Avec Saigner des genoux, Igor Kovalsky, finaliste du prix du Théâtre 13 cette saison, propose une immersion dans le quotidien dramatique adolescent et révèle une écriture de haute volée.
Tout commence par une immolation, avec jerrican d’essence et briquet levé bien haut. La totale. Histoire de dire qu’ici, on n’y va pas de main morte. L’ensemble se déroule au son du chant d’une tendre harmonie, agrémenté de quelques pas de breakdance. C’est l’histoire de trois adolescents et de cet âge où tout est une tragédie. Eau (comme l’élément) est la forte tête cool du groupe. Elle est belle, douée, drôle et se rêve chanteuse, bien entendu. Elle est plus ou moins amoureuse de Marius, le beau gosse sans cervelle, mais qui se révèle sensible comme tout. Enfin, il y a Yulizh, qui sait mieux parler aux arbres qu’à ses propres camarades de classe et qui semble posséder quelques capacités hors du commun. Cette petite troupe coule des jours heureux dans le cours de maths de Madame Canosse, qui déploie des efforts colossaux pour tenter d’être la prof la plus sympa du monde, tendance un peu maternante. Mais l’équilibre du groupe bascule avec l’arrivée dans le collège de Doom, un grand gaillard dégingandé, un peu cabossé, un peu turbulent, plutôt charmeur, définitivement poète et par qui tout le monde semble être énigmatiquement fasciné.
Des pièces qui évoquent le quotidien du milieu scolaire, ses difficultés et ses beautés, il y en a beaucoup, mais celles écrites avec autant de justesse et de précision sont rares. Saigner des genoux navigue ainsi dans le quotidien de ces adolescents, le coeur fumant, les hormones en tempête, les pompes qui gênent, qui traversent leurs amours comme des tragédies et appréhendent les choix à venir comme des abysses. Saigner des genoux parle aussi de l’école, de ses manquements, de sa violence. L’écriture d’Igor Kovalsky transpire une qualité d’écoute fondamentale de la part du jeune auteur et metteur en scène, car il faut pouvoir la capter cette langue âpre, virtuose, bondissante propre aux adolescents, sans la singer ni l’affaiblir. Là où Igor Kovalsky fait mouche, c’est dans les contrastes soyeux de ses personnages : jamais condamnables, toujours faillibles. Le tout est sublimé par la création musicale et vocale du compositeur, auteur et interprète Mowdee. Ça cavale donc à la vitesse d’un couplet, tout en étant drôle, tendre et admirablement interprété.
Fanny Imbert – www.sceneweb.fr
Saigner des genoux
Texte et mise en scène Igor Kovalsky
Avec Margaux Germay, Oréade Lagrèze Gagneux, Loïc Azorin, Denez Raoul, Melissa Polonie de la Comédie-Française en alternance avec Océane Lhéritier
Régisseur son et lumière Louis De Peretti
Création musicale Mowdee, Eliott CrozeProduction 3.6 No scope
Soutiens New Bulgarian University ; Les Zaccros ; Cours Florent ; Le ChariotDurée : 1h10
11 • Avignon, Espaces Mistral, dans le cadre du Festival Off d’Avignon
du 6 au 23 juillet 2026, à 21h30 (relâche les 10 et 17)Théâtre municipal de Nevers
le 28 janvier 2027






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