La journée du 8 mai a été épique en Suisse. Les conclusions du rapport de la CARTS (Commission des arts et de la culture) de la Ville de Genève soulignent l’urgence de « réintégrer Séverine Chavrier et de la soutenir dans ses fonctions ». Dans le même temps, la Fondation d’art dramatique (FAD), qui assure l’exploitation de la Comédie de Genève, a annoncé « mettre un terme aux relations de travail avec Séverine Chavrier ». L’avocat de la metteuse en scène a déposé une plainte auprès du Conseil administratif de la Ville de Genève.
Depuis le 22 octobre 2025, début de la crise à la Comédie de Genève, à la suite de plusieurs témoignages anonymes faisant état d’un climat de travail dégradé et de tensions internes liées au management au sein du théâtre, publiés dans la Tribune de Genève, ce que l’on peut appeler « l’affaire Chavrier » n’en finit pas de rebondir en Suisse. Et l’on sent bien les tensions, les manipulations et les divergences de points de vue dans le microcosme politique de la ville entre certains élus de la Ville de Genève et certains membres de la Fondation d’art dramatique (FAD), qui assure l’exploitation du théâtre, l’employeur de Séverine Chavrier.
Le 21 novembre 2025, la FAD décide de retirer à Séverine Chavrier ses responsabilités opérationnelles. Deux audits sont lancés : le premier par la FAD, très axé sur l’aspect RH – avec 138 entretiens (la Comédie de Genève ne compte que 80 salarié·es), dont beaucoup de témoignages anonymes –, et le second sur la gouvernance du théâtre confié à la Cour des comptes – ce rapport est attendu d’ici deux mois. Parallèlement, la CARTS (Commission des arts et de la culture), qui examine les comptes et le budget des institutions culturelles de la Ville de Genève, avait lancé son propre rapport rédigé par Michèle Roullet, élue PLR au Conseil municipal, qui défend l’indépendance du document parlementaire, rappelant que « tous les partis politiques y sont représentés ».
Le document rendu public hier et consulté par sceneweb s’appuie sur des auditions menées par la CARTS auprès de différentes parties prenantes de l’affaire, dont des membres de la FAD, ainsi que Séverine Chavrier, mais aussi des salarié·es du théâtre. Dans les conclusions (page 104), le Conseil municipal invite le Conseil administratif « à réintégrer et à soutenir dans ses fonctions de directrice Séverine Chavrier », à « clarifier le fonctionnement et les responsabilités de la FAD », « à désigner une médiatrice ou un médiateur externe, afin de réunir les entités constitutives de cette institution autour d’une table dans le but de redéfinir une gouvernance pour la Comédie ». Le rapport sera traité lors de la prochaine séance du Conseil municipal de Genève.
Quant à l’audit RH de la FAD, qui devait être rendu public hier, la justice a stoppé sa publication, ayant accepté la requête de mesures superprovisionnelles et provisionnelles de Me Romain Jordan, l’avocat de Séverine Chavrier. Le pouvoir judiciaire motive sa décision par le fait que Séverine Chavrier « n’a pas pu en prendre connaissance et se déterminer à ce sujet, ce qui est susceptible de lui causer un préjudice grave ». La justice invoque plusieurs autres motifs, dont celui-ci : « Il apparaît par ailleurs, sous l’angle de la vraisemblance, qu’une telle présentation dans l’urgence du rapport d’audit dans ces circonstances n’est justifiée ni par un intérêt prépondérant privé ou public, ni par la loi. » C’est sur la base de cet audit RH que la FAD a décidé de mettre fin au contrat de Séverine Chavrier, qui est par ailleurs actuellement en arrêt maladie.
Une décision attaquée par Me Romain Jordan, qui estime dans un communiqué qu’elle « confirme ce que beaucoup ont déjà constaté : la FAD dysfonctionne gravement et n’est plus en mesure de gérer ce dossier avec la distance, la loyauté et l’impartialité requises. Elle poursuit une logique d’éviction coûte que coûte, au mépris de la protection de la personnalité de Séverine Chavrier et des intérêts mêmes de l’institution. […] La FAD déraille. Elle n’est plus apte à conduire ce dossier. Il faut désormais un commissaire indépendant pour gérer la Fondation, protéger l’institution, garantir les droits de Séverine Chavrier et mettre fin à une séquence qui abîme gravement la Comédie de Genève. […] La cabale, menée tantôt par des éconduits dans les nominations, tantôt les cadres dysfonctionnels, relève de la calomnie et il est temps de l’acter ».
Une vision partagée par la conseillère municipale Michèle Roullet, qui estime à l’issue du rapport de la CARTS qu’il n’y a « aucune faute grave » à l’encontre de la gestion de Séverine Chavrier et qu’il faut « démanteler la FAD ». « On a l’impression qu’on se trouve dans un procès de Moscou », a-t-elle expliqué sur le plateau de la chaîne de télévision suisse Léman Bleu, dénonçant l’absence d’explications claires fournies à Séverine Chavrier sur les griefs retenus contre elle.
Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr



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