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« Alif », l’alphabet poétique et politique d’Abdelwaheb Sefsaf

A voir, Avignon, Ivry, Les critiques, Sartrouville, Théâtre
Alif de Abdelwaheb Sefsaf
Alif de Abdelwaheb Sefsaf

Photo Christophe Raynaud de Lage

Pour clore son triptyque Hexagone, une petite histoire de France, Abdelwaheb Sefsaf évoque dans Alif son apprentissage de la langue arabe dans la France des années 1980. Il inscrit son mélange habituel de récit et musique dans un dispositif participatif qui a tendance à en écraser la singularité.

Sur la scène théâtrale qu’il investit depuis une dizaine d’années avec ses propres créations, dont il signe textes et mise en scène, Abdelwaheb Sefsaf parle couramment trois langues. En français, cet artiste qui dirige le Théâtre de Sartrouville et des Yvelines – CDN depuis 2023 développe le cadre de ses récits, tous autofictifs à l’exception des deux premiers, Médina Mérika (2014), une adaptation du roman Mon nom est Rouge d’Orhan Pamuk, et Murs (2016), où il observe et dénonce la multiplication des frontières partout dans le monde. L’artiste chante aussi dans cette langue, qui est celle du pays où il est né, mais où n’ont pas grandi ses parents, originaires de Kabylie. Comme dans le groupe Dezoriental qu’il a fondé en 1999 avec plusieurs complices musiciens, eux-mêmes rejoints par le musicien et compositeur Georges Beaux avec qui il n’a jamais cessé ensuite de travailler, il chante également en arabe. Avec cette langue, la voix d’Abdelwaheb Sefsaf gagne souvent en vitesse et en dextérité, jusqu’à déboucher régulièrement sur une troisième langue, tout à fait imaginaire celle-ci, faite de sonorités profondes et répétées qui ont l’air de syllabes, mais n’en sont pas, et ne forment donc ensemble aucune signification. Cet idiome inventé de toutes pièces, cette poétique qui échappe aux deux cultures dont est nourri l’homme de théâtre et de musique, ou plutôt qu’il rassemble, s’invite au creux des histoires intimes et collectives dont sont faits ses spectacles. Ce parler-chanter qui découle du verbe pour s’en tenir ensuite à légère distance est la preuve incontestable de la richesse des rencontres, des croisements entre les langues et les cultures.

En décidant de consacrer un spectacle à son apprentissage de l’arabe en première langue dans un lycée expérimental de la banlieue de Saint-Étienne, c’est donc aux origines de son puissant métissage poétique entre ses différentes langues que revient Abdelwaheb Sefsaf. Après sa formidable fresque historique Kaldûn, il vient conclure avec Alif son triptyque Hexagone, une petite histoire de France, ouvert par Si loin si proche (2019), où il rend un hommage à sa mère sous la forme d’un récit truculent de départ en vacances au bled, et suivi d’Ulysse de Taourirt où son épicier de papa est élevé au rang de héros anonyme. L’artiste célèbre ici la mémoire d’une autre personne majeure dans son cœur et son histoire, non plus d’enfance, mais d’adolescence : sa professeure d’arabe, une Libanaise chrétienne qui lui apprend la langue de ses parents à grande distance de l’approche qu’il en avait jusque-là, en grande partie du fait de l’enseignement religieux. C’est sur l’œuvre des poètes et les grandes chanteuses arabes en effet que la professeure centre sa pédagogie à laquelle Abdelwaheb Sefsaf adhère alors pleinement. Et à laquelle il cherche à faire adhérer le public, en ne se contentant plus de l’adresse directe qu’il emploie toujours avec la subtilité du conteur et l’assurance du showman. Puisque, d’une façon générale, l’heure est grave et que, dans les théâtres en particulier, les baisses de subventions pèsent sur les équipes artistiques, expliquent d’entrée de jeu Abdelwaheb Sefsaf ainsi que sa dramaturge Natalie Royer et sa scénographe Souad Sefsaf, l’équipe artistique d’Alif a dû trouver une solution afin de ne pas renoncer à ses ambitions. Plusieurs spectateurs sont alors invités à rejoindre le plateau, où un gradin tient lieu de scénographie, afin de porter la voix des personnages en mal d’acteurs.

