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Le Belarus Free Theatre au Théâtre de la Ville : quand la scène joue un rôle politique de premier plan

À la une, Paris, Théâtre
Natalia Kaliada, co-fondatrice du Belarus Free Theatre
Natalia Kaliada, co-fondatrice du Belarus Free Theatre

Photo Jindřich Nosek (NoJin)

Le Belarus Free Theatre met en scène dans le cadre des Chantiers d’Europe du Théâtre de la Ville la star basketteuse Katsiaryna Snytsina, aujourd’hui exilée de Biélorussie. KS6 : Small forward est un seule en scène éminemment engagé, à l’image du travail de cette compagnie qui marie activisme et théâtre performance. Fondée en 2005, cette troupe prouve au passage que la scène peut encore jouer un rôle politique majeur. Interview de sa fondatrice, Natalia Kaliada.

Pouvez-vous raconter en quelques mots l’histoire de votre compagnie ?

Natalia Kaliada : Le Belarus Free Theatre a été fondé en 2005 par mon mari, Nicolai Khalezin, et moi. C’est une compagnie de théâtre underground qui n’avait aucun lieu, mais voulait changer la société, notamment le régime en Biélorussie. Dès sa création, la compagnie a été interdite. Mon mari, journaliste, dont les publications étaient censurées, et moi avons ensuite quitté la Biélorussie en 2011. Nous revenions de New York et faisions escale quand on nous a appelés pour nous conseiller de ne pas rentrer. Nous avions déjà fait des séjours en prison lors des jours d’élection. On s’est donc arrêté à Londres où nous sommes désormais installés.

Les autres membres de la compagnie sont-ils également exilés ?

N.K. : Oui, depuis les manifestations qui ont suivi les élections truquées de 2020. Ils étaient désormais considérés comme des ennemis publics.

2011, date de votre exil, est également l’année de la mort de Václav Havel. Une figure importante pour vous ?

N.K. : Une figure fondatrice même. Il a montré qu’on pouvait agir sur le réel et renverser un régime politique avec la force de l’écriture et de la scène. C’est pour nous un modèle, qui nous a très tôt accompagnés. Nous voulions dès nos débuts faire venir en Biélorussie des voix issues de l’étranger. On a commencé avec 4.48 de Sarah Kane ; puis on a simplement écrit une lettre à Václav Havel, qui est très vite devenu notre parrain.

Vous avez accumulé les soutiens publics d’importance. Comment cela est-il possible pour une troupe underground biélorusse ?

N.K. : On a juste écrit à ces personnes pour qu’elles nous aident. Václav Havel poursuivait les mêmes buts que nous. Tom Stoppard, qui nous a beaucoup soutenus également, nous a répondu en 15 minutes ! On leur a écrit en leur disant : voilà qui nous sommes, voilà ce que nous voulons faire. Il ne faut pas se mettre d’obstacles. Et du côté politique, j’ai travaillé directement avec Hillary Clinton et le gouvernement américain sur des sanctions à prendre contre le pouvoir en Biélorussie. La profession de journaliste de mon mari et ma formation initiale en relations internationales nous y ont grandement aidés.

Vous qualifiez votre activité d’« artivisme ». Un mélange d’activisme politique et d’activité artistique ?

N.K. : Malheureusement, le théâtre ne va pas sauver le monde, mais nous avons eu des résultats avec notre activisme. Par exemple, sur la libération de prisonniers politiques. Et en libérer ne serait-ce qu’un seul aurait déjà été un succès. Mais, nous avons aussi décidé d’accompagner tous nos spectacles de campagnes à visée politique. Par exemple, sur la peine de mort, les disparitions des opposants, les droits des personnes handicapées. Nous avons pu faire avancer les choses dans ces domaines, et nous avons aussi fondé à Varsovie une école qui accueille des artistes en exil. Tout cela, sans aucun soutien financier. C’est le résultat d’un long travail de plus de vingt ans.

KS6 : Small forward s’inscrit dans cette lignée ?

N.K. : KS6 : Small forward met en scène la basketteuse Katsiaryna Snytsina. Elle y raconte son histoire. C’est pour moi une superwoman du quotidien. Elle a été capitaine de l’équipe nationale qu’elle a menée à de grands résultats. Et quand elle a pris sa retraite sportive, on lui a proposé de faire ce spectacle. En 2020, assistant à la violente répression des manifestations, elle avait quitté l’équipe nationale ; puis elle a rencontré sa femme à Paris, où elle revient justement présenter son histoire et son combat pour la liberté.

Comment passe-t-on ainsi du théâtre au basket ?

N.K. : Ce n’est pas facile. Katsiaryna Snytsina a abandonné la scène du terrain de basket pour celle du théâtre. Elle est belle et naturelle, et le public l’adore. Mais elle raconte aussi que, pour devenir une actrice, elle a dû travailler encore plus dur que pour le basket, aussi bien intellectuellement – pour l’apprentissage du texte, par exemple – que physiquement. Parce que nous prônons un théâtre physiquement très engagé. Nous considérons en effet que si les mots peuvent mentir, les corps, eux, ne le peuvent pas.

Propos recueillis et traduits de l’anglais par Eric Demey – www.sceneweb.fr

KS6 : Small forward
Conception et mise en scène Natalia Kaliada, Nicolai Khalezin
Texte Nicolai Khalezin
d’après des conversations avec Katsiaryna Snytsina
Mouvement et chorégraphie Javier De Frutos

Avec Katsiaryna Snytsina, DJ Blanka Barbara, Raman Shytsko, Darya Andreyanova, Mikalai Kuprych, et les voix de Jay O. Sanders, MC Tahir Hajat, Marichka
Conseil chorégraphique Anthony Matsena
Scénographie Nicolai Khalezin
Musique et design sonore DJ Blanka Barbara
Lumières Peter Small

Vidéo Dmytro Guk

Production Belarus Free Theatre – Freedom Highway Productions
Avec le soutien de R.G. & Spirits of the Game

Théâtre de la Ville, Les Abbesses, Paris, dans le cadre des Chantiers d’Europe
du 11 au 13 mai 2026

11 mai 2026/par Eric Demey
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