Il y a 20 ans, naissait le Prix du Théâtre 13, un concours dédié à l’émergence organisé par le théâtre du 13e arrondissement de Paris. Accompagnant une poignée de jeunes artistes chaque année, à la croisée des aires de diffusion privées et publiques, le dispositif est devenu incontournable dans un contexte de restrictions budgétaires dans le domaine de la culture.
« N’hésite pas à mettre plus d’intention dans ta première réplique. » Texte en main et chignon en pagaille, Angèle Garnier dirige avec tact et douceur la fin de la journée de répétition. Ses collègues et copines (Marie-Lou Nessi, Ema Haznadar, Anysia Mabe et Anne-Laure Tondu) l’entourent, assises en tailleur sur le plateau du Théâtre 13, côté Glacière. « Participer à ce prix, c’est une chance, bien entendu, assure la jeune femme, c’est un tremplin inestimable ». Autrice et metteuse en scène, passée par le Conservatoire national de Paris, Angèle Garnier jouera aussi le rôle de Violette, qui, tombant amoureuse d’Anna, se lance dans une grande odyssée sous-marine en territoire lesbien. Le Goût du bleu sera présenté pour deux dates en juin, aux côtés des cinq autres spectacles finalistes du Prix du Théâtre 13. Un jury composé de onze professionnels (metteur·euses en scène, comédien·nes, directeur·rices de salles) désignera un projet lauréat qui obtiendra dix dates de représentation et une dotation de 8 000 euros de la SACD.
N’est-ce pas symptomatique d’un secteur en crise que de devoir s’affronter dans une compétition pour espérer avoir la chance d’exercer son métier ? Igor Kovalsky préfère voir le verre à moitié plein : « Ça maximise nos chances d’être repérés par les professionnels », veut croire le jeune metteur en scène. Car l’objectif est bien là : faire venir les directeurs et directrices de salles pour déclencher de nouvelles dates. Sweat noir, concentré à sa table de travail, il a été sélectionné parmi 150 dossiers de candidature et a dû présenter une maquette de trente minutes avant d’être choisi pour la finale. Le Théâtre 13 met son plateau à la disposition de son équipe (Margaux Germay, Maria Aziz Alaoui, Oréade Lagrèze Gagneux et Jean Thievennaz) pour deux semaines, au cours desquelles Les Vibrations du verre doit voir le jour : une plongée dans le quotidien d’une famille aux prises avec leurs algorithmes envahissants. Deux semaines, c’est insuffisant, bien sûr, pour boucler une création, « mais c’est toujours mieux que de répéter dans une cave », rit un peu jaune Margaux Germay, sa complice qui l’accompagne depuis leur rencontre au Cours Florent.
Une reconnaissance croissante
C’est une durée d’accueil en création ouvert à prérequis de formation qui reste inédite à destination de l’émergence en dehors des circuits des centres dramatiques nationaux, mais qui constitue aussi un accueil non rémunéré, regrette Lucas Bonnifait, le directeur du Théâtre 13. « Passer en co-réalisation et pouvoir payer les répétitions de tous les projets, c’est vraiment l’objectif à terme », espère-t-il. Après avoir fondé le label indépendant La Loge et le festival Fragments qui va avec, l’insertion de l’émergence, ça le connaît. Depuis son arrivée à la direction du Théâtre 13 en 2020, il a vu doubler le budget alloué à ce prix, atteignant aujourd’hui 105 000 euros, soit 7% du budget total du théâtre financé uniquement par la Ville de Paris. « Avec 10% de budget en plus, on pourrait payer tout le monde », assure-t-il. Cela tombe bien : 10% de budget en plus pour la culture, c’était la promesse de campagne d’Emmanuel Grégoire, le nouveau maire de Paris, dont le directeur de la structure espère beaucoup. Une ambition à rebours des enjeux nationaux, puisque le budget alloué à la culture par le ministère de tutelle accuse une baisse de plus de 173 millions d’euros en 2026 par rapport à l’année précédente. Dans ce contexte de désengagement généralisé, être soutenu financièrement par une municipalité devient donc une oasis encore plus précieuse.
Et Lucas Bonnifait veut croire au rayonnement de ce tremplin : après avoir simplifié le processus de recrutement, il espère développer de nouveaux partenariats pour assurer davantage de diffusion. Le tout porté par une reconnaissance croissante et un record de fréquentation battu l’année dernière.
Fanny Imbert – www.sceneweb.fr




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