Lorsqu’elle entre au cœur de ce dispositif, la comédienne algérienne Adila Bendimerad, célèbre pour ses rôles au cinéma – notamment chez Merzak Allouache –, en active d’emblée les mécanismes. En exposant en guise d’introduction la vérité selon laquelle la langue arabe n’a pas disparu d’Algérie, mais a été volée aux Algériens par la politique coloniale française, l’actrice confirme ce que la convocation du public sur scène pouvait laisser présager. Transformé en simulacre de salle de classe, le plateau théâtral est, dans Alif, un lieu où l’on donne une leçon. Non pas vraiment une leçon d’arabe comme en recevait Abdelwaheb Sefsaf dans le bahut dont il convoque la mémoire, mais plutôt un cours de tolérance à l’usage d’un public placé à hauteur d’enfant, donc considéré comme relativement ignorant de la réalité des enfants d’immigrés, de cette deuxième génération qui a grandi dans la France des années 1980. Si la tendance à considérer le théâtre comme une extension de l’école, comme un espace où instruire le citoyen de ses devoirs est prégnante sur nos scènes, la chose a le mérite ici d’être très clairement exposée. Ce qui n’enlève rien à un inconvénient fort regrettable lorsqu’il concerne un univers poétique fort et cultivé depuis plusieurs décennies : l’érosion de l’esthétique, qui passe après le message que l’on souhaite nous délivrer. En donnant la forme d’un cours à son inquiétude face au contexte actuel, Abdelwaheb Sefsaf fait le choix pour son récit central d’une illustration littérale qui constitue un bien étrange écrin pour son théâtre musical où l’anecdote avait coutume d’occuper magnifiquement l’essentiel de la place.

Dans son rôle d’homme se penchant avec tendresse sur sa propre adolescence et sur celles et ceux avec qui il l’a partagée – sa prof ainsi que sa mère et ses camarades d’école, dont les spectateurs invités sur scène sont chargés de dire les répliques, conduite en main –, Abdelwaheb Sefsaf assure la continuité d’Alif avec le théâtre musical de Si loin si proche et d’Ulysse de Taourirt. Ses chansons surtout, qu’il interprète sur une composition mi-orientale mi-électro réalisée cette fois encore avec Georges Beaux et accompagné par le musicien Aliocha Regnard, disent avec force tout ce que charrie pour lui de joie et de douleur cette évocation de la langue arabe. Le délicieux récit d’une aventure cycliste échevelée du jeune Abdel avec ses copains nous fait aussi retrouver le sens aigu de l’anecdote évoqué plus tôt, grâce auquel l’auteur et metteur en scène est capable d’aborder de grands sujets sans en avoir l’air, par la bande. Les trois langues entrelacées d’Abdelwaheb Sefsaf et son art du récit se trouvent hélas quelque peu à l’étroit dans la classe dirigée par Adila Bendimerad, discrètement assistée par Natalie Royer et Souad Sefsaf. Le langage didactique qu’emploie la comédienne pour traverser l’histoire des poètes arabes, depuis Imrou El-Qays de l’ère préislamique jusqu’au Palestinien Mahmoud Darwich, au milieu des réflexions peu substantielles des spectateurs-élèves, agit sur la poésie comme un frein. En plaçant le discours avant la forme, en demandant au spectateur de mieux considérer l’Autre au lieu de le toucher ou l’intriguer par la métaphore, le son ou l’image incongrue, l’auteur et metteur en scène porte là une vision assez décevante du théâtre « populaire » qu’il prétend défendre. Cette tentative dit un état d’urgence, sans se laisser, ni donc nous laisser, profondément traverser par lui.

Anaïs Heluin – www.sceneweb.fr

Alif
Texte et mise en scène Abdelwaheb Sefsaf
Composition musicale Georges Baux, Abdelwaheb Sefsaf
Avec Adila Bendimerad, Abdelwaheb Sefsaf, Aliocha Regnard, Souad Sefsaf, Natalie Royer
Mise en scène Abdelwaheb Sefsaf, assisté de Louna Philip
Direction musicale Georges Baux
Dramaturgie Natalie Royer
Scénographie Souad Sefsaf, assistée de Lola Pacchiani
Ingénieur son Jérôme Rio
Costumière Emmanuelle Thomas
Création lumière Nino Valette
Création vidéo Raphaëlle Bruyas
Regard chorégraphique Christelle François

Production Théâtre de Sartrouville et des Yvelines – CDN
Coproduction Théâtre des Quartiers d’Ivry – CDN ; Scène nationale de Bourg-en-Bresse ; Théâtre GRRRanit, Scène nationale de Belfort

Durée : 1h20

Théâtre de Sartrouville et des Yvelines – CDN
du 14 au 17 avril 2026

11 • Avignon, dans le cadre du Festival Off d’Avignon
du 4 au 23 juillet

Théâtre des Quartiers d’Ivry – CDN
du 3 au 7 mars 2027

Théâtre de Sartrouville et des Yvelines – CDN
le 24 avril

16 avril 2026/par Anaïs Heluin
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