
L’invocation à la muse © Christophe Raynaud de Lage Hans Lucas
Avec, à la suite, La Rose en céramique et L’invocation à la muse, humour tendre et sexe hard interrogent le manque et l’altérité au programme des premiers sujets à vif conjointement proposés depuis plus de vingt ans au jardin de la Vierge par la SACD et le Festival d’Avignon.
La rose en céramique se présente comme le long discours d’un flegmatique obsessionnel et lunaire écrit et interprété par Scali Delpeyrat, qui ressasse le départ de sa femme Rose et sa solitude d’homme quitté dans une méditation drôle et désabusée sur la vie domestique et le sens de l’existence. Écoutant les premiers accords d’un disque classique irraisonnablement stoppé toujours au même endroit, obnubilé par une serviette éponge sur laquelle est brodé le nom de son ancien amour ou par le simple fait de vider la machine à laver la vaisselle, il n’arrive pas à encaisser.
La rose en céramique © Christophe Raynaud de Lage Hans Lucas
Il partage au plateau sa nostalgie avec Alexander Vantournhout, incroyable danseur, acrobate, circassien, découvert en gants de boxe et semelles hyper compensées dans un solo dément au Palais de Tokyo puis aux Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis. Il se présente ici comme une sorte de double étrange et de pilier scotché au bras du locuteur qu’il précède à tout instant, actionnant chacun de ses gestes comme un marionnettiste tenant les fils de son pantin. Le duo fonctionne bien et repose sur un contraste cocasse. Le danseur est aussi grand, musclé, dénudé et rasé, que le comédien est trapu, barbu et négligemment habillé. Complices, ils affrontent avec force et douceur, les affres de la vie et du sentiment contrarié.
Après un bref changement de plateau, place à L’Invocation à la muse, un rituel d’inspiration érotique et poétique qui se donne à voir sous le regard discret de la Sainte Madone cachée dans la verdure. Il fallait oser ! La proposition est aussi atypique que réjouissante. Le dramaturge et performeur, Vanasay Khamphommala, d’une belle et singulière présence, campe une figure orphique cherchant l’inspiration dans les pratiques BDSM d’une muse mutine et peu conventionnelle. Avec un art délié, l’artiste queer afro-caribéenne Carita Abell mène la danse et soumet le jeune homme, corps déshabillé, en simple slip féminin rouge et sac vissé sur la tête, peau fouettée, lacérée, piquée, au moyen de fleurs, plumes, lames et cordes.
Présenté sans volonté de scandaliser, mais bien au contraire, dans une recherche constante de conjuguer souffrance et jouissance, la pièce fait naître de la douleur consentie une beauté retrouvée, ce que confirme le passage du gémissement excité au chant baroque en une sublime et sauvage interprétation de Purcell.
Dans un geste résolument libre adviennent l’éclosion de l’expression artistique mais aussi la célébration de l’individu qui se révèle ni homme ni femme, figure et lèvres fardées, chevelure brune déployée, silhouette longiligne juchée sur de hauts talons pailletés.
La forme brève et originale présentée cet été à Avignon s’offre comme les prémices d’une future création dont elle sera le prologue. Orphée aphone, imaginé d’après les Métamorphoses d’Ovide verra le jour la saison prochaine au Théâtre Olympia de Tours où Vanasay Khamphommala est artiste associé puis aux Plateaux sauvages.
Christophe Candoni – www.sceneweb.fr
L’invocation à la muse
Conception et interprétation Caritia Abell et
Vanasay Khamphommala
Collaboration artistique Théophile Dubus
Son Gérald Kurdian
Costumes Juliette Seigneur
Production
Production Compagnie Lapsus chevelü, Théâtre Olympia Centre dramatique national de Tours
Coproduction SACD, Festival d’AvignonLa rose en céramique
Conception et interprétation Scali Delpeyrat et
Alexander VantournhoutProduction
Production Not Standing
Coproduction SACD, Festival d’AvignonFestival d’Avignon
Sujet à Vif – SACD
Les 12 et 13 juillet à 11h
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