Sur fond de quête d’un doudou égaré, Laurent Fraunié déploie un spectacle poétique et rêveur. Coffre donne la part belle à une scénographie évolutive et ingénieuse où le regard s’échappe sans cesse au rythme des surprises qui l’habitent.
C’est dans une salle pleine d’enfants que l’on découvre la dernière création adorable de la compagnie Label Brut, un spectacle d’une délicatesse inouïe en phase avec son tout jeune public, un spectacle aussi fascinant esthétiquement qu’artisanal dans sa construction, aussi léger dans ses impressions que complexe dans sa réalisation, qui fait appel à nos imaginaires lointains et rêveries éparses, à ce temps d’avant pour les adultes que nous sommes, au temps présent pour les enfants, à ces moments doux où la chambre est un refuge et le coffre à jouets une cabane, un cocon, un ailleurs aux dimensions infinies. Dans ce monde sorti de la boîte crânienne de Laurent Fraunié, les cartons s’accumulent et façonnent un espace en mouvement permanent, une muraille de pacotille pleine de trappes et d’ouvertures, un décor qui a valeur de personnage à part entière.
Tout de noir vêtu – le costume d’invisibilité du marionnettiste-magicien qui s’efface derrière les mondes qu’il crée –, Laurent Fraunié a le don de capter l’attention immédiatement, associant le geste à la parole et glissant subtilement d’une adresse directe en avant-scène à la fiction qu’il orchestre et qui le voit disparaître pour mieux revenir en figure paternelle d’un bambin-pantin. Au plateau, un coffre qui donne son titre à la pièce et oriente le regard, unique élément d’une scénographie qui n’existe pas encore, mais sortira peu à peu de son ventre, générant rires ravis et émerveillement des petits. Boîtes à surprises, boîtes à histoires, boîtes à musique, boîtes à paysages, boîtes à voyages et boîtes à cache-cache, à partir d’un objet simple et d’un matériau pauvre, Laurent Fraunié décline avec tact la métaphore et invente un Rubik’s cube géant, un univers bricolé où les jouets jaillissent comme des diables hors de leur boîte, où les échelles s’alternent, du robot à taille humaine aux marionnettes miniatures évoluant dans des cadres différents – boîte-forêt, boîte-océan, boîte-banquise… Autant de boîtes à malice convoquant dans leur matrice une poésie visuelle et manuelle exquise.
Entremêlant à ses mots ceux de deux auteurs inspirés – en l’occurrence, Nicolas Mathieu, prix Goncourt pour Leurs enfants après eux qui excelle aussi dans les albums jeunesse, et Valérian Guillaume, jeune auteur à cheval entre la littérature et le théâtre –, accompagné d’une marionnette de petit garçon grandeur nature, Laurent Fraunié nous convie à entrer dans ce monde évolutif et fantastique qui se reconfigure sans cesse. Il évoque le temps qui passe, la plénitude de l’enfance, l’empilement des jours qui voit vieillir les adultes et grandir les enfants, leur capacité à rêver les yeux grands ouverts, à s’inventer des aventures et des amis, des échappées intérieures sans début ni fin. Et tout, dans ce spectacle onirique, apporte sa pierre à l’édifice qui se déploie sans cesse, du choix de la bande musicale à la très belle création lumières de Sylvain Séchet. Coffre est un tableau animé, une caverne aux mille merveilles, une ingénieuse machine à jouer, un musée des secrets qui se visite une fois la représentation terminée. Parce que l’envers du décor est lui aussi un enchantement. Comme s’ils entraient dans le spectacle, les enfants sont invités à pénétrer le verso des images dans une démarche d’hospitalité qui prend le relai naturel de cette création généreuse, sensible et ludique.
Marie Plantin – www.sceneweb.fr
Coffre
Mise en scène et manipulation Laurent Fraunié
Régie et manipulation Mehdi Maymat-Pellicane en alternance avec Sylvain Séchet
Textes Valérian Guillaume, Nicolas Mathieu, Laurent Fraunié
Scénographie Grégoire Faucheux
Lumières Sylvain Séchet
Son Jérémie Morizeau
Fabrication marionnette Martin Rezard, Laurent Fraunié
Regards extérieurs Harry Holtzman, Babette Masson
Gardienne du musée éphémère Edwige Beck
Construction du décor Atelier du Grand T, théâtre de Loire-AtlantiqueProduction Label Brut
Coproduction La Minoterie, Dijon ; Théâtre Massalia – Festival Ribambelle, Marseille ; Le Petit Théâtre, Lausanne (Suisse) ; Le Carré, Scène nationale Centre d’art contemporain d’intérêt national Château-Gontier ; Le Théâtre des 3 Chênes, Loiron ; Le THV, Scène conventionnée d’Intérêt national pour l’Art, l’Enfance et la Jeunesse, Saint Barthélemy-d’Anjou ; Théâtre de Morlaix ; Le Quatrain, Haute Goulaine ; L’Eclat, Pont-Audemer ; Le Mouffetard – CNMa, Paris ; Espace Saâd-Abssi et saison Jeune Public, Gennevilliers ; Saison culturelle de Changé ; Saison culturelle de Vincennes ; L’Hopitau, Laboratoire des arts de la marionnette, La Chapelle-sur-Erdre ; Le Sablier – CNMa, Ifs ; La Halle ô Grains, Bayeux ; Théâtre municipal de CoutancesLabel Brut est associé à la commune de Houssay, soutenu par l’État / Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) des Pays de la Loire et subventionné par le Département de la Mayenne.
Durée : 35 minutes
À partir de 3 ansVu en novembre 2025 à l’Auditorium Jean-Pierre Miquel, Vincennes
Le Volcan, Scène nationale du Havre
du 2 au 4 décembreLa Minoterie, Dijon
les 12 et 13 décembreThéâtre municipal de Coutances
du 21 au 23 janvier 2026L’Atelier des Arts Vivants, Changé
les 25 et 26 janvierEspace Sâad-Abssi, Gennevilliers
du 5 au 10 févrierLe Mouffetard – CNMa, Paris
du 12 au 19 févrierLe Petit Théâtre, Lausanne (Suisse)
du 25 mars au 2 avrilLe Carré, Scène nationale Château-Gontier
du 8 au 10 avrilLe Quatrain, Haute-Goulaine
les 28 et 29 avrilHalle ô Grains, Bayeux
le 5 mai 2026THV, Saint-Barthélemy-d’Anjou
les 12 et 13 maiLa Maison du Théâtre, Brest
du 20 au 23 mai

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