En guise de conclusion de cette 80e édition du Festival d’Avignon placée sous le drapeau des questions, artistes, journalistes, scientifiques et politiques, accompagnés par l’Orchestre national Avignon-Provence, sont invités à L’Aube des questions sur la scène de la Cour d’honneur du palais des Papes pour adresser 80 interrogations au public.
« Nous existons pour aider les artistes à poser des questions au monde. » Ainsi Tiago Rodrigues aime-t-il définir sa mission à la tête du Festival d’Avignon. Alors, pour achever comme il se doit cette 80e édition, il donne rendez-vous aux plus vaillants spectateurs et spectatrices dimanche 26 juillet à 5h du matin dans la Cour d’honneur du palais des Papes pour L’Aube des questions, dont il a confié l’organisation à la journaliste et metteuse en scène Aurélie Charon et à l’historien Patrick Boucheron.
À quoi va ressembler cette rencontre ?
Aurélie Charon : Ce qui est sûr, c’est que l’on va traverser ce moment pour la première fois en même temps que les spectateurs et les spectatrices, puisqu’il ne va quasiment pas y avoir de répétitions. On a lancé des invitations à des personnes très différentes qui nous inspirent : des philosophes, des scientifiques, des journalistes. On a demandé à chacun de poser une question à l’avenir. Ensuite, chacun et chacune a imaginé une forme pour poser sa question de manière différente : certains ont eu envie d’écrire un texte, d’autres de le porter eux-mêmes sur scène, certains vont danser, d’autres ont écrit une chanson. D’autres encore ont eu envie d’écrire, mais ne pourront pas être là, alors leur voix sera portée par les jeunes Talents Adami. L’idée, c’est de vivre un lever de soleil ensemble.
Patrick Boucheron : On ne sait pas tout de ce qu’il va se passer, mais une chose est certaine, c’est que le soleil va se lever. Non seulement on va habiter ensemble, collectivement, ce moment chéri de l’aube, mais on sera aussi dans un supplément d’âme lié à la fin du festival. C’est un rendez-vous que l’on donne aux spectateurs et aux spectatrices, puisqu’on leur offre une feuille de salle qui ressemblera à un cahier où seront notées les 80 questions, avec de la place pour y répondre. On leur propose donc de prendre de vitesse cette année à venir que l’on redoute tous un peu, et de se retrouver en juillet 2027 pour tenter de répondre à ces questions, lors de la 81e édition du Festival.
Pourquoi vous semble-t-il important de clore le festival sous cette forme ?
A.C. : La meilleure façon de se rassembler en ce moment, c’est de partager les questions et de se dire qu’on a besoin des autres pour y répondre. Et qu’évidemment, on n’aura pas les mêmes réponses, mais qu’il va falloir échanger et confronter nos réponses. Et c’est quelque chose qui va être très important dans l’année qui vient.
P.B. : Le geste, c’est aussi celui de reprendre la main sur le questionnaire. On est assailli et accablé, affligé d’avance de cette sommation qui exige de nous que l’on réponde à des questions qui ne sont pas les nôtres. Celles-là, parce qu’elles sont plus existentielles ou politiques, ce seront les nôtres. Ce n’est pas un congrès, ce n’est pas une consultation citoyenne. C’est un moment où l’on rassemble en gerbes toutes les questions qu’on a sur le cœur.
Patrick Boucheron, quel lien faites-vous entre votre métier d’historien et votre amour pour le théâtre ?
P.B. : Pour moi, le théâtre, dans le sens le plus archaïque, le plus radical, c’est un lieu d’exposition où l’on montre ce que l’on risque, où l’on s’expose comme vulnérable. C’est bien avant l’idée de la représentation, bien avant l’idée de spectacle et l’idée de visibilité. Et au Festival d’Avignon, comme dernière utopie de l’après-guerre, on décide de s’accorder sur nos désaccords. Car c’est moins un lieu où l’on va voir des spectacles qu’un lieu où l’on débat et l’on discute de ce que l’on a vu. Au moment où, d’une certaine manière, on est accablé par un discours politique qui n’est rien d’autre que l’éloge pur de la force, faire une proposition collective qui consiste à faire assaut de nos faiblesses, je pense que c’est important.
