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« WASCO! », libérer l’enfance

A voir, Danse, Les critiques, Montpellier, Reims
WASCO! de Lisbeth Gruwez et Maarten Van Cauwenberghe
WASCO! de Lisbeth Gruwez et Maarten Van Cauwenberghe

Photo Danny Willems

Créé par la chorégraphe Lisbeth Gruwez et le musicien Maarten Van Cauwenberghe, WASCO! réunit dix enfants au plateau, pour une explosion de couleurs, des cadres et des attendus de ce que devrait être, et produire, un enfant sur scène. 

On dira ce qu’on voudra, mais un enfant sur scène, cela produit toujours quelque chose. Autre chose. Quelle que soit la vision éducative que l’on a, le regard que l’on porte sur les enfants en général, les souvenirs (bons ou mauvais) que l’on garde de sa propre enfance, voir un ou des enfants sur scène interroge, déplace, suscite une autre attention, une autre écoute. Mais de l’enfant unique devenant fétiche exhibé (comme dans les spectacles d’Angélica Liddell) au travail, par exemple, de la danseuse et chorégraphe Josette Baïz – dont la compagnie, le Groupe Grenade, travaille depuis ses débuts en 1992 avec des enfants et adolescents professionnels –, il y a mille et une façons d’inviter des enfants sur scène. De les instrumentaliser comme de leur donner une rare possibilité de s’exprimer sans contraintes, ou presque. Dans ce vaste spectre, la chorégraphe Lisbeth Gruwez et le musicien Maarten Van Cauwenberghe – co-responsables de la compagnie belge Voetvolk – vont en toute liberté du côté du « too much », de la possibilité pour les enfants de s’exprimer librement.

À tel point que ce qui fait la force de WASCO!, avec son exploration de l’action painting sur fond de free jazz, est l’état de surprise sans cesse renouvelé qu’il suscite chez le public face à la transgression jouissive, à l’action libératoire, subversive et profondément joueuse. Alors, « WASCO! », qu’est-ce que c’est ? Précisons, d’abord, que cet intitulé renvoie à une marque de craie grasse de couleurs, largement utilisée par les enfants, et que ces craies seront des outils indispensables à ce spectacle qui va se construire sous nos yeux. Lorsque la représentation débute, ce que l’on voit a tout d’un espace ouvert, en chantier. Une page blanche (avec le sol blanc) en travaux, ainsi que le signale un petit échafaudage pour les peintures, un escabeau replié en fond de scène et quelques blocs en plâtre blancs disséminés çà et là. Petit à petit, les enfants vont investir cet espace, arrivant par le fond de scène, tandis que les premières mélodies de free jazz résonnent.

Dès les premières séquences, les caractères commencent à se dessiner, du premier enfant – provocateur en diable (il le sera de bout en bout, assumant son rôle de petit roi) – au dernier. Bientôt, iels se retrouvent au complet, soit dix jeunes interprètes âgé·es de huit à quatorze ans. Leur tenue – des salopettes de peintre de couleur claire et des t-shirts tous de même couleur –, en étant identique pour toustes, joue avec le propos du spectacle, tout en rappelant… qu’il s’agit bien d’un spectacle, et, donc, de costumes. Et WASCO! ne va cesser, ainsi, de composer entre ses diverses démarches : mettre les enfants au travail de l’action painting ; déplier une forme de chorégraphie des places dans l’espace et des corps, en lien avec les différentes musiques ; tout en restant aussi éminemment respectueux de ce qu’ils sont des enfants – et en se défiant de tentative de transformation en singes savants. Au fil des tableaux soutenus par une musique alternant des solos (de piano, de saxophone ou de trompette) et des bœufs, l’on passe de scènes chorales et collectives de danse à d’autres, plus éclatées, où certain·es dansent au centre, tandis que d’autres sont en retrait sur les côtés et que d’autres, encore, dessinent avec des Wasco, ces graphies colorées étant réalisées sur le cadre délimité au préalable au sol (recouvert d’une bâche transparente). Après une première partie « à la craie Wasco » jolie, aimable, certes, mais inégale – et paradoxale en regard de son propos, en ce qu’elle cède à la mise en avant des compétences chorégraphiques de certains enfants –, la seconde met à sac le plateau et réveille la salle.

Car retournant la bâche, les enfants vont cette fois avoir recours à la peinture et y recourir à qui mieux mieux, en couvrant d’abord la bâche puis elles et eux-mêmes. Tout comme le free jazz – apparu dans les années 1950 – travaille l’improvisation et dynamite les structures rigides, tout comme l’action painting – théorisé en 1952 par le critique d’art Harold Rosenberg – considère la toile comme « une arène dans laquelle agir », WASCO! articule toutes ces positions. Les enfants déploient une explosion de couleurs et, ce faisant, une explosion des formes, des places – entre public et interprètes, venant volontiers nous « chercher ». L’œuvre devient le fruit de l’action, elle est le spectacle, mais elle est aussi sa mise en spectacle et passe par la conscience affûtée de ces jeunes de ce que signifie se donner en spectacle. A mille lieues de la vision d’enfants dociles démontrant leur savoir-faire dans le seul but de rendre fiers leurs proches adultes, ces enfants agissent, se regardent et nous regardent (importance essentielle de ces regards, qui affirment leur position de sujets et non d’objets ou de marionnettes). On se surprend à rire comme jamais de leurs excès renouvelés comme de leur joie communicative, de la transgression communicative et insolente, tout en observant la précision du travail mené, ainsi que la subtilité de leurs échanges – la structure étant bien là, dans cette attention perpétuelle à l’autre.

caroline châtelet – www.sceneweb.fr

WASCO!
Concept Lisbeth Gruwez, Maarten Van Cauwenberghe
Chorégraphie Lisbeth Gruwez
Conception sonore Maarten Van Cauwenberghe
Avec Adriaan Winand, Gus Van Goethem, Lilith De Groof, Lara Corrias, Lily Williams, Lita Assam, Kymaisha Geduld, Madeleine Camara, Martha Van Goethem, Yahto Claes Oussehmine
Assistance artistique Victoria Rose Roy
Accompagnement d’enfants Elisa Goossens
Dramaturgie Koen Haagdorens
Scénographie et conception de l’éclairage Stef Stessel
Conception de l’éclairage Dirk De Hooghe, Ruben Wolfs
Technologie de l’éclairage Ruben Wolfs

Production hetpaleis & Voetvolk
Coproduction MA Scène Nationale de Montbéliard
Avec le soutien des mesures du gouvernement fédéral belge en matière de Tax Shelter via

Durée : 1h
À partir de 8 ans

Vu en avril 2026 au Centquatre-Paris, dans le cadre du Festival Séquence Danse Paris

Muziekcentrum De Bijloke, Gand (Belgique)
le 25 avril

KunstFestSpiele Herrenhausen, Hanovre (Allemagne)
les 6 et 7 juin

Manège, Scène nationale de Reims
les 22 et 23 mai

Festival Montpellier Danse
les 27 et 28 juin

hetpaleis, Anvers (Belgique)
les 5 et 6 septembre

17 avril 2026/par Caroline Chatelet
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