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« Satyagraha », le chant bouleversant de la non-violence

Danse, Les critiques, Moyen, Opéra, Paris
Bobbi Jene Smith et Or Schraiber mettent en scène Satyagraha de Philip Glass



Bobbi Jene Smith et Or Schraiber mettent en scène Satyagraha de Philip Glass

Photo Yonathan Kellerman



À l’Opéra de Paris, chœurs, chanteurs et danseurs à l’unisson portent magnifiquement l’œuvre pacifiste de Philip Glass donnée dans une mise en scène hélas peu inspirante.

À l’issue des presque trois heures trente que dure la représentation de l’envoûtant Satyagraha joué pour la première fois au Palais Garnier, la salle comble et conquise a offert une belle ovation à toute l’équipe artistique, mais surtout au compositeur américain, 89 ans, présent aux saluts. Figure phare de la musique minimaliste, Philip Glass voit son oeuvre entrer au répertoire de l’Opéra de Paris juste après sa création française à Nice à l’automne dernier. Le directeur, Alexander Neef, qui, depuis son arrivée, a déjà programmé les productions marquantes de A Quiet place de Leonard Bernstein, Nixon in China de John Adams, ou The Exterminating Angel de Thomas Adès, poursuit ainsi son défrichage de tout un pan fascinant du répertoire contemporain trop ignoré sur les scènes lyriques parisiennes.

En fosse, le chef d’orchestre Ingo Metzmacher sculpte à main nue un discours musical d’une fausse simplicité qu’il fait s’épanouir dans la lenteur comme une matière souple, suave, tantôt lumineuse, tantôt ombragée. Il en extrait une impeccable sérénité sans pour autant lisser ses belles aspérités. Délectables à l’oreille, ses boucles infiniment répétées et ses volutes aériennes si vivantes et si planantes sont autant d’invitations à la méditation. Sur scène, les artistes du Chœur s’imposent d’une façon remarquable, comme la plupart des chanteurs solistes, parmi lesquels il faut au moins mentionner le magnétique duo que forment Ilanah Lobel-Torres et Davóne Tines mariant superbement charisme physique et puissance vocale jusqu’à entrer en lévitation à l’acte 2. Le spectacle repose surtout sur les frêles épaules du contre-ténor Anthony Roth Costanzo, un artiste aventureux, décidément passionnant et passionné, pour qui le rôle (habituellement chanté par un ténor) a été transposé. Totalement engagé, l’interprète est d’une grande justesse d’incarnation. À la fois profondément vulnérable et inébranlable, résolu et résigné, manipulé comme un pantin, il embrase le plateau tout au long de la représentation. Chantée avec un calme olympien et un aigu cristallin, sa partie finale est une poignante aspiration à l’harmonie et à l’élévation.

Créé en 1980, Satyagraha est le volet médian d’une trilogie consacrée aux hommes visionnaires. Après Einstein on the Beach et avant Akhnaten, cet « opéra-portrait » met en scène Léon Tolstoï, Rabindranath Tagore, Martin Luther King, tout comme le jeune Gandhi qui, lors de son séjour en Afrique du Sud, s’affirme comme l’apôtre du concept de non-violence. Écrit en sanskrit, le livret déploie des réflexions politiques et aphorismes philosophiques qui témoignent de son engagement contre les discriminations raciales et sociales. Chose étonnante dans la production présentée, ces héros emblématiques de l’Histoire sont relayés sur le côté comme de simples observateurs patients et muets. Aussi, les chanteurs n’incarnent-ils pas ces figures, mais leurs idées personnifiées. La lutte en faveur des droits humains et de l’accomplissement de l’individu reste, quant à elle, au centre du propos. Elle prend vie sur le plateau où la guerre fait rage, mais où une réunification est parfois rendue possible. La danse exacerbe cette irréductible dichotomie entre adversité et fraternité. Entre les murs peints d’un blanc sale se réfugie une large communauté humaine dont les membres, des femmes et des hommes en sobres tenues de ville, anonymes et bigarrés, s’affrontent et se livrent à des actes barbares, ou bien se lient d’affection et s’entraînent dans une large ronde. Se pose la notion de l’être ensemble mise à mal ou célébrée au cours de tableaux successifs empreints d’une atmosphère lourde de gravité.

Tout est bien fait, bien réglé, assez esthétisé, mais il ressort de la mise en scène que proposent Bobbi Jene Smith et Or Schraiber, anciens danseurs de la Batsheva Dance Company et signataires de la pièce Pit en 2023, une étonnante banalité. Très incarné, le geste adopté apporte une réalité physique et même une singulière organicité à l’abstraction ésotérique de Glass, mais les images figurées semblent déjà souvent vues et manquent d’authenticité, de personnalité, de contemporanéité. En effet, l’espace métathéâtral, qui s’apparente à celui d’une salle des fêtes ou de répétitions, rappelle celui de Kontakthof, tandis que l’amoncellement des tables et des chaises évoque plutôt Café Müller. Ainsi, l’univers rétro convoqué paraît très inspiré de celui de Pina Bausch, à qui est également empruntée la veine hyperthéâtrale d’une danse explosive, aussi fluide que heurtée. Et ce n’est visiblement pas la seule source d’inspiration qui se laisse deviner. L’ensemble, efficace et parfois saisissant, rend trop visibles ses influences, souvent datées. Superbement impliqués, les corps s’élancent généreusement, voire fiévreusement dans une danse doloriste, parfois énervée, qui traduit sans peine une profonde révolte existentielle. Pourtant, la pièce paraît dépolitisée, car insuffisamment ancrée dans les problématiques et les turbulences qui sont celles du monde d’aujourd’hui et que la miraculeuse portée émotionnelle de la musique de Philip Glass aurait le pouvoir d’apaiser.

Christophe Candoni – www.sceneweb.fr

Satyagraha
Musique Philip Glass
Livret Constance De Jong, d’après la Bhagavad-Gītā
Direction musicale Ingo Metzmacher
Mise en scène et chorégraphie Bobbi Jene Smith, Or Schraiber
Avec Anthony Roth Costanzo, Ilanah Lobel-Torres, Davóne Tines, Adriana Bignagni Lesca, Olivia Boen, Deepa Johnny, Amin Ahangaran, Nicky Spence, Nicolas Cavallier, et les danseuses et danseurs Danseurs Alexander Bozinoff, Jeremy Coachman, Jonathan Fredrickson, Marion Gautier de Charnacé, Awa Joannais, Héloïse Jocqueviel, Payton Johnson, Mermoz Melchior, Adrien Ouaki, Ido Toledano
Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris
Décors Christian Friedländer
Costume Wojciech Dziedzic
Lumières John Torres
Dramaturgie Jacob Mallinson Bird
Cheffe des Chœurs Ching-Lien Wu

Durée : 3h25 (avec entractes)

Opéra de Paris, Palais Garnier
du 10 avril au 3 mai 2026

12 avril 2026/par Christophe Candoni
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