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Le théâtre nigérian Wole Soyinka, fabrique de talents au rayonnement international

À la une, Théâtre
Représentation au Wole Soyinka Theatre à l'Université de Ibadan
Représentation au Wole Soyinka Theatre à l'Université d'Ibadan

Photo Light Oriye Tamunotonye / AFP

Fondé en 1955, le théâtre Wole Soyinka de l’Université d’Ibadan, dans le sud du Nigeria, a formé plusieurs générations d’acteurs, metteurs en scène, dramaturges, producteurs, techniciens et directeurs artistiques qui alimentent aujourd’hui l’industrie culturelle nigériane, du théâtre universitaire à Nollywood, deuxième industrie cinématographique mondiale en volume de production.

Quelques heures avant le lever de rideau, une vingtaine de jeunes comédiens, confirmés et amateurs, répètent une dernière fois leurs répliques et déplacements sur la scène du théâtre Wole Soyinka devenu au fil des années un lieu emblématique de la formation artistique dans le pays et dont l’influence s’étend en Afrique et au-delà. Adebayo Israel, 21 ans, explique avoir toujours été passionné par le théâtre. « Mais la confiance sur scène, je l’ai apprise ici », confie l’étudiant de l’université, tout en s’échauffant la voix avant l’arrivée du public.

À l’affiche ce soir-là, Medaaye, une adaptation africaine de la tragédie grecque Médée d’Euripide, signée Femi Osofisan, 80 ans, figure majeure du théâtre nigérian, qui assiste à la représentation. En 2016, il est devenu le premier Africain à recevoir le prestigieux Prix Thalia, décerné par l’Association internationale des critiques de théâtre pour sa contribution au théâtre contemporain. Pendant deux heures et demi, les dialogues alternent entre l’anglais, le yoruba et le pidgin, ponctués de chants et de danses traditionnels accompagnés par des musiciens installés au premier rang dans le public.

Le dramaturge connaît bien les lieux, où il a étudié puis enseigné. Fondé en 1955, ce théâtre a formé plusieurs générations d’acteurs, metteurs en scène, dramaturges, producteurs, techniciens et directeurs artistiques qui alimentent aujourd’hui l’industrie culturelle nigériane, du théâtre universitaire à Nollywood, deuxième industrie cinématographique mondiale en volume de production.

Influence majeure

Outre Femi Osofisan, parmi les anciens élèves figurent Wole Soyinka, premier Africain lauréat du prix Nobel de littérature, Akinwumi Isola, dramaturge et acteur nigérian, ou encore, plus récemment, l’actrice et réalisatrice Martha Ehinome et l’acteur Gabriel Afolayan. « Cette faculté a produit des acteurs, des universitaires et a contribué à développer les départements de théâtre dans pratiquement toutes les universités nigérianes », indique Tunde Awosanmi, enseignant du département et metteur en scène de Medaaye, rappelant qu’Ibadan est un pôle éducatif et culturel important et que son université est la plus ancienne du pays.

Le théâtre Wole Soyinka accueille régulièrement des représentations pour lesquelles certains spectateurs viennent de loin. C’est le cas d’Esther Adelana, 29 ans, chargée des relations publiques à Abuja, la capitale politique du pays, située à plus de 650 kilomètres, venue spécialement pour Medaaye. Pour elle, ce théâtre est « le reflet de la culture africaine dans toute son intelligence et son excellence ».

Savoirs multiples

Pour Iyanuoluwa Ajibike, acteur et producteur de 30 ans, la force de cet espace culturel réside dans sa diversité et les contacts qu’on y tisse. « C’est un vivier de talents parce que des personnes aux compétences très différentes s’y rencontrent. On y trouve des acteurs, des metteurs en scène, des costumiers, des maquilleurs, des techniciens lumière, des chorégraphes et des designers sonores », énumère-t-il. Cette approche multidisciplinaire séduit les étudiants. Oreoluwa Tayo, 22 ans, estime avoir acquis bien plus que des compétences de comédienne. « J’ai développé un peu des savoir-faire dans la gestion des costumes, le maquillage, la danse et d’autres domaines », explique l’étudiante, qui souhaite s’orienter vers le management culturel.

« Le théâtre me donne l’impression d’être encore plus vivante », déclare de son côté, Ejirooghene Asagba au New Culture Studios, une salle de spectacle d’Ibadan, lors d’une représentation de Water, le one-man show de Tobi Marho qu’elle produit. La jeune femme s’est fait connaître grâce à plusieurs rôles principaux au théâtre, notamment dans des productions inspirées de figures et d’événements marquants de l’histoire d’autres pays africains, comme le film Funmilayo Ransome-Kuti (2024), biopic sur la mère de la star de l’Afrobeat nigériane Fela Kuti.

« Il est important de raconter des histoires nigérianes, mais aussi africaines, car nous partageons souvent les mêmes défis, qu’ils soient politiques, sociaux, économiques ou culturels », explique la comédienne. Comme beaucoup d’artistes issus du théâtre Wole Soyinka, elle espère un jour faire tourner ses productions au Nigeria et au-delà. « Le public a adoré ces pièces. Des spectateurs sont venus de pays francophones voisins et j’ai reçu de nombreux messages. J’aimerais les faire tourner pour faire rayonner le théâtre nigérian et africain, mais les coûts restent un frein », confie-t-elle.

Kadiatou Sakho © Agence France-Presse

26 juin 2026/par AFP
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