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À l’Opéra de Lyon, une « Manon Lescaut » en rouge et noir

A voir, Les critiques, Lyon, Opéra
Emma Dante met en scène Manon Lescaut de Puccini
Emma Dante met en scène Manon Lescaut de Puccini

Photo Jean-Louis Fernandez

Continuellement animé par un exubérant ballet, l’opéra de Puccini vu par la bouillonnante metteuse en scène Emma Dante revêt des attraits licencieux et dansants.

Inspirée du roman de l’abbé Prévost, c’est une histoire d’amour indifférente aux classes comme aux conventions sociales que Puccini adapte à l’opéra en 1893 et dont la metteuse en scène Emma Dante livre une version classique, mais qui, sans trop ni pas assez d’audace, est d’une légère irrévérence et ne manque pas d’abattage. En signant autrefois un spectacle intitulé Le Pulle, l’artiste proposait une opérette détonante sur la prostitution palermitaine. Elle place à nouveau le corps de la femme, et plus spécialement de la courtisane, au cœur de son propos. En effet, Manon Lescaut est aussi bien une femme du peuple qu’une fille de joie. Une figure tour à tour désirée, marchandée, maltraitée et finalement condamnée par les hommes, dans un monde d’hommes. Son intrigue se joue d’abord dans un sombre bouge servant de repère à une jeunesse libertaire qui rappelle celle de La Bohème du même compositeur. Elle prend place ensuite dans une maison close au luxe ostentatoire où la couleur rouge prédomine. Un lit énorme y trône en majesté. Bordé de stuc et de tentures, il est à lui seul une petite scène de théâtre. Quand il réapparaît à la fin, cette fois tout de blanc virginal, il devient le sépulcre des amants exilés. Respectueux du livret, le geste d’Emma Dante ne s’adonne pas à une actualisation sensationnaliste à la manière d’un Jonathan Kent, mais relève d’une approche qui lorgne largement vers le naturalisme pendant les trois premiers actes, puis vers le symbolisme lorsqu’au dénouement qui suit l’épisode de la prison, le plateau se dépouille et laisse place à un cortège de sylphides vaporeuses qui accompagne la mort des amants.

Pris dans le tournoiement de la danse légère, des coquettes cocottes dissimulent sous de longs jupons noirs des bas de soie vivement bariolés, puis affichent fièrement une chair galbée, aguicheuse dans de menus corsets ou crinolines, les uns et les autres ornés de plumes et de fanfreluches qui évoquent l’univers du cabaret. Sans n’avoir jamais recours à un voyeurisme scabreux, Emma Dante montre ces femmes dans leur pleine intimité. On reconnaît l’humour, la verve, l’empathie de la metteuse en scène. Pour autant, la crudité de son théâtre au caractère assez brut de décoffrage parait à l’opéra nécessairement plus modéré. L’opulence formelle propre au genre lyrique contrarie l’efficace modestie de ses réalisations théâtrales. Dicté par la partition, le tempo vif, voire affolé, qui est habituellement le sien, a aussi tendance à s’émousser, même sous la direction musicale de Sesto Quatrini, qui se veut dynamique, élancée, au mépris d’ailleurs d’une certaine délicatesse et d’une séduction sonores au début, et qui ne cherche surtout pas à s’appesantir dans l’excès de langueur, y compris dans le célébrissime Intermezzo qui inaugure le troisième acte.

Pour le couple central, l’Opéra de Lyon reforme le solide duo entendu dans La fanciulla del West en 2024, auquel s’ajoute Jérôme Boutillier en Lescaut parfaitement débauché. Chiara Isotton fait une Manon différente de celle de Massenet. Couverte dès son entrée d’un immense tulle noir, puis parée d’une tenue rouge écarlate, elle paraît certes frivole, mais moins naïve, plus mature, résolue. Ses accents dramatiques ignorent la minauderie. La voix est de belle étoffe, parfois moins longue et souple qu’attendue, mais suffisamment ample et capiteuse. Des Grieux est campé par le ténor Riccardo Massi avec ce qu’il faut de puissance et de lyrisme, d’aigus claironnants facilement projetés, même si peu nuancés. Si la galanterie gauche du chevalier est gentiment moquée – comme lorsque sa sérénade Tra voi, belle, brune e bionde est transformée en jeu libertin de Collin-Maillard –, voire franchement tournée en dérision – