Le Décaméron, chef-d’œuvre du Moyen Âge, écrit par Boccace, est transposé dans une forme opératique, avec une partition de Matteo Franceschini, un livret de Stefano Simone Pintor, et une mise en scène de Caroline Leboutte, une metteuse en scène alchimiste ! Création à l’Opéra d’Avignon, avant le festival de l’IRCAM au Théâtre de l’Athénée, à Paris, en juin.
Caroline Leboutte a grandi dans la nature, dans la forêt, dans des cabanes dans les Ardennes en Belgique. « Je me sens vraiment de la forêt », dit cette metteuse en scène, comédienne et dramaturge belge. Une artiste pluridisciplinaire qui développe un travail à la croisée du théâtre, de la musique, de la danse, du cirque et des arts plastiques. « En Belgique, j’ai fait l’Institut des Arts de Diffusion qui est l’équivalent du Conservatoire national en France, puis une licence en études théâtrales, et ça m’a vraiment donné envie de passer du côté de la mise en scène. Et là, j’ai commencé une série de projets, toujours à la frontière avec le cirque et les arts plastiques. J’aime la rencontre, j’adore étudier, me frotter à des pratiques que je ne connais pas. Et l’opéra pour ça, c’était parfait. Il y a une utopie dans ce travail du collectif qui me fascine. »
En France, elle avait mis en scène Milo et Maya, un opéra participatif présenté en 2016 lorsque Frédéric Roels dirigeait l’Opéra de Rouen. Aujourd’hui à la tête de l’Opéra d’Avignon, il lui a confié une création mondiale, le Décaméron, opéra composé par Matteo Franceschini. Les deux artistes reviennent dans la cité des Papes, après avoir présenté Alice l’année dernière.
Le Décaméron est un projet qu’ils élaborent depuis dix ans. « Je pense qu’il fallait ce temps-là pour ce Décaméron, qui est quand même une bête immense. Avec Matteo Franceschini, on se connaît bien. On a touillé dans la marmite ensemble. J’aime brasser la matière et j’adore cette magie du mélange en chimie. Lorsqu’avec deux ingrédients, un troisième arrive. Ça me fascine ! Donc, ici, c’est vraiment cette magie-là que l’on a cherchée, un peu comme un chimiste dans un laboratoire qui ne sait pas très bien quel serait le résultat. Il y a l’idée de se laisser surprendre par ce qui advient. »
Boccace écrit son Décaméron à la suite de l’épidémie de peste noire qui a lieu à Florence en 1348, et qui a décimé l’Europe. « Et il a écrit ce Décaméron principalement pour les femmes, avec des figures très émancipées, qui revendiquent leur désir, et d’autres, à côté, qui se soumettent complètement. Il y a vraiment beaucoup de discours contradictoires, et c’est ce qui fait la richesse de ce Décaméron, parce qu’il n’y a pas une morale, il n’y a pas une direction. Ça se veut un portrait de l’Europe à cette époque-là. Ce qui m’a particulièrement parlé dans cette proposition du Décaméron, c’était de se dire que lorsque le monde est en train de péricliter, que c’est le chaos dehors, que les extrémismes sont en train de monter en flèche, dix personnes décident de s’échapper, de se mettre dans un lieu en sécurité. »
Sur le plateau de l’Opéra d’Avignon, les dix artistes (Charlotte Avias, Clara Barbier-Serrano, Elena Caccamo, Mathieu Dubroca, Hélène Escriva, Elena Olga Groppo, Robin Kirklar, Laure Magnien, Laura Muller et Kenny Ferreira) sont présents pendant toute la représentation. « On a conservé la distribution de Boccace, avec sept femmes et trois hommes. On a un trio à cordes (violon, alto, violoncelle) et il y a aussi une artiste qui joue de l’euphone et de la trompette basse. Un piano est joué par plusieurs artistes, la musique électro est aussi un liant de la partition. Il y a plusieurs chanteurs lyriques. Il y a aussi cette idée de mélanger les timbres, d’aller chercher un code qui est peut-être plus proche de ce qu’on faisait à l’époque, au Moyen Âge, avec des chants plus populaires. Cette idée de la tradition, du trouvère, des chants populaires. »
Enfin, il y a aussi pour Caroline Leboutte et sa scénographe Aurélie Borremans le souci de réaliser une mise en scène avec les moyens du bord. « On a travaillé sur une dramaturgie artisanale, du théâtre à l’état pur. On a récupéré des vieux costumes, des vieux décors dans les réserves de l’Opéra d’Avignon. Il n’y a quasiment pas de construction, c’est un projet écoresponsable, sans trop de dépenses » pour faire de ce Décaméron « une ode au théâtre et à la magie de ce qui peut advenir dans un théâtre. Il ne s’agit pas de fermer les portes pour oublier l’extérieur, mais de fermer les portes pour se mettre dans un endroit pour se rassembler, respirer et peut-être prendre un peu de distance, se donner du courage et se rappeler qu’on est ensemble, qu’on est vivant. Et que, même si tout va mal à l’extérieur, on est ensemble pour traverser les épreuves. C’est l’utopie du théâtre. Et c’est l’utopie aussi de Boccace ».
Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr
Décaméron
de Matteo Franceschini
Livret Stefano Simone Pintor, d’après Il Decamerone de Giovanni Boccaccio (Éditions Ricordi)
Direction musicale et études musicales Bianca Chillemi
Mise en scène Caroline Leboutte
Avec Charlotte Avias, Clara Barbier-Serrano, Elena Caccamo, Mathieu Dubroca, Hélène Escriva, Elena Olga Groppo, Robin Kirklar, Laure Magnien, Laura Muller, Kenny Ferreira
Dramaturgie Matteo Franceschini, Caroline Leboutte et Stefano Simone Pintor
Scénographie et costumes Aurélie Borremans
Chorégraphie Fatou Traoré
Éclairages Nicolas Olivier
Assistante mise en scène Roxane Lefevre
Assistante costumes Rita BelovaProduction Opéra Grand Avignon
Avec le soutien du GMEM – Centre National de Création Musicale de MarseilleDurée : 1h30
Opéra d’Avignon
les 6 et 7 mars 2026
Athénée Théâtre Louis-Jouvet, Paris, dans le cadre du ManiFeste-2026 de l’Ircam
les 12 et 13 juin



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