
D’ de Kabal dans La peau vive
Trois après sa création, l’association Décoloniser les Arts sort chez L’Arche Éditeur un ouvrage collectif sous la direction de Gerty Dambury, Leïla Cukierman et Françoise Vergès. Des artistes (membres ou non de l’association) décrivent leur pratique artistique dans sa dimension décoloniale.
Il s’agit de réveiller le monde de la culture. Le constat de Gerty Dambury, Leïla Cukierman et Françoise Vergès est clair. Il met en évidence l’absence de cultures minorées sur les scènes françaises. Ces artistes (Kader Attia, Marine Bachelot Nguyen, Rébecca Chaillon, Myriam Dao, Eva Doumbia, Daïa Durimel, Amandine Gay, Mohamed Guellati, Karima El Kharraze, Jalil Leclaire, D’ de Kabal, Hassane Kassi Kouyaté, Olivier Marboeuf, Pascale Obolo et Sandra Sainte Rose) nous livrent leur expériences et analysent les causes et les formes de discrimination raciste et sexiste en pratique dans le monde artistique et culturel. Un ouvrage passionnant, des témoignages pour nous ouvrir les yeux.
L’autrice et metteuse en scène Marine Bachelot Nguyen explique que « dans le travail de beaucoup d’artistes racisé.e.s » elle voit « naître des dramaturgies hybrides, savantes et passionnantes, des bricoleurs créateurs et sans formatage, dans un mixage des esthétiques et des références culturelles« , mais encore faut-il que ces dramaturgies soient vues par le public. C’est ce que pointe du doigt Hassane Kassi Kouyaté qui va prendre en 2019 la direction du Festival des Francophonies en Limousin. Il constate les très grandes difficultés à faire tourner les artistes des archipels dans les scènes du territoire hexagonal. « A part le Tarmac, le « réseau » ne fonctionne pas » explique le metteur en scène. « Nous sommes ainsi cantonnés dans une sorte de ghetto de la francophonie. » Même son de cloche pour l’auteur et rappeur D’ de Kabal qui écrit un vibrant texte à destination des « directeurs de théâtre (les directrices étant minoritaires) » écrit-t-il. « Vous refusez de vous ouvrir à un monde étranger« .
Le comédien guadeloupéen Jalil Leclaire rappelle cette phrase douloureuse de Muriel Mayette prononcée en 2014: « Nous avons Bakary Sangagé à la Comédie Française, mais il est tellement difficile de l’employer car lorsqu’il (r)entre en scène, il entre avec son histoire« . Mais attention « aux effets de vitrines, comme aux récupérations superficielle ou néolibérales du discours sur la diversité » prévient Marine Bachelot Nguyen. Cet ouvrage permet de faire entrer dans notre vocabulaire le terme racisé.e.s. « Il élève ma phrase dans des sphères de réflexion » explique la performeuse Rébecca Chaillon. « Il raconte le regard posé sur moi, celui que je ne pouvais nommer il y a peu« .
Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr
Une rencontre avec les artistes à l’occasion de la sortie du livre au lieu à La Colonie, 128, rue La Fayette à Paris, le mardi 26 septembre de 18h30 à 20h30
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