Dans M’AIDER, Guillaume Hallier, marin-sauveteur de profession et danseur amateur, fait découvrir les gestes qu’il utilise en mer pour communiquer avec les réfugiés avant de les recueillir. Il témoigne des réalités humanitaires en Méditerranée. M’AIDER a été créé au festival Mythos à Rennes. Le spectacle est programmé pour quelques représentations à La Manufacture, dans le Off d’Avignon.
Marin depuis 2016, Guillaume Hallier se partage entre sa Bretagne natale et la Méditerranée. Il multiplie depuis plusieurs années les missions pour plusieurs ONG, dont SOS Méditerranée et SOS Humanity. Et c’est au hasard d’une colocation qu’il rencontre la chorégraphe Fiona Houez, qui lui propose de travailler sur ce spectacle atypique : un solo de 30 minutes suivi d’une conversation avec le public pour expliquer son métier de marin-sauveteur.
« J’ai eu différentes expériences maritimes en tant que capitaine de voilier avant d’être capitaine, explique Guillaume Hallier. J’étais aussi matelot, déjà sauveteur en mer sur les plages l’été, comme job étudiant. Je commençais à avoir une petite expérience maritime et de secouriste, puis j’ai rencontré quelqu’un qui était à l’époque infirmier avec Médecins Sans Frontières sur l’Aquarius et l’Ocean Viking. Et, de fil en aiguille, j’ai postulé à SOS Méditerranée. Mon expérience de sauvetage en mer a débuté en 2019. »
Parallèlement, Guillaume Hallier découvre la danse en amateur pendant ses études. « J’ai accroché avec ce média-là et j’ai continué de façon un peu ponctuelle à faire des stages et des masterclasses. Quand ce projet de spectacle a commencé, j’avais envie de me sentir légitime et outillé pour répondre à l’exigence et à l’ambition du projet. »
Le jeune marin évolue avec aisance sur le plateau, dans la pénombre, reproduisant ses gestes de marin. « Fiona Houez m’a demandé de reproduire les gestes quand on approche avec nos zodiacs, dès que l’on aperçoit des personnes en situation de détresse. Je suis le pilote de semi-rigide et je communique de manière non verbale avec le leader du zodiac. Il faut que ce soit le plus simple, le plus limpide, le plus clair. Parfois, la parole est noyée par le bruit des cris, du vent, des vagues. On est allé chercher tous ces gestes authentiques qui sont à peine traduits différemment dans le spectacle. »
La performance s’accompagne également d’une composition sonore élaborée grâce à des ambiances, des paroles et des bruits captés par le réalisateur Jean-Baptiste Bonnet, présent à bord du navire Ocean Viking durant plusieurs missions. Ils ont été retravaillés par la compositrice radiophonique Anouk Edmont. On est ainsi immergé avec Guillaume Hallier dans son métier de sauveteur. En août 2025, l’Ocean Viking a été attaqué dans les eaux internationales par des garde-côtes libyens qui ont ouvert le feu sur le navire humanitaire pendant plusieurs minutes, endommageant notamment la passerelle. Guillaume Hallier ne faisait pas partie de cette mission. Mais en 2023, il avait déjà essuyé des menaces de tirs de militaires libyens, qui avaient tiré en l’air. Au cours de cette mission, Guillaume sauve plusieurs réfugiés, même si certains ne parviennent pas à rejoindre son zodiac, comme c’est le cas d’un jeune Érythréen, dont entend le témoignage au début du spectacle. « Ce rescapé, en 2023, était à bord de l’embarcation en détresse, explique le marin. On n’a pas pu les sauver parce que, justement, les Libyens sont arrivés. Il avait 18 ans à l’époque, il a tenté cinq fois de quitter la Libye. Et en 2025, après plusieurs tentatives, il a été secouru. Il a survécu. Son histoire intime est porteuse d’espoir et montre toute l’utilité de notre métier. »
Après Avignon, Guillaume Hallier va retourner en Bretagne, retrouver sa compagne et son fils, avant une nouvelle mission à l’automne, où il se rend disponible pour trois ONG qui sont en train de peaufiner leur mission.
Stéphane Capron – www.sceneweb.fr




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