« Ce garçon nuage, ce mécontemporain échappé de la réalité, parti se vivre là-haut à l’abri de tout ce qui lui déplaisait et lui causait du souci, est une version de moi-même que j’ai épaissie au feutre déraisonné de l’imagination. Cela faisait un moment que je voulais donner à cette facette de ma personnalité un nom, un personnage, et, plus encore, une histoire.
Car, alors que je la constatais, que je la vivais, que j’avais même, à un moment de ma vie, fait le vœu, presque en Alceste souriant, de fuir les humains, je m’apercevais de la propension dévorante que nous avons à nous raconter. À romancer notre existence. À l’époque, il m’eût été impossible de déclarer que j’étais un paresseux invétéré enfermé dans sa chambre (même si cela aurait été on ne peut plus factuel). Non, il me fallait sublimer cette situation. L’orner de quelques artifices. La draper d’une légitimité. Sans doute pour m’autoriser à la vivre sans que le remords ne m’en empêche. Et c’est précisément cela que je voulais raconter ici : notre goût irrépressible pour le récit. Car nous sommes une espèce affabulatrice. Ou, plutôt, « nous sommes de l’étoffe dont sont faits les rêves », comme Shakespeare l’avait déjà pressenti dans sa dernière pièce. Tout dépend de la manière que l’on a de se raconter à soi et de se raconter le monde. Ce goût pour le récit persiste d’ailleurs dans l’histoire d’amour qui fera descendre mon personnage de son nuage. Une histoire qui trouve, elle aussi bien sûr, un peu d’inspiration dans celle qui m’a ramené au concret. Car de la même manière que j’avais anobli ma paresse de quelques formules, je m’étais laissé aller, à l’époque avec cette romance, à l’idéalisation sentimentale. Le goût du beau, encore. Sa nécessité même, bien sûr. Mais aussi, un besoin de se protéger en cas de rupture. Car alors si on demeure celui qui aime même quand la relation s’achève, on peut se raconter encore et en secret qu’on est le “gentil de l’histoire.” C’est un des entêtements de l’humanité qui m’a toujours fasciné. »
Ethan Oliel
Garçon Nuage
Texte et interprétation : Ethan Oliel
Mise en scène : Charly Coïc
Lumière : Denis Koransky
Scénographie : Léa Tubiana
Musique : Félix Geslin
Production : Lucernaire Production
Coproduction : Switch Agency
Partenaires et soutiens : Une première version de ce spectacle a été présentée au Théâtre des Déchargeurs en juin 2022, grâce au soutien et à l’accompagnement d’Emmanuelle Jauffret
Scala, Paris
à partir du 24 septembre 2026
es jeudis à 21h15 et dimanches à 15h15.
Dates exceptionnelles : 16 octobre, 13, 20 et 21 novembre, 11 et 16 décembre.

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