La rentrée au Théâtre du Briançonnais est agitée. Un collectif, « Théâtre Debout », est en conflit avec Romaric Matagne, le directeur, et avec le conseil d’administration. Il pointe la souffrance au travail. L’avocat du directeur estime quant à lui que le dossier est vide.
En janvier 2022, une salariée en arrêt de travail écrit au président du conseil d’administration du théâtre et lui rapporte les propos d’une conversation avec son directeur : « Tu es aussi bête que les handicapés avec lesquels je travaillais, un enfant de 6 ans ferait ce que tu fais ». Une alerte restée sans réponse. Des artistes font état de rapports tendus au sein du théâtre, souvent avec les femmes. « Nous, les artistes, on ne se sentait jamais reconnues », explique l’une d’elles. « Les retours du directeur étaient plus que péjoratifs, voire violents, du style : « Je sais pas pourquoi je t’ai encore donné de l’argent » ».
La Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) Provence-Alpes-Côte d’Azur s’est saisie du dossier sur la base de plusieurs témoignages et a transmis un signalement au titre de l’article 40 du code de procédure pénale au procureur de la République de Gap. Maître Claude Lienhard, avocat de Romaric Matagne, dénonce l’illégalité de la démarche de la DRAC, qui a rendu ce signalement public « sans pièces jointes ni analyse concrète, portant atteinte à la présomption d’innocence » de son client. Selon lui, « il n’y a aucune enquête judiciaire en cours ni aucune plainte émanant de salariés ou du personnel du théâtre », une ancienne plainte de l’ex-compagne de Romaric Matagne (datant de 2023) ayant été classée sans suite.
Le Théâtre du Briançonnais a été labellisé « Art en territoire » jusqu’au départ de son ancien directeur Franck-Eric Rebière. « Avec son départ en 2020, le projet a pris fin, de même que l’appellation qui lui était liée », nous a expliqué la DRAC, qui assure que le TDB « était jusqu’en 2026 soutenu annuellement au titre des autres lieux non labellisés ».
La DRAC aurait suspendu la signature de la convention annuelle 2026 pour faire pression sur l’association gérant le théâtre afin qu’elle prenne des sanctions provisoires contre Romaric Matagne. Maître Claude Lienhard qualifie cette exigence « d’illégale (en l’absence d’éléments tangibles ou de plaintes de salariés) » et prévient que cela pourrait « mener le théâtre en cessation de paiements », tout en envisageant des recours juridiques (référé-liberté) contre la DRAC.
En attendant, la saison 2026-2027 se poursuit au Théâtre du Briançonnais : un nouvel administrateur est arrivé le 1er octobre, Romaric Matagne travaille de chez lui, et un observateur avisé du spectacle vivant dans la région se désespère de la situation. « On a réellement besoin de ce théâtre à Briançon, surtout dans un territoire éloigné, isolé. On a besoin de se battre géopolitiquement pour faire vivre la culture dans notre secteur ».


Laisser un commentaire
Rejoindre la discussion?N’hésitez pas à contribuer !