La compagnie bruxelloise La Horde Furtive s’installe au coeur du nouvel espace de La Manufacture, dans le Festival Off d’Avignon, et transporte, sous la houlette de Simon Thomas, quatre énergumènes exaltés dans un insolite univers à la fois philosophique et drolatique.
En longue cape rouge vif, celui qui semble être le leader du groupe convoque l’imaginaire des contes légendaires et des chevaliers moyenâgeux. Parmi ses comparses, une jeune femme porte un ciré jaune à capuche et des bottes en caoutchouc, comme pour se prémunir d’un déluge menaçant. Vêtu d’un costume bleu nuit hyper serré, un homme qui s’apparente à un torero d’opérette côtoie une Fantômette cagoulée d’un heaume en combinaison de gymnastique en lycra noir. Ces quatre figures aux identités troubles qui peuplent Should I stay or should I stay semblent issues de mondes aussi lointains que distincts et donnent l’impression de ne savoir ni comment ni pourquoi elles sont arrivées là. Sous l’éclairage de néons blancs blafards qui participe à rendre a priori hostile l’environnement dans lequel elles évoluent, leurs présences farouches et hagardes intriguent. Debout, immobiles, couchés au sol ou en pleines contorsions, au centre comme en retrait, souvent désorientés, ces individus se rencontrent et tentent de cohabiter.
Tirée de la chanson des Clash qui donne (quasiment) son titre à la performance, une célèbre phrase musicale se répète en boucle au cours des longues premières minutes, comme pour combler le silence et le vide. Comment décrire ce qu’il se passe ensuite ? Paradoxalement, tout et rien. À mesure que le spectacle se développe, le temps s’écoule, s’étire, se suspend, jusqu’à l’effacement. Comme dans Huis clos de Sartre, les protagonistes ne se connaissent pas, ne partagent pas de goûts, de convictions ou d’aspirations, si ce n’est l’envie de dépasser leur condition. Ils se prennent des murs, se débattent sans cesse et en vain pour échapper à l’inextricable enfermement qu’ils et elles croient efficient.
Le malheur s’est, semble-t-il, abattu sur le monde, soudainement plongé dans une noirceur terrible et indéterminée. Il reste alors pour ses survivants à se livrer à des tentatives de communication avortée et à essayer de mettre en place des règles assez insaisissables de sociabilité. Le catastrophisme de la situation est conjuré par une extrême drôlerie. L’humour post-absurde assez désopilant est au rendez-vous. L’écriture textuelle et scénique de Simon Thomas, faussement décousue et hasardeuse, fait absolument mouche.
Sur scène, les interprètes forment un quatuor très à l’aise dans le maniement de leur étonnante partition. C’est même avec dextérité et inventivité qu’ils font basculer la pièce du jeu ludique faussement plat et dérisoire à quelque chose de bien plus conséquent. « Je pense qu’il serait temps qu’on foute quelque chose, non ? », demande l’un d’entre eux. En dépit de l’apparente incongruité de la situation présentée, la fable prend tout son sens lorsqu’elle exhorte à s’extraire de la prostration et invite à réfléchir sur la capacité de tout un chacun à agir, rebondir et prendre en main son existence. Dans un état d’incertitude et de légèreté parfaitement assumé, la question est posée : quelle possible alternative s’offre à l’enlisement ?
Christophe Candoni – www.sceneweb.fr
Should I stay or should I stay
Texte et mise en scène Simon Thomas
Avec Jules Churin, Héloïse Jadoul, Manon Joannotéguy en alternance avec Gwen Berrou, Lucas MeisterProduction La Horde Furtive
Durée : 1h05
La Manufacture, L’Extra, dans le cadre du Festival Off d’Avignon
du 4 au 21 juillet 2026, à 21h50 (relâche les 9 et 16)




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