Le festival Vis-à-Vis revient au Théâtre Paris-Villette du 20 au 23 mai 2026. Et, comme pour l’édition avignonnaise en 2025, les représentations proposées au public ne pourront être portées sur scène que par les artistes professionnels, accompagnés des présences sonores, visuelles et textuelles des participants détenus.
Cette édition, préparée par Valérie Dassonville, accueillera des créations partagées, toutes répétées et créées en détention, dans différents établissements pénitentiaires d’Île-de-France, par des artistes et techniciens professionnels et des amateurs sous main de justice, mais sans la présence des détenus. Le 13 mars 2026, après l’évasion d’un détenu lors d’une sortie au Louvre, le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, avait adressé un courriel le soir même demandant à l’administration pénitentiaire de suspendre les permissions de sortie à caractère culturel et sportif.
Le Conseil d’État a suspendu le 4 mai l’exécution de cette instruction, selon la procédure de référé, c’est-à-dire d’urgence, initiée par l’Observatoire international des prisons et plusieurs autres associations et syndicats, jusqu’à ce qu’il soit statué sur le fond sur cette affaire. Cette instruction avait suscité de vives critiques au sein des syndicats de magistrats et de l’administration pénitentiaire. Dans sa décision, le Conseil d’État estime qu’elle « porte une atteinte grave et immédiate aux personnes détenues éligibles aux permissions de sortir […] ainsi qu’à l’intérêt public qui s’attache à l’accompagnement des personnes condamnées en vue de leur réinsertion professionnelle ou sociale ».
Cette instruction était « temporaire », prise à la suite de cette évasion, a souligné une source pénitentiaire auprès de l’AFP. « La direction générale de l’administration pénitentiaire a donc travaillé à sécuriser les modalités d’octroi des permissions de sortir collectives, dans un cadre permettant à la fois la réinsertion des détenus et en limitant drastiquement le risque d’évasions », a réagi cette même source.
La direction générale de l’administration pénitentiaire travaille à l’élaboration d’une nouvelle instruction, mais, dans l’attente, le festival Vis-à-Vis #6 se déroulera sans les détenus qui ont répété avec les artistes professionnels en prison. « Ces représentations permettront de témoigner de l’engagement et du travail des artistes, des personnes placées sous main de justice ainsi que celui de toutes les équipes impliquées dans l’organisation du festival. L’ensemble des partenaires entendent ainsi préserver une politique culture-justice qui répond au protocole interministériel mis en place depuis janvier 1986 par Messieurs Jack Lang et Robert Badinter », explique la direction du festival Vis-à-Vis dans sa présentation.
Le festival Vis-à-Vis est organisé avec le soutien du ministère de la Justice, du ministère de la Culture, de la direction interrégionale des services pénitentiaires de Paris, de la direction des affaires culturelles de la Ville de Paris et de la Fondation Meyer.
Avec AFP
Programme
Mercredi 20 mai
À l’ombre du réverbère
Bertrand Kaczmarek / Enzo Verdet / Redwane Rajel
1h20 / théâtre
Redwane Rajel découvre le théâtre en prison, avec Olivier Py, alors directeur du Festival d’Avignon. C’est ce parcours exceptionnel et profondément humain qu’il nous raconte ce récit intime. Avec lui, on parcourt les couloirs de la prison jusqu’à son jugement, et l’instant décisif qui le mènera aux planches. La mise en scène d’Enzo Verdet, toute en retenue, déjoue les pièges du voyeurisme. Elle montre, avec une délicatesse infinie, l’être humain tel qu’il est : faillible.
Jeudi 21 mai
Combien je suis
Charlotte Escamez, Samuel Mercer – Compagnie Tangente
50 min / théâtre
Faisant entendre une parole entre fiction et réalité, Combien je suis explore des facettes parfois irréconciliables de l’homme. Peut-on être plusieurs à la fois, a-t-on fait le bon choix ? L’histoire se déroule du crépuscule à l’aube. S’avancer dans cette nuit est un chemin périlleux qui nous entraîne vers la tragédie grecque pour juger « le cas Oreste » et remonter aux origines du premier tribunal.
La Maison d’hôtes
Edgar Alemany Orfila – La Troupe IPAC
15 min / théâtre, chant, slam, vidéo (en streaming depuis Bar-le-Duc)
La Maison d’hôtes, d’après le poème de Rûmî, est une performance live en streaming. Dans un théâtre abandonné, une télévision éclaire un chœur immobile. Dès que leurs voix s’élèvent, les voiles se lèvent – les invités étaient déjà là.
Vendredi 22 mai
Vidocq 21, 3e édition
Marine Bercot – compagnie J’entends le soleil…
1h / musique & danse
Vidocq 21, 3e édition est une aventure artistique mais avant tout humaine ! 5 artistes professionnels (musiciens et danseurs) rencontrent 7 personnes détenues pour une création musicale hip-hop partagée. Sept semaines d’ateliers d’écriture, de travail d’interprétation et de coaching scénique. Puis, après avoir appris qu’aucune permission de sortie ne serait accordée, des sessions d’enregistrement improvisées entre les murs… Afin que la musique et la danse puissent donner vie, donner corps, à leurs voix, à leurs émotions, à leurs récits… Afin que leurs mots aient raison de leur absence sur le plateau.
Samedi 23 mai
Notre Sacre
Lou Cantor, Clarisse Chanel, Sylvaine Hélary – Orchestre National de Jazz
30 min / création sonore danse et musique
Considéré comme une œuvre de rupture, Le Sacre du printemps est le point de départ de ce projet inédit. L’œuvre musicale originale est en partie citée, parfois détournée, pour constituer une mémoire sonore, comme les traces d’un héritage centenaire qui resurgit dans le présent. Une nouvelle matière nourrie de compositions, d’improvisations, de paroles, de percussions corporelles et de gestes sur objets s’est construite sous la forme d’un podcast. À l’issue de la séance d’écoute, la chorégraphe Clarisse Chanel interagira avec le public autour d’une danse collective en écho à la création Notre Sacre.
Formation Fantôme
L’Inverso Collectif
40 min / théâtre
Quinze apprentis fantômes suivent une formation intensive au cours de laquelle ils commencent les cas pratiques. Leur mission est simple : rétablir les injustices commises « là-bas ». Pour ce faire, ils disposent de quelques objets magiques aux effets parfois inattendus. Ecrit collectivement à partir de cadres d’improvisations, Formation fantôme est le résultat d’un travail mené au sein de la Maison d’Arrêt de Bois d’Arcy.



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