L’autrice et traductrice Denise Luccioni est décédée le 30 mai 2026 à Lorient, fait savoir sa famille. Tout au long de sa vie professionnelle, elle a joué un rôle d’intercesseuse dans des institutions culturelles comme l’American Center à Paris, le Théâtre de la Bastille et la Cinémathèque de la danse.
Ayant rencontré aux Fêtes musicales de la Sainte-Baume, de 1976 à 1980, des inventeurs en danse et en musique comme les chorégraphes fondateurs du Judson Dance Theater – Trisha Brown, David Gordon, Steve Paxton, Yvonne Rainer – et Simone Forti, des compositeurs – John Cage, Robert Ashley, puis David Tudor et Takehisa Kosugi –, Denise Luccioni transforme peu à peu ces objets de passion en expériences et en connaissances.
L’époque aidant (les années 1970), elle apprend en faisant. Ainsi à Paris, elle passe du bureau Artservice international de Bénédicte Pesle au démarrage de la Cinémathèque de la danse, de la programmation du Théâtre de la Bastille (direction Jean-Claude Fall) à celle de l’American Center en préfiguration et de l’Esprit du Nomade de la Fondation Cartier, tout en poursuivant son partenariat avec des artistes (Trisha Brown, Richard Foreman, Grand Magasin, François Verret, Jean-Marie Patte…), en tant qu’assistante, productrice, vendeuse, organisatrice de tournées ou « regard extérieur ».
Elle évolue très naturellement vers les conférences et la traduction de spectacles (Richard Foreman, Big Art Group, Richard Maxwell, Robert Ashley/Steve Paxton, Robyn Orlin…) et d’ouvrages sur la danse (Terpsichore en baskets de Sally Banes, Merce Cunningham, Un demi-siècle de danse de David Vaughan, Material for the Spine et Gravité de Steve Paxton, Le Corps pensant de Mabel Todd, Mouvements de vie d’Anna Halprin – ces deux derniers avec Élise Argaud – et Danser la vie sur Anna Halprin, Un Manuel de chorégraphe de Jonathan Burrows).
Son dernier défi artistique personnel – mais utile à la mémoire – était de réaliser, à partir de ses archives, une série d’essais audiovisuels, dont le « titre provisoire » était Dansez, neurones. Riez, cellules !, mais sur le point d’être remplacé par Histoires d’archives [titre provisoire].
Elle a d’ailleurs présenté au De Singel d’Anvers une version « en construction » intitulé Denise Luccioni : 50 ans de scène en vidéos. Cette série vidéo artisanale revenait sur ses débuts : un festival de musique et de danse, à la fois discret et avant-gardiste, en Provence, ainsi que l’Artservice International de la légendaire Bénédicte Pesle à Paris. Les autres épisodes se concentrent chacun sur l’un des artistes ou groupes avec lesquels elle a collaboré de différentes manières : de Steve Paxton et Trisha Brown à Merce Cunningham, et de Richard Foreman à Grand Magasin et Big Art Group.
Sa dernière intervention dans l’espace artistique a été de présenter à Leuven, en Belgique, pendant le festival Body of works huit de ces films : autant d’occasions de découvrir des portraits de quelques acteurs décisifs dans l’évolution des arts, guidés par une témoin devenue exploratrice.




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