Avec le trio Éclats, Léa Vinette sculpte une chorégraphie généreuse, où des gestes éparpillés façonnent, progressivement, une danse chorale, éruptive et singulière.
Face à la salle, trois interprètes se tiennent debout. Ils forment un triangle, bien espacés les uns des autres. Une ballade mélancolique résonne, Lonesome Town de Ricky Nelson. Après le solo NOX (2022), qui explorait l’impact de la nuit sur le corps et l’imaginaire, puis Nos FEUX (2024), duo sur le self-control, Léa Vinette continue une recherche où des gestes subtils et contrôlés, menacent de déborder. Éclats (2025) poursuit cette route, en faisant surgir des mouvements épars et chaotiques, où les corps cherchent à s’accorder.
L’attitude des interprètes est neutre, de leurs pieds nus posés sur le sol à leurs regards inexpressifs. Le timbre chaleureux du chanteur laisse place à une musique pulsée. Ce sésame qui active une machine qui ne va pas s’arrêter, avant la fin de la pièce. Le bras d’un interprète s’arrondit sur le côté, ceux de son voisin ondulent, quand un autre fait tourner son buste sur l’axe de son bassin. Les gestes jaillissent, en fragments désordonnés, comme s’ils s’entrechoquaient les uns aux autres. Ici, les jambes pliées dans une « grande seconde » ; là, des mains appuyées sur la poitrine, tentant de sentir les battements du cœur.
Le dossier de presse affiche la représentation d’une scène de danse du peintre flamand Pieter Brueghel, la photo d’une rave party ou une image d’Emma Stone dansante, extraite du film Pauvres Créatures de Yórgos Lánthimos. Toutes évoquent des phénomènes de danse spontanée. À l’inverse des danses frénétiques et des hurlements du Delirious Night de Mette Ingvartsen, qui faisaient également écho aux folies dansantes qui ont traversé le Moyen-Âge en Europe, l’enthousiasme d’Éclats est bien plus mesuré.
Ce trio expérimente plus qu’il ne performe. Cette recherche prend corps d’une part entre les interprètes, qui éprouvent comment les interactions changent les corps et leurs déplacements, et d’autre part avec le public, dont les danseurs s’éloignent et se rapprochent, en jouant avec des regards plus ou moins appuyés. Si cet agencement hésitant prend du temps pour trouver son rythme et sa cohérence, il finit par donner naissance à une danse énergique à l’unisson, fluide, combative et concentrée sur place. Sur les scènes contemporaines, les gestes dansés sont souvent empruntés, recyclés, réagencés – consciemment ou inconsciemment. Léa Vinette, Vincent Dupuy et Daniel Barkan esquivent cette facilité. Ce mode de composition empathique est un terreau chorégraphique fertile, qu’il nous tarde de voir fleurir et se déployer.
Belinda Mathieu – www.sceneweb.fr
Éclats
Conception Léa Vinette
Écriture chorégraphique et performance Léa Vinette, Vincent Dupuy, Daniel Barkan
Participation à la recherche chorégraphique Maureen Nass
Assistant Simon van der Zande
Dramaturgie Sara Vanderieck
Costumes Luca Tichelman
Création musicale Miguel Filipe
Mixage et montage son Dejan Banovic
Régie son David Leblanc
Création lumière et régie Marinette Buchy
Soutien physiologique Florence AugendreCoproduction Cndc Angers ; CDCN Les Hivernales ; TU Nantes ; Chorège CDCN / 2angles ; La Passerelle Scène nationale de Saint Brieuc ; Réseau Tremplin (Léa Vinette est soutenue par le réseau Tremplin de 2024 à 2027), Charleroi Danse, Établissement public du parc et de la Grande Halle de la Villette dans le cadre du programme Initiatives d’Artistes, MIXT terrain d’arts en Loire Atlantique
Accueil en résidence Grand Studio, Bruxelles; Workspacebrussels; BUDA Kunstencentrum, Courtrai ; Cie 29.27 / SEPT CENT QUATRE VINGT TROIS, Nantes – artiste invité
Accompagnement Grand Studio, Bruxelles
Avec le soutien de la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques), de l’Onda, Office national de diffusion artistique et de la Caisse des Dépôts dans le cadre de leur programme TRIO(S) volet émergenceDurée : 50 minutes
Vu en janvier 2026 au TU-Nantes
Mac Orlan, Brest, dans le cadre du festival Décadanse
le 30 janviermicadanses-paris, en coréalisation avec La Villette, dans le cadre du festival Faits d’Hiver
du 11 au 13 févrierLes Hivernales, CDCN, Avignon
le 21 févrierCndc Angers, dans le cadre du festival Conversations
les 17 et 18 marsMarni, Bruxelles, dans le cadre du D Festival (Belgique)
les 2 et 3 avrilCap Danse, CDCN Danse à tous les étages, Concarneau
les 19 ou 20 septembreLa Passerelle, Scène nationale de Saint-Brieuc
les 15, 16 ou 17 décembreLe Quatrain, Haute-Goulaine
durant la saison 2027-2028



Bonjour
Pour vous signaler une petite coquille : il s’agit d’Emma Stone (et non Watson) qui a joué dans le film « Pauvres créatures » de Yorgos Lanthimos.
Bien à vous
Philippe
Bonjour Philippe, merci, l’erreur est corrigée, bonne journée.