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La Carpe et le Lapin : le mariage dérangé de Catherine Frot et Vincent Dedienne

À la une, Les critiques, Moyen, Théâtre
Christophe Raynaud de Lage

Photo Christophe Raynaud de Lage

S’il ne manque ni d’âme, ni d’esprit, le cadavre exquis proposé par les deux comédiens à la Porte Saint-Martin cède à la facilité du patchwork un peu vain.

Quel est ce mystère qui, soudain, est venu entourer La Carpe et le Lapin ? De la rencontre entre Catherine Frot et Vincent Dedienne, organisée sous le haut-patronage du Théâtre de la Porte Saint-Martin, très peu d’éléments avaient jusqu’ici fuité, dissimulés derrière un voile opaque que les producteurs comme les comédiens se sont plu, au fil des semaines, à tisser. Tout juste savait-on que l’union des deux artistes avait abouti à un « cadavre exquis » qui, promettait-on sans plus de détails, serait « drôle, prolifique et très apprécié des aquariophiles ». De quoi aiguiser notre appétit, même si les aquariums, mares et autres bassins d’ornement n’ont, malheureusement, jamais fait partie de nos passions cachées.

Sur le papier, l’alliance entre Catherine Frot et Vincent Dedienne avait la saveur des événements inattendus et promettait, eu égard à leur talent, un beau mélange d’univers. Quand la sexagénaire s’est, au cours de sa longue carrière, fait diriger par des metteurs en scène de renom – tels Peter Brook, Luc Bondy et, plus récemment, Michel Fau et Marc Paquien –, le second a su se faire connaître grâce à ses chroniques radiophoniques et télévisées, mais aussi avec son seul en scène S’il se passe quelque chose et son joli rôle dans Le Jeu de l’amour et du hasard monté par Catherine Hiegel. Dans des veines différentes, l’une et l’autre jouissent d’une présence scénique hors pair et regorgent d’esprit et de culture qu’ils ont tenté de mettre à profit. A elle, le rôle de la reine, engoncée dans son canapé où trône un coussin floqué d’une carpe ; à lui, celui du fou du roi, chargé de divertir son altesse avec ses fausses oreilles de lapin. Histoire de tromper l’ennui d’une morne soirée, ils vont se lancer dans la réalisation d’un cadavre exquis, à la manière des surréalistes. Sans s’embarrasser d’autre forme de logique.

Pour cela, ils sont allés piocher dans leurs besaces culturelles. Ils y ont trouvé une kyrielle de références pour le moins hétéroclites qu’ils ont cherché à assembler. Se côtoient, pêle-mêle, une chanson de Vincent Delerm (Quatrième de couverture) adaptée pour l’occasion et le tube de Nicole Croisille, Téléphone-moi, un extrait du Dîner de cons et le refrain Bobo Léon de Boby Lapointe, un texte de Marguerite Duras et un sketch de Pierre Palmade, un jingle de Leclerc et Mon rêve familier de Verlaine. Interprétés en solo ou en duo, avec gravité ou humour, certaines pastilles, prises indépendamment, réussissent à faire mouche, mais l’ensemble ressemble à un canard sans tête, à un empilement de fragments culturels qui ne sait pas franchement quelle direction emprunter. Là où, chez les surréalistes, le cadavre exquis trouve sa force dans les frottements qu’il crée, et dans la stimulation de l’inconscient et de l’imagination qu’il entend provoquer, celui des deux comédiens a l’allure d’un patchwork un peu vain qui, au sortir, ne réussit à produire aucune étincelle globale.

Malgré tout, le spectacle est loin de totalement s’effondrer. Soutenu par la performance de Vincent Dedienne, qui profite de son passé d’humoriste en solo, et dans une moindre mesure de Catherine Frot, pour qui l’exercice semble visiblement moins inné, il dispose d’une âme et d’une bonne dose d’esprit qui lui confèrent une agréable douceur et un charme certain. Tout juste pourra-t-on regretter que les comédiens, épaulés par la belle scénographie d’Alexandre de Dardel et les jolies lumières de Kelig Le Bars, n’aient pas su trouver une plus grande complicité, capable de réellement fusionner leurs deux univers, et de transformer la scène en terrain de jeu où l’amusement serait roi. Las, ils semblent avoir cédé, par urgence ou par dépit, aux sirènes de la fausse bonne idée ou de la facilité, ce qui, pourtant, ne leur ressemble guère.

Vincent Bouquet – www.sceneweb.fr

La Carpe et le Lapin
Un cadavre exquis de Catherine Frot et Vincent Dedienne
Mise en scène Catherine Frot, Vincent Dedienne, Julie-Anne Roth, sous le précieux regard de Serge Bagdassarian de la Comédie-Française
Piano Patrick Laviosa et Thomas Février
Chorégraphies Vincent Chaillet
Scénographie Alexandre de Dardel
Lumières Kelig Le Bars
Costumes Michel Dussarrat
Maquillage Michelle Bernet

Production Théâtre de la Porte Saint-Martin, Ruq Spectacles, Festival d’Anjou, Théâtre Montansier

Durée : 1h25

Théâtre de la Porte Saint-Martin, Paris
du 14 février au 31 mai 2020

21 février 2020/par Vincent Bouquet
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