De votre côté, Aurélie Charon, quel lien faites-vous entre votre métier de journaliste et votre métier de metteuse en scène ?
A.C. : Il y a quelque chose de très proche entre les deux, car ce que l’on réalise avec le projet documentaire sur scène, c’est provoquer des rencontres qui n’auraient pas pu ou pas dû avoir lieu. Cela permet de poser des questions auxquelles on n’a vraiment pas la réponse. Or, cela devient de plus en plus difficile dans plein d’espaces de la société aujourd’hui.
Propos recueillis par Fanny Imbert – www.sceneweb.fr
L’Aube des questions
Coordination Patrick Boucheron, Aurélie Charon, Tiago Rodrigues
Avec la participation et la contribution de Boris Charmatz, Régine Chopinot, Laetitia Dosch, Sihame El Mesbahi, Amir Hassan, Rami Abou Jamous, Oksana Leuta, Philippe Martinez, Mascare, Maria Melchior, Nanii, Emma Prat, Hala Rajab, Leonor de Recondo, Blandine Rinkel, Superpoze, Christiane Taubira, Camille de Toledo, Mélanie Traversier, Laura Vazquez
Avec la participation des Talents Adami Théâtre Fareen Aslam, Aymen Bouchou, Marine Gramond, Mélo Lauret, Vincent Pacaud, Naïsha Randrianasolo, Nemo Schiffman, Kim Verschueren
Avec la participation de l’Orchestre national Avignon-Provence
Direction musicale Débora Waldman
Composition Fabien Cali
Orchestration Fabien Cali, Simon Nathan
Violons 1 Cordelia Palm (violon solo super soliste), Jeanne Apparailly, Pauline Dangleterre, Natalia Madera, Teresa Martínez Diago, Bo Xiang, Corinne Puel
Violons 2 Gabriella Kovacs, Marie-Anne Morgant, Eugène Ducros, Robin Magny, Nathalie Caulier
Altos Fabrice Durand, Antoine Dautry, Arnaud Gaspard, Laurence Vergez
Violoncelles Nicolas Paul, Valentine Lalande, Louise Rosbach, Masanao Ninomiya
Contrebasses Matthias Courbaud, Victor Antoine
Flûtes Victoria Creighton, Sujeong Lee
Hautbois Frédérique Costantini, Thierry Guelfucci
Clarinettes Mio Yamashita, Christian Chiron
Bassons Arnaud Coïc, Romain Rougé
Cors Mathilde Dannière, Gaëlle Claudin
Trompettes Pierre Macaluso, Guillaume Degrugillier
Trombone Didier Comte
Timbales et percussions Hervé Catil
Avec la contribution de Rima Abdul Malak et la rédaction du journal L’Orient-Le Jour, Laure Adler, Florence Aubenas, Carolina Bianchi, Assaad Chaftari, Rébecca Chaillon, Marc Crépon, Alice Diop, Asma Mhalla, Assumpta Mugiraneza, P.R2B, Anne Savinel-Barras, Leila Slimani, Claire Thoury, Yolande Zauberman et des élèves du lycée polyvalent Philippe-de-Girard d’Avignon : Sara Arouss, Fatima Benabbe, Manal Boudene, Sofia Bouimid, Fatima Zahra El Fazazi, Jihane Houmani, Fatima Oualghazi
Avec les extraits de textes de Maurice Blanchot, Marguerite Duras, Max Frisch, Pierre Guyotat, Edgar Morin, Jacques Prévert, Mathieu Riboulet, William Shakespeare, Clara YséProduction Festival d’Avignon
En collaboration avec l’Orchestre national Avignon-Provence
Soutien Sacem et, pour le 80e Festival d’Avignon Adami, Groupe Crédit CoopératifDurée : 2h
Festival d’Avignon, Cour d’honneur du palais des Papes
le 26 juillet, à 5h



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