« 40 moins un ! » C’est sur cette note malicieuse que les organisateurs annoncent cette 39e édition. Depuis près de quatre décennies, le festival s’impose comme un espace de rencontres privilégié entre artistes, pédagogues, professionnels et publics, refusant de cantonner le cirque à des sentiers balisés pour lui préférer le vertige de l’expérimentation. Cette année, ce sont 18 compagnies professionnelles qui participent à l’aventure, proposant 81 représentations réparties dans 16 lieux de la ville, aux côtés de 13 spectacles d’écoles de cirque, de scènes ouvertes, d’un battle inédit, de 7 concerts et de temps d’échanges professionnels.
La « Diagonale des cirques » : un souffle européen
L’édition 2026 met à l’honneur une vaste traversée européenne à travers la « Diagonale des cirques », permettant d’aller à la rencontre d’esthétiques venues du nord au sud du continent.
Parmi les temps forts internationaux, la compagnie suédoise Below Zero présente In Praise of Shadows au Dôme du CIRC (les 17, 18 et 19 octobre). Ce spectacle, pensé comme un hommage acrobatique à la grandeur de la nature nordique, confronte sept artistes à des paysages de glaciers et d’aurores boréales sur une musique folk et électro jouée en direct.
Du côté de la Belgique, la compagnie Post uit Hessdalen investit un camion aménagé en théâtre itinérant au sein de l’IME Mathalin pour Ballroom. Le jongleur Stijn Grupping et le musicien Frederik Meulyzer s’affranchissent des règles traditionnelles du rebond pour faire évoluer des balles de manière autonome dans l’espace.
L’artiste catalan Manel Rosés propose quant à lui son premier solo, Ákri, au Centre Cuzin (les 19 et 20 octobre), explorant les notions de bascule, de limite et de transition à l’aide d’une simple échelle et d’une porte. Enfin, la compagnie La Côte Folle présente Parmi les vaches au Boulodrome (les 19 et 20 octobre), un spectacle de portés acrobatiques inspiré par l’histoire vraie d’une femme atteinte d’Alzheimer retrouvée dans un champ, questionnant la vieillesse et l’oubli à travers le prisme d’un échafaudage en guise de maison de famille.
Intimité, héritages et grandes structures
La programmation explore également l’intime, la mémoire et les filiations familiales à travers des écritures singulières.
C’est le cas de Cie Inéluctable avec Seuil (salle Bernard Turin), une partition physique et marionnettique menée par Marius Fouilland et Aimé Rauzier qui interroge la question de l’absence et du souvenir. Martin Palisse, David Gauchard et Stefan Kinsman unissent leurs forces dans Commencer à exister (Salle du Mouzon, du 19 au 21 octobre), second volet d’un cycle consacré aux héritages et aux violences intimes transmises par la figure paternelle.
L’intime se fait aussi funambule avec Olivier Debelhoir (Compagnie d’un Ours) et sa création La vie de ma mère, où l’artiste s’élève à 47 centimètres du sol pour une traversée poétique et décalée sur fil. Dans Mahamat, présenté au Centre Cuzin, Clément Dazin et Mahamat Fofana questionnent le choc des cultures et le tiraillement entre la dette familiale et l’émancipation artistique d’un ancien étudiant ingénieur devenu acrobate. Le même Clément Dazin, associé à Lucas Bergandi pour La Main de l’Homme, propose A.N.G.S.T., une exploration de la peur et de l’anticipation à la croisée de l’équilibre sur fil et du jonglage.
Les amateurs de formats spectaculaires monumentaux ne seront pas en reste. Le Collectif XY revient en force avec Le Pas du Monde (au Dôme, du 21 au 23 octobre). Vingt-vingt-deux acrobates s’y assemblent pour former un paysage en perpétuel mouvement, inspiré par les cycles naturels et le vol des étourneaux, mêlant portés acrobatiques et puissance vocale.
Le festival fait la part belle aux formes hybrides et à l’humour grinçant. Le Collectif Bislacco, issu de l’Esacto’Lido, présente Smooth as Fiasco à la Salle du Mouzon (les 17 et 18 octobre), un tableau chaotique et absurde naviguant entre boue, burlesque et cirque total. Le Cirque sans noms convoque l’imaginaire du cirque forain d’autrefois avec Pain d’chien au Parc de la Boubée, tandis que les trois compères de Sawdust Symphony transforment un atelier de bricolage en une symphonie de sciure et d’objets détournés sous la direction de Michael Zandl, David Eisele et Kolja Huneck.
La danse et l’acrobatie se conjuguent également à travers Une pédagogie du conflit de Naïf Production, qui décortique le jiu-jitsu brésilien sous l’angle d’un tango acrobatique, ou encore lors du Battle All Skills 2 vs 2, événement explosif croisant cultures hip-hop et arts circassiens le 20 octobre sous le chapiteau CIRC.
La jeunesse au cœur du festival
Fidèle à ses traditions, Circa demeure le carrefour incontournable de la jeunesse et de la formation professionnelle. Le Centre National des Arts du Cirque (CNAC) présentera Écritures croisées, un cabaret fantasque et satirique imaginé par Julien Fanthou et Jérôme Marin avec les 39e et 40e promotions.
L’Académie Fratellini, associée au chorégraphe Mehdi Kerkouche, investira le parvis de la Cathédrale avec Mauvais joueurs, une relecture ludique et solidaire du jeu de la chaise musicale interprétée par ses apprentis de première année. Enfin, les traditionnelles Rencontres Nationales de la Fédération Française des Écoles de Cirque (FFEC) et le réseau européen FEDEC offriront une vitrine éclatante aux futurs talents de la discipline à travers de multiples plateaux nationaux.
Entre exigences esthétiques, réflexions écologiques — avec notamment des temps d’échange dédiés à la réduction de l’empreinte carbone du cirque — et convivialité gasconne, cette 39e édition d’Auch s’annonce d’ores et déjà comme un grand cru pour le spectacle vivant.
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