Le festival Le Temps d’Aimer la danse se déroulera du 10 au 21 septembre 2026 à Biarritz. C’est la dernière édition pour Thierry Malandain, qui passera le relais à Martin Harriague le 1er janvier 2027. Le chorégraphe dresse le bilan de 28 ans à la tête du Centre Chorégraphique National et de la direction du festival.
Créé en 1991 à l’initiative de Biarritz Culture et de son président Jakes Abeberry, lui-même danseur, sous l’impulsion du maire de l’époque Didier Borotra, le festival Le Temps d’Aimer la danse a d’abord été concentré sur trois week-ends, avant de s’étendre sur dix jours, avec l’arrivée du Centre Chorégraphique National (CCN) et de Thierry Malandain à Biarritz. « Quand j’ai pris la direction du festival, tout se passait en salle, il n’y avait pas grand-chose à l’extérieur », explique Thierry Malandain, qui a mené un travail de fond régulier, notamment auprès de tous les publics, y compris de la jeunesse, pour désacraliser la discipline à travers des rendez-vous gratuits. « Je crois aussi que la force d’un festival éclectique — ce qui était très critiqué au départ — est que toutes les formes de danse y sont représentées. Cela permet au public de se faire une idée large. S’il est tenté par des propositions plus conventionnelles ou par un nom qui claque, il s’y presse, puis ose, petit à petit, aller vers d’autres propositions. Le festival connaît aujourd’hui un tel succès que nous avons ajouté des représentations face à l’afflux de spectateurs. »
Vitalité locale et structuration de la filière
Pour composer ses programmations, Thierry Malandain n’a jamais cherché de ligne directrice thématique figée. L’intégration du festival au sein du CCN, combinée à l’arrivée de l’Agglomération parmi les financeurs, a permis d’étendre la programmation à l’intérieur du Pays Basque, et au fil des 28 années de direction, le festival s’est affirmé comme une vitrine majeure pour les compagnies de Nouvelle-Aquitaine et du Pays Basque, des deux côtés de la frontière. Grâce à des dispositifs tels que l’accueil studio, le CCN a activement soutenu la jeune création, qu’elle s’inscrive dans la pure tradition ou dans sa réinvention. « Il y avait déjà une effervescence autour de la danse traditionnelle et de la volonté de la revisiter, explique Thierry Malandain. En vingt-huit ans, nous avons soutenu ces deux aspects. Des jeunes s’y sont naturellement engouffrés, et nous avons également contribué à la formation des danseurs. Tout cela a créé un vaste mouvement », à l’image de la compagnie Bilaka, dont le travail dépasse aujourd’hui les frontières du Pays Basque.
Au-delà des spectacles, le festival s’est considérablement enrichi ces dernières années en se dotant de rencontres professionnelles et d’ateliers thématiques consacrés à des enjeux de société cruciaux, tels que la santé ou la transition écologique. Un engagement né de nécessités concrètes rencontrées par la compagnie au quotidien : « Par exemple, pour la santé, c’est parce qu’on était confrontés au seil de la compagnie, par les problèmes des danseurs. Et comme on était un peu loin de tout, on a composé il y a plus de dix ans un staff médical avec un médecin, un kinésithérapeute et un ostéopathe qui se sont inspirés de ce qui se faisait ailleurs en Europe et ont participé à des congrès. » De ces initiatives pionnières sont nées des rencontres professionnelles structurantes. « Auparavant, les ballets ne se rencontraient jamais, hormis au sein des centres chorégraphiques nationaux, tandis que les autres troupes étaient laissées à l’abandon. Nous avons voulu y remédier, non pas seulement pour faire parler de nous, mais pour agir concrètement. »
« Tourner la page du stress permanent »
À l’approche de son départ, Thierry Malandain ne cache pas son inquiétude quant au contexte économique global, particulièrement pesant pour la diffusion des compagnies de danse, rappelant que le modèle de sa structure est fragile et repose à un peu plus de 50 % sur des recettes propres. Ce qui nécessite une centaine de dates par an pour équilibrer le budget. Le chorégraphe alerte sur la raréfaction des opportunités de tournée : « Aujourd’hui, la diffusion va s’amoindrir, vu les baisses budgétaires un peu partout », s’inquiète Thierry Malandain.
À compter du 1er janvier 2027, c’est donc le chorégraphe Martin Harriague — longtemps artiste associé — qui prendra les rênes du Centre Chorégraphique National de Biarritz. Un choix qui lui inspire pleine confiance : « Je n’ai aucun doute sur son talent, ça c’est une certitude. » Cette transition marque la fin d’une époque pour Thierry Malandain. Il va continuer à faire tourner pour un temps encore certains de ses ballets, mais il n’y aura plus de nouvelles créations : « Cette compagnie, je l’ai créée il y a 40 ans. On est passé par la région parisienne, Saint-Étienne, et puis 28 ans à Biarritz. Vous ne quittez pas ce que vous avez créé comme ça, ça laisse des traces dans la tête. »
Le chorégraphe a besoin de ce « break » et aborde la suite avec un soulagement teinté de lucidité : « C’est tellement éprouvant. J’ai toujours vécu ça avec beaucoup de stress et, quelque part, je serai content de ne plus avoir peur. Quand c’est votre travail dont va dépendre en partie l’existence de tant de personnes, ça fait beaucoup de responsabilités, et je ne suis pas forcément triste de lâcher celle-ci. »
Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr

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