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« Amadeus » d’Olivier Solivérès : bis repetita



Décevant, Les critiques, Paris, Théâtre
Olivier Solivérès monte Amadeus de Peter Shaffer
Olivier Solivérès monte Amadeus de Peter Shaffer

Photo David Delaplace

En adaptant le texte qui a inspiré le film mythique de Miloš Forman, Olivier Solivérès applique la même formule qu’avec sa précédente création, Le Cercle des poètes disparus : la copie conforme d’un succès cinématographique. Pourtant, toutes les chances sont réunies pour que ça cartonne.

Après le succès retentissant de son adaptation du film de Peter Weir, Le Cercle des poètes disparus, qui tourne sans discontinuer depuis trois ans et qui a valu à Olivier Solivérès d’être récompensé par le Molière du metteur en scène d’un spectacle de théâtre privé en 2024, celui-ci applique la même recette en se penchant sur Amadeus, s’entourant de son frère Thomas Solivérès dans le rôle de Mozart et de Jérôme Kircher pour interpréter son prétendu opposant, Salieri. La pièce écrite en 1981 par le Britannique Peter Shaffer a connu un succès mondial et a inspiré le cinéaste Miloš Forman qui, trois ans plus tard, en a fait une mythique fresque sombre et exaltée qui lui valut d’être récompensé par huit Oscars. Le texte explore la prétendue rivalité que développe Antonio Salieri, compositeur officiel de l’empereur Léopold II, à l’égard du jeune mais turbulent prodige Wolfgang Amadeus Mozart lors de son arrivée à la cour de Vienne. Le compositeur se laisse dévorer par la jalousie et sombre alors peu à peu dans la folie, se faisant une priorité d’enterrer la carrière de Mozart. À l’aube de sa mort, Salieri, homme très pieux, semble vouloir se repentir de ses bassesses et s’accuse même de l’empoisonnement de son rival.

Dans la version d’Olivier Solivérès, tout le film de Miloš Forman est condensé, presque plan par plan. À commencer par l’annonce de la mort de Mozart à travers les rues de Vienne, ici susurrée derrière des rideaux diaphanes. On y retrouve la même ambiance crépusculaire où plane le jugement divin qui entoure le vieux Salieri dans son fauteuil roulant, endossant la narration. S’ensuit la même arrivée de Mozart à la cour, grivois, tonitruant et diablement inspiré, humiliant au passage le talent de Salieri, puis la commande de son premier opéra par l’empereur avant sa lente descente aux enfers : la déprogrammation de ses opéras, la ruine, puis la maladie qui achèvera de l’emporter. Toutes les références visuelles qui font du film de Miloš Forman une œuvre capitale sont ici invoquées : le masque de Don Giovanni qui hante Mozart comme le fantôme de son père, les ballets incessants des courtisans qui commentent l’action, la déchéance physique du compositeur qui s’éteint peu à peu comme une flamme qui meurt. Seule invention notable, celle du tableau final, qui invoque une représentation christique. Trop peu pour ne pas regretter le copié-collé.

Car si les clins d’œil cinématographiques sont inévitables lorsque l’on se penche sur l’adaptation d’un tel chef-d’œuvre, ils poussent à la saturation quand le jeu lui-même est calqué sur l’original. Thomas Solivérès use du même ton badin, de la même figure béate, du même petit rire aigu que Tom Hulce avait imaginés pour interpréter Mozart chez Miloš Forman, allant jusqu’à porter la même perruque rose ébouriffée et le même costume paré d’or. Au jeu des sept différences, il serait compliqué d’en citer autant. C’est la même pureté naïve et prosaïque, transcendée par le génie absolu qui est convoquée ici, sans que la figure si complexe et si fascinante de Mozart ne soit éclairée d’un jour nouveau. Et cette lecture s’applique à l’ensemble de la distribution : Éric Berger campe un Léopold II similairement pincé, drapé dans un délicieux flegme ridicule ; Laurent D’Olce est un identique conte d’Orsini contrit.

Bien sûr, le spectacle fait l’effort de faire monter sur scène des chanteurs lyriques (Romain Pascal, Laurent Arcaro, Artus Maël, Flore Philis, Stella Siecinska) et une violoncelliste (Marjolaine Alziary), qui font entendre au public quelques airs et morceaux d’opéras parmi les plus connus du compositeur autrichien : Don Giovanni, L’Enlèvement au Sérail, Les Noces de Figaro, La Flûte enchantée, le Requiem en ré mineur et la marche de bienvenue de Salieri que Thomas Solivérès nous joue lui-même – et à l’envers s’il vous plaît. Mais adaptation n’est pas répétition. En reprenant et en accentuant sans nuance tous les rouages d’un succès cinématographique mythique, Olivier Solivérès livre un spectacle efficace, qui va sans aucun doute convaincre autant que son précédent, car il réactive des images et des airs mille fois connus, dans un geste qui ne déplace pas, qui n’invente rien, qui rassure.

Fanny Imbert – www.sceneweb.fr

Amadeus
de Peter Shaffer
Adaptation et mise en scène Olivier Solivérès
Avec Jérôme Kircher, Thomas Solivérès, Lison Pennec, Eric Berger, Laurent D’Olce, Philippe Escudie, Romain Pascal, Flore Philis, Stella Siecinska, Laurent Arcaro, Marjolaine Alziary, Jade Robinot, Loïc Simonet, Artus Maël
Collaboratrice artistique Clémentine Solivérès
Assistant mise en scène Pierre Marazin
Scénographie Roland Fontaine
Costumes David Belugou
Perruques/maquillages Nathalie Tissier
Accessoires Pauline Gallot
Conception éclairage Alban Sauvé
Création sonore Cyril Giroux

Durée : 2h

Théâtre Marigny, Paris
à partir du 22 janvier 2026

31 janvier 2026/par Fanny Imbert
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