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« FWD : Chantal », balade entrecroisée

A voir, Les critiques, Paris, Théâtre
Maëlle Dequiedt crée FWD : Chantal au Théâtre Silvia Monfort
Maëlle Dequiedt crée FWD : Chantal au Théâtre Silvia Monfort

Photo Pauline Le Goff

À travers ce seule en scène en terrain intime et artistique, la metteuse en scène Maëlle Dequiedt rend autant hommage à la réalisatrice Chantal Akerman qu’elle s’inscrit dans ses pas, capables de déborder du cadre pour en élargir les contours.

FWD : Chantal commence là où, pour Chantal Akerman, tout s’est achevé, dans un appartement (peut-être) comparable à celui où, dans la soirée du 5 octobre 2015, la réalisatrice belge s’est donné la mort, mais aussi à celui où, dans son ultime et bouleversant film, No Home Movie, présenté quelques semaines plus tôt au Festival de Locarno, elle avait filmé les derniers fragments de la vie de sa mère afin de tenter, une nouvelle fois, de collecter les pièces manquantes de l’existence de cette rescapée d’Auschwitz. Dans un premier geste de superposition théâtrale, ces quatre murs deviennent également ceux du logement où Maëlle Dequiedt, telle qu’en elle-même, vient tout juste d’emménager. Situé dans le quartier de Ménilmontant, dans le XXe arrondissement de Paris, l’endroit est encore équipé de façon spartiate, avec un matelas gonflable posé à même le sol – qui fait alors immédiatement penser à celui de Julie dans Je, tu, il, elle –, un fer à repasser, une cafetière italienne électrique, accompagnée d’une petite tasse à café vintage, et un double rideau digne de ceux de nos grands-mères, couleurs rouge et or faussement chics et motifs fleuris faisant foi. Sans le savoir, mais comme elle l’apprendra bien vite, la metteuse en scène et comédienne s’est en réalité installée à quelques pas de la dernière demeure de Chantal Akerman, localisée juste au bout de sa rue, non loin d’une bien trop modeste « allée » qui, depuis 2021, porte son nom. Alors que les volets fermés de l’appartement sont passés du blanc au « jaune pisseux », l’une des sonnettes de l’interphone de l’immeuble indique encore des initiales parlantes : « Ch. A. ». Comme si, de la désormais absente, certains indices indiquaient une présence.

Là où certains artistes se seraient lancés – mode aidant – dans une enquête de voisinage pour tenter de retrouver celles et ceux qui, dans le quartier, auraient pu connaître, voire côtoyer, la réalisatrice, Maëlle Dequiedt préfère, tout en ayant envisagé cette première option, opter pour un chemin de traverse autrement plus personnel, intime et singulier. Armée d’une oreillette de kit mains libres branché à son smartphone, par laquelle, on l’imagine, lui parvient son texte, l’artiste se lance dans une balade dont les tours et détours dans l’Est parisien, de Ménilmontant à Nation en passant par Belleville, paraissent esthétiquement s’inscrire dans les pas nomades d’une partie de la filmographie d’Akerman. Au long du monologue qu’elle livre d’un bloc, et qui est, là aussi, cousins de ceux que la réalisatrice belge aimait à déployer dans ses long métrages, Maëlle Dequiedt fait de ce parcours introspectif une chambre d’échos où ne cessent de s’entrecroiser, et de se répondre, dans un mouvement de transmission-translation, les fragments de son existence et ceux de la vie et de l’oeuvre de « Chantal ». Il y a d’abord ce prénom, qui est également celui de sa mère, et que sa soeur, depuis le divorce de ses parents, ne cesse de préférer au mot « Maman » ; il y a aussi Hanna (Mauvieux), l’administratrice de sa compagnie La Phenomena, qui a des rendez-vous comparables à ceux d’Anna, l’une des héroïnes d’Akerman ; il y a encore cette pomme de terre que Maëlle Dequiedt avait utilisée dans son Stabat Mater et que la réalisatrice avait fait brûler dans Jeanne Dielman ; et il y a enfin, pour ne citer que ces quelques exemples, les cris d’effroi que poussait la mère de la metteuse en scène dans son sommeil, et qui témoignent, sans doute, de certains traumatismes, cousins plus ou moins éloignés de ceux qu’avait endurés la mère de Chantal Akerman.

Tout en douceur et en subtilité, sans jamais souligner son propos et avec un immense respect pour celle qu’elle portraiture, éminemment subjectivement, en creux, Maëlle Dequiedt tisse une forme de filiation sororale et artistique avec la réalisatrice belge dont, on le devine, même si elle ne l’exprime jamais directement, elle admirait les oeuvres autant que la posture radicale. Au gré des quelques extraits de films dont elle s’empare et surtout des correspondances biographiques et artistiques qu’elle ne cesse d’exhumer pour mieux les cultiver, la metteuse en scène dépeint, autant qu’elle endosse, les traits d’une femme et d’une artiste forte, intrinsèquement libre, mue par une impertinence, une détermination et un moteur subversif aussi puissant que souterrain. Comme Chantal Akerman en son temps, Maëlle Dequiedt parait vouloir déborder du cadre, individuel, social, théâtral, qui lui est parfois assigné par le monde – des hommes, notamment –, pour mieux, in fine, en élargir les contours. À travers ses mots, et sans, là encore, que cela ne soit verbalisé, la réalisatrice devient une sorte de modèle, non pas à épouser, mais où trouver de l’inspiration, non pas seulement pour créer, mais également pour oser vivre et penser autrement, histoire de sortir des codes et des clous. Dans sa manière de s’inviter dans une discussion critique, où, selon tous les principes, elle ne devrait pas intervenir, pour défendre l’un de ses films, comme dans sa façon de dire sans jamais montrer, contrairement à ce que lui reprochait Godard, Chantal Akerman traduit un être au monde, et à son art, dans lequel Maëlle Dequiedt, qui pourrait encore amplifier son geste, semble se reconnaître et se retrouver. Et nous avec elle.

Vincent Bouquet – www.sceneweb.fr

FWD : Chantal
Conception, texte, interprétation Maëlle Dequiedt
Dramaturgie Simon Hatab
Scénographie Charles Chauvet

Production déléguée La Phenomena
Avec le soutien et l’accompagnement technique des Plateaux Sauvages

Durée : 40 minutes

Vu en avril 2026 au Théâtre Silvia Monfort, Paris

4 avril 2026/par Vincent Bouquet
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