Un petit bonhomme. Chez lui. Seul. On devine, à l’extérieur, un monde gris, répétitif. Peut-être lourd ; peut-être anxiogène. Chez Henri Michaux, notre petit bonhomme s’appellerait Plume ; chez Jean Tardieu : Monsieur ; chez Jacques Prévert : Quelqu’un. Il pourrait dire, comme Boris Vian : « Je veux une vie en forme d’arête ». Il est leur frère à tous.
Il partage avec eux leur insatisfaction du monde tel qu’il est. Et comme eux, il le questionne, ce monde, il cherche des moyens pour « intervenir », pour le transformer.
Donc, il parle. A lui-même ? Aux autres ? C’est sans importance. Il raconte. Ses récits lui tiennent lieu d’action. Ses histoires – les invente-t-il ? Se contente-t-il de les transmettre ? – partent toujours du quotidien le plus banal, que décident de remettre en cause des personnages étranges, obstinés, ou d’autres qui, un beau jour, « s’arrêtent », disent : « ça suffit ». L’un décide de « ne plus rien savoir », l’autre entreprend de vérifier que la terre est bien ronde, le troisième, impuissant à changer les choses, décide d’en changer au moins les mots…Et peu à peu, en douceur, chacun, à tour de rôle, remet en question des vérités qui nous sont imposées depuis le plus jeune âge. Et chacun, à tour de rôle, nous entraine dans sa quête, dans sa lutte, dans l’élaboration, parfois laborieuse, toujours excitante (jusqu’où va-t-il pouvoir aller ?) de son utopie. De sa démarche radicalement poétique, au sens originel du terme : fabricant de mondes…
Certes, le retour à la « vie normale » ne se fait pas toujours sans douleur. Le « réel » se charge du rappel à l’ordre. Mais le temps d’une histoire, on a voyagé, on a quitté les rivages connus, on a fait fi des limites imposées par le quotidien, on a respiré large, on s’est confronté à d’autres logiques, à d’autres univers. On s’est révolté, parfois ; on a souri, souvent. Et puis notre homme n’abandonne jamais. Tel Sisyphe, jamais découragé, il s’immerge très vite dans de nouvelles constructions imaginaires, qui révèlent, à chaque fois, des horizons inconnus.
En tout cas, quel que soit notre âge, il nous y entraine, à chaque nouvelle envolée, irrésistiblement. La vie est ailleurs, disait Milan Kundera.
Note d’intention de Dominique Lurcel
L’Amérique n’existe pas de Peter Bischel : Histoires enfantines, Gallimard 1971
Mise en scène : Dominique Lurcel
Jeu : Guillaume van’t Hoff
Scénographie : Adèle Ogier
Costumes : Marion Duvinage
Lumière, projections : Guislaine Rigollet
Production : Passeurs de mémoires
Coproduction : Production Passeurs de Mémoires – Merci au TNP (Villeurbanne), au Toboggan (Irigny) et à l’Aqueduc (Dardilly) pour leur amical soutien.
Tous publics à partir de huit ans.
Durée : 1 heure.
Théâtre Essaïon Paris – 6, rue Pierre au lard (à l’angle du 24 rue du Renard) 75004 Paris
Du 27 septembre au 26 octobre 2020 : Les dimanches à 18h, lundi à 19h15 puis
Du 02 au 16 novembre 2020 : Les lundis à 19h15
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