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« Courir à la catastrophe », les beaux ratés d’Antoine Heuillet

À la une, Paris, Théâtre
Antoine Heuillet crée Courir à la catastrophe
Antoine Heuillet crée Courir à la catastrophe

Photo Géraldine Aresteanu

Au Théâtre La Flèche, le jeune comédien Antoine Heuillet scrute seul en scène, avec humour, aisance et délicatesse, ses échecs et autres insuffisances pour mieux les apprivoiser, les comprendre et leur faire une place dans son existence.

Courir à la catastrophe commence sa course avec deux handicaps, deux symboles qui laissent à penser qu’il s’inscrit pleinement, et donc peut-être un peu trop, dans l’air de son temps, celui d’un monde qui, chaque jour un peu plus, « court à la catastrophe », selon l’expression médiatico-politique galvaudée qui lui sert de titre, mais aussi qui célèbre « la beauté de la résilience », selon les termes repris dans le court texte de présentation du spectacle, ce concept qu’il faut, pourtant, manier avec une infinie précaution tant il peut servir d’instrument pour nier la légitimité de l’expression de certaines douleurs. Alors, lorsqu’Antoine Heuillet déboule à la manière d’un (presque) stand-uppeur – sans micro à pied – sur le petit plateau vide du Théâtre La Flèche, où il prend ses quartiers après s’être offert une création en itinérance, Mais où est donc passée Madeleine Tornade ?, à proximité du Théâtre Nanterre-Amandiers qui le programmait dans le cadre d’un temps fort dédié à la jeune création, pour demander aux spectatrices et spectateurs présents de recommencer leur entrée en salle, piètrement exécutée à ses yeux, le jeune comédien, déjà remarqué dans plusieurs spectacles d’Alain Françon (En attendant Godot et surtout Un chapeau de paille d’Italie) après s’être formé à l’École du Nord au sein de la promotion 6 – la même que Suzanne de Baecque –, peut donner l’impression de s’inscrire, lui aussi, un peu trop dans son époque et de s’engager, de façon assez forcée, dans un sentier battu, battu et rebattu, celui du tour de piste en solo largement nombrilo-centré, qui ferait au mieux rire, au pire vaguement sourire. Sauf qu’en réalité, Courir à la catastrophe commence à tisser les premiers fils de sa subtile toile.

Car, tout en prétextant d’attendre un train pour Biarritz, puisqu’il vient de rater le précédent, à l’image de son entrée en salle et de celle du public, Antoine Heuillet embrasse les codes, y compris artistiques, de son temps non pas pour simplement et doctement les reproduire, mais pour aussi finement que progressivement les subvertir. Dans le propos qu’il se met à tricoter avec un goût prononcé et assumé pour les coq-à-l’âne et une certaine urgence dans le phrasé, le comédien ne manque aucun sujet-clef – ce dont il ne tarde d’ailleurs pas à s’amuser à découvert : sa mère, qui lance les hostilités ; sa pré-adolescence mal dans sa peau, où il était boulimique, mythomane et fan de Muriel Robin, Maria Pacôme, Jacqueline Maillan, Jackie Sardou et Nicolas Sarkozy ; son goût naissant pour les garçons, et notamment pour un certain Téo, qu’il s’entraîne à dater le soir venu dans sa chambre avec une serpillère ; sa rencontre avec une psy lacanienne, fascinée par le signifiant, qui trouve tout « intéressant » ; ses premiers émois dans les boîtes de nuit gay, où l’appréhension des débuts cède rapidement la place à une aisance fiévreuse ; son père, forcément anti-héros de la communication, y compris à l’occasion de son coming out, sabordé par une chanson de Julien Clerc ; et la cousine de son père, Katherine, « avec un K parce qu'[elle] en [est] un », ce qui est un parfait auto-diagnostic. Ces figures autofictives, transformées en personnages de théâtre, Antoine Heuillet les incarne toutes, ou presque, et tour à tour, avec une aisance et une gourmandise visibles, s’appuyant sur des marqueurs comportementaux qui semblent trop justes pour ne pas être vrais, comme le ferait un bon… stand-uppeur. À ceci près que lui n’est pas là pour simplement les jeter en pâture au public et les transformer en vulgaires creusets humoristiques à peu de frais.

À chacune de ces invocations, le comédien ajoute ces « petits trucs en plus » qui, au-delà du portrait en creux que les uns après les autres ils dessinent de lui, donnent de la profondeur et de la perspective à son propos, et ébauchent, en filigrane, le paysage de l’époque, celle des années 2010, où il a grandi. Ce « petit truc en plus », c’est, par exemple, ce pensionnat toulousain du lycée Sainte-Marie-des-Champs, où il est compliqué, surtout quand on est un ado mal dans sa peau, de se construire en tant que personne gay, surtout lorsque, pour suivre la meute, on se retrouve, pancarte aux bras et slogans en bouche, dans une mal nommée « Manif pour tous » ; ce « petit truc en plus », c’est également ce moment où les boîtes de nuit dominent encore les applis de rencontres, où Lady Gaga et Britney Spears se disputent le dancefloor, mais où les premières fois n’en restent pas moins foireuses ; ce « petit truc en plus », c’est aussi cette fameuse Katherine que le sordide débat sur le mariage pour tous a décomplexée, qui lâche, sans honte, des allusions grossièrement homophobes devant un ado condamné au mutisme, qui vise Pierre, l’oncle homosexuel, alors victime d’une balle verbale perdue, mais bientôt victime tout court, assassiné, chez lui, sans autre forme de procès, et à qui Antoine Heuillet rend un hommage aussi poignant que dalidesque, à son image, dans les dernières encablures de son spectacle, histoire de le faire passer d’anti-modèle vilipendé à modèle à suivre. Assemblés, ces « petits trucs en plus » permettent à Courir à la catastrophe de trouver sa singularité et à Antoine Heuillet de s’émanciper de son époque, d’un temps où les individus ne sont plus que la somme de leurs exploits, réels ou enjolivés. Armé d’un humour qui, lui aussi, court à la catastrophe en faisant volontairement rire des traits foireux qu’il mobilise, le jeune comédien assume, au contraire, et avec délicatesse, ses échecs, ses insuffisances, ses blessures, causées par moult épines placées sur son chemin. De ces chausse-trappes à surmonter et autres erreurs à ne plus commettre, il ne tire ni fierté ni force particulière, mais il les accueille pour mieux comprendre leur rôle dans sa construction, et s’accepter avec ses balafres et ses fêlures.

Vincent Bouquet – www.sceneweb.fr

Courir à la catastrophe
Texte, jeu et mise en scène Antoine Heuillet
Collaboration artistique Axel Godard
Création lumière Olivier Oudiou
Costumes Sophie Bosc
Chorégraphe Florent Operto

Production Compagnie Les Mains Libres

Durée : 1h05

Théâtre La Flèche, Paris
du 1er avril au 3 juin 2026

20 avril 2026/par Vincent Bouquet
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