaturgie musicale Tanguy de Williencourt
Dramaturgie Gregor Acuña-Pohl
Costumes Bregje Van Balen
Décors, lumières Lukas MarianDurée : 2h05 (entracte compris)
La Filature, Scène nationale de Mulhouse
les 30 janvier et 1er février 2026Opéra national du Rhin, Strasbourg
du 8 au 13 février


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