Aux Hivernales, le CNDC d’Avignon, Manuel Roque présente une nouvelle version en duo de sa pièce bang bang. Une performance hyper sportive qui réclame un engagement total des interprètes.
Dansé à de nombreuses reprises depuis 2017 sur la scène internationale par son créateur, bang bang a d’abord connu une version solo qui se métamorphose lorsque son chorégraphe Manuel Roque rencontre le jeune interprète Nils Levazeux, tout juste sorti de l’École de danse contemporaine de Montréal. Mu par un profond désir de transmettre sa pièce, l’artiste profite d’un nouvel élan créatif pour la réinventer en plaçant au cœur du propos un rapport à l’autre jusque-là inexploité. La mise à l’épreuve solitaire se transforme alors en moment d’endurance partagé. Pour les dix représentations qui se donnent à Avignon, une troisième interprète, Raphaëlle Renucci, s’associe en alternance à la distribution.
Le duo investit le plateau drastiquement dégagé, trouvant dans la radicale simplicité formelle une stricte manière de ne jamais céder à la moindre tentation d’esthétisation ou de spectacularisation du geste représenté. L’intensité du corps en plein effort s’offre à elle seule comme la substance surpuissante de la pièce. Habillés en tenue de training, un short et un débardeur très vite détrempés de toute la sueur déversée, les danseurs se placent en première ligne, l’un à côté de l’autre, les pieds écartés à largeur d’épaules et nettement ancrés au sol, ils enchaînent une série de flexions-extensions. Les genoux se plient de sorte que les fessiers se placent vers l’arrière, puis ils se redressent ensuite pour se mettre debout et ainsi de suite. Ce mouvement est longuement répété et se coordonne au rythme pulsatif et régulier de la bande-son très épurée.
Muscles tendus et contractés, les danseurs vont suivre à l’unisson des trajectoires parallèles, émaillées de gestes basiques types petits rebonds, jetés, piétinements, balancements, grands sauts en avant dont l’enchaînement sur onze temps donne à voir à chaque instant le signe de leur vigueur physique et de leur excellent cardio. Le travail présenté allie force et souplesse. Les interprètes pulsent et bondissent en faisant vraiment corps avec la partition qui les oblige à dépasser leurs limites, à aller au-delà d’eux-mêmes, et qui, sans pitié, interroge à la fois leur solidité et leur perfectibilité.
À l’instar du Flamand Jan Martens dans The Dog Days Are Over ou de l’Italien Alessandro Sciarroni dans FOLK-S will you still love me tomorrow ?, Manuel Roque signe une chorégraphie qui s’empare d’un mouvement quasiment continu et qui ne cesse de varier et de s’amplifier à mesure qu’il progresse dans la durée. D’une exigence extrême, la proposition requiert autant de passion que de pugnacité. Elle comporte quelque chose de nécessairement pur et brut, paraît haletante, harassante, ponctuée par la respiration saccadée des danseurs, par les frappes martelées et les légers crissements des baskets sur le sol, qui confèrent à l’épatante mobilité du corps une étonnante musicalité.
Christophe Candoni – www.sceneweb.fr
bang bang
Chorégraphie Manuel Roque
Avec Manuel Roque, Nils Levazeux en alternance avec Raphaëlle Rennuci
Costumes Marilène Bastien
Direction technique Olivier Chopinet
Création lumière Olivier Chopinet, Karine Gauthier
Création son Manuel Roque
Collaboration artistique Lucie VigneaultProduction Cie Manuel Roque
Production déléguée DLDDurée : 50 minutes
Les Hivernales, CNDC d’Avignon, dans le cadre de On (y) danse aussi l’été ! et du Festival Off d’Avignon
du 10 au 20 juillet 2026, à 13h20 (relâche le 15)Festival Furies, Marsoui (Canada)
le 26 juilletFestival des Arts de Saint-Sauveur (Canada)
le 1er août




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