Le festival des Francophonies – Des écritures à la scène a innové hier, lors de sa journée professionnelle, avec le concept Flash 87, une courte présentation de projets en création, dans le cadre d’une journée où il a été question du soutien à la création artistique en Outre-mer.
Sept minutes. C’est le temps exact imparti. Pas une seconde de plus. Sept minutes pour convaincre des programmateurs, des coproducteurs et des diffuseurs d’accompagner des projets, pour certains encore en construction. Ce concept souhaite offrir encore plus de visibilité aux écritures de la francophonie. Derrière la performance chronométrée se joue un enjeu de taille : décloisonner les réseaux de diffusion et réinterroger la place des territoires éloignés de l’Hexagone.
Né à Ottawa sous l’impulsion de Gilles Poulin-Denis, directeur artistique des Zones théâtrales, le dispositif « Flash 7 » a fait ses preuves. « Faire ce projet de pitch en sept minutes, c’est donner un plus aux artistes », explique-t-il. « C’est un événement très couru mais je dis toujours aux artistes je peux rien leur promettre. Avec le recul, les compagnies nous disent tout de même que les débouchés sont quand même plus faciles. » Quentin Carrissimo-Bertola a importé le format à Limoges et l’a renommé Flash 87 (en référence au département de la Haute-Vienne). « Je n’ai pas eu le sentiment que les artistes aient été frustrés quand ils sont arrivés au bout de leur présentation » explique le secrétaire général des Francophonies – Des écritures à la scène, qui n’a pas eu à couper les présentations.
Fela Razafiarson, metteuse en scène de La Ferme, création programmée en septembre 2027 à Limoges, s’est prêtée à l’exercice. « C’est très particulier, difficile aussi, parce que, autour d’une création, on a beaucoup de choses à dire : la genèse, la manière dont ça commence, ce qu’on a envie de porter aujourd’hui. Sept minutes, ce n’est pas évident. » La metteuse en scène malgache salue cette opportunité car, en venant présenter sa pièce, elle espère organiser une tournée l’année prochaine. « On cherche des gouttes d’eau pour pouvoir emmener notre bateau, et le faire voyager, pour faire voguer cette présence malgache dans l’Hexagone. »
Vers des quotas pour les territoires ultramarins et lointains ?
Cette journée professionnelle a aussi été l’occasion d’évoquer les travaux du SYNDEAC résumés dans sa brochure « Mieux soutenir la création artistique en Outre-mer ». Djodjo Kazadi, chorégraphe à la tête de la compagnie Kazyadance installée à Mayotte, a exprimé les difficultés que rencontrent les artistes éloignés de l’Hexagone. « Les artistes ne sont pas encouragés dans leur processus de création, il n’y a pas de pérennisation dans l’accompagnement des artistes pour qu’ils puissent grandir. » Djodjo Kazadi pointe un sentiment d’entre-deux géographique et culturel complexe : « Nous sommes très loin de la France, hors de l’Hexagone, et très loin même de l’Afrique. On n’est ni en France ni en Afrique. » Et du coup, certains projets se heurtent à une inadéquation avec les codes de la France hexagonale.
La question de la juste place accordée aux artistes de la francophonie lointaine au sein des institutions labellisées de l’Hexagone a relancé le débat sur les outils à mettre en œuvre. Régis Plaud, conseiller à l’ONDA (Office national de diffusion artistique), a proposé « d’instaurer des quotas dans les lieux labellisés pour mieux diffuser ces œuvres ». Julia Vidit, directrice du CDN La Manufacture à Nancy, présente lors de cette journée professionnelle, s’est déclarée favorable. « Je suis à fond pour, je n’ai pas de problème avec cette idée », a réagi la metteuse en scène, qui a élargi le propos à la question de la visibilité des artistes de la France des océans. « Il y a la question de leur représentativité sur scène. On travaille beaucoup sur ces questions-là. Je pense que le problème est plus global en fait, plus que juste accueillir une fois par an un spectacle pour se donner bonne conscience. Et moi, je fais amende honorable, je ne le fais pas suffisamment. »
Un antidote indispensable face aux replis identitaires
Au-delà de la simple mise en réseau professionnelle, la vitalité des Francophonies – Des écritures à la scène résonne toujours comme un manifeste politique et éthique. Pour Hassane Kassi-Youyaté, son directeur, écouter ces propositions artistiques revient à réaffirmer un engagement profond pour la diversité et le vivre-ensemble. « Cela nous donne la possibilité de parler de notre amour pour le théâtre, pour un lieu de rassemblement, de l’art d’accueillir des esthétiques, des paroles et des origines différentes », déclare-t-il avec ferveur. Face à la montée des replis identitaires qui traversent la France et le monde, le directeur pose une conviction inébranlable : « On ne peut être sauvé que par l’autre ».
Néanmoins, il déplore une certaine frilosité dans la profession : « C’est toujours triste de voir que très peu de collègues dans notre pays possèdent cette curiosité d’aller un peu plus vers l’autre, vers d’autres formes artistiques. Ce risque, ce manque de curiosité me fait peur pour l’avenir de notre métier et de notre pays. J’ai l’impression que notre création théâtrale est cloisonnée, confinée aussi. Elle tourne un peu en rond, et les Francophonies – Des écritures à la scène ouvrent des possibles, d’autres horizons. Et je crois qu’on a besoin d’ouvrir les horizons aujourd’hui. Donc l’horizon, pour moi, c’est l’espoir. »
Stéphane Capron – www.sceneweb.fr


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