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Culturisme et tours de magie pour un « Vive le sujet ! » sous le signe de l’incongruité

A voir, Festival d'Avignon, Les critiques, Théâtre
Vive le sujet ! Tentatives, Série 1 – Claudia the Virgin de Zoé Lakhnati et La machine à affranchir de Nicole Genovese
Vive le sujet ! Tentatives, Série 1 – Claudia the Virgin de Zoé Lakhnati et La machine à affranchir de Nicole Genovese

Photo Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Pour cette 80e édition du Festival d’Avignon, les Tentatives de Vive le sujet ! s’ouvraient avec deux artistes pour le moins éloignées, mais rapprochées par leur humour en creux et l’incongruité de leurs invités. Quand la chorégraphe Zoé Lakhnati invite une athlète de haut niveau, championne de culturisme, la metteuse en scène Nicole Genovese fait appel à un magicien, spécialiste des tours de corde. Le choc des cultures est au rendez-vous, et il est vivifiant.

Au milieu de la galaxie des propositions du In d’Avignon, les spectacles de Vive le sujet ! Tentatives, imaginés en partenariat avec la SACD, sont des îlots de concision – leur durée est celle d’un moyen métrage de cinéma – et des terrains de rencontre souvent réjouissants, doublés d’une dimension expérimentale qui les transforme régulièrement en ovnis. Pour la Série 1 de cette édition 2026, sont attendues deux personnalités, l’une de la scène chorégraphique (Zoé Lakhnati) et l’autre de la scène théâtrale (Nicole Genovese). Deux mondes, deux styles aux antipodes, et c’est à un amusant choc des esthétiques que nous confronte cette première programmation en forme de grand écart, pas seulement disciplinaire.

La représentation s’ouvre avec Claudia the Virgin, et c’est le travail du corps qui prime ici. En costard noir aux épaules de colosse sur des baskets dorées, lunettes noires et chignon bas, Zoé Lakhnati nous fait face et, dans un geste de la main qu’elle porte à son oreille, prend la posture de l’agent de sécurité en plein service. À moins que ce ne soit le garde du corps de celle qui entre juste après sur une musique d’orgue emphatique, noyée dans son étole bleu électrique dont le drapé danse en mouvements lents au rythme de sa marche. Avec une petite prosternation devant la statue de la Vierge du Jardin du lycée Saint-Joseph, la performance s’inscrit d’emblée in situ et annonce son inspiration. Mais c’est pour mieux la détourner, on s’en doutait, et, lorsque le voile tombe, c’est Claudia Atletica qui en émerge, silhouette de bodybuildeuse impressionnante de muscles saillants. Face à ce corps hors norme, le garde du corps s’évanouit. Qui doit, alors, garder le corps de l’autre ? Les deux se portent mutuellement dans des configurations « non répertoriées », dixit la voix off. Les deux corps imbriqués deviennent sculptures jusqu’à se fondre l’une dans l’autre en une roulade au sol compacte. La Vierge à protéger s’avère plus solide et puissante physiquement que le garde du corps chargé de sa sécurité, et son apparence tranche franchement avec l’iconographie religieuse présente dans l’imaginaire collectif. L’humour s’invite en creux, l’épure des mouvements et du geste dessiné dans l’espace s’accorde parfaitement à son environnement. Et la phrase finale tombe comme une énigme, un clin d’œil à méditer.

Proposition deux : La machine à affranchir de l’inénarrable Nicole Genovese. L’action se déroule autour d’un automate d’affranchissement du courrier. Trois individus ne se connaissant pas engagent la conversation. Chacun porte un sac en plastique sur lequel est inscrit : « Garde ton sac, sauvegarde ta nature ». D’abord badine, la discussion cache pourtant des doubles sens à gogo. La corde au cou, l’une d’entre eux voudrait en finir, tandis qu’un autre a passé commande sur internet et réceptionne des baskets en promotion peu conformes à ses attentes. Mais ce qui se joue ici a lieu entre les lignes, dans une temporalité qui s’étire, freine des quatre fers même, se répand dans une trivialité apparente et refuse intentionnellement tous les codes de rythme et de dialogue d’un théâtre dynamique et bien portant. Nicole Genovese questionne en sous-texte notre déni face à la crise écologique, nos modalités de consommation aberrantes et s’entoure pour ce faire d’un complice, Sébastien Chassagne, et d’un nouveau venu, Quoc Tien Tran, magicien et illusionniste, pour nous concocter des tours à base de cordes et s’affranchir des superstitions qui collent à la peau du théâtre et des croyances caduques ou fausses. Dans une époque où l’IA va bon train et brouille les frontières de la vérité et de l’invention pure, la metteuse en scène lui oppose un théâtre du peu et du lent, décroissant et humble, mais non dénué d’humour et d’irrévérence, toujours.

Marie Plantin – www.sceneweb.fr

Vive le sujet ! Tentatives – Série 1

Claudia the Virgin
Chorégraphie Zoé Lakhnati
Avec Claudia Atletica, Zoé Lakhnati
Chorégraphie Zoé Lakhnati
Collaboration artistique Claudia Atletica
Assistanat chorégraphique Nassim Baddag
Création musicale Paul JF Fleury
Conseil dramaturgique Simon Hatab
Texte CHOUF
Costumes Armine Ohanyan
Sculptures Émilie Dezeuze

Production StudioCrash
Coproduction SACD, Festival d’Avignon ,Ménagerie de Verre (Paris)
Soutien Académie de France à Rome, Villa Médicis, Ménagerie de verre (Paris), Klap Maison pour la danse (Marseille), P.A.R.T.S. (Bruxelles)

La machine à affranchir
Texte Nicole Genovese
Création magie Quoc Tien Tran
Composition musicale Nicole Genovese, Sébastien Chassagne
Mise en scène Claude Vanessa
Avec Sébastien Chassagne, Nicole Genovese, Quoc Tien Tran
Régie plateau et son Émile Wacquiez

Production Le Bureau des Écritures Contemporaines
Coproduction SACD, Festival d’Avignon

Durée : 1h

Festival d’Avignon, Jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph
du 8 au 11 juillet, à 10h30 et 18h

9 juillet 2026/par Marie Plantin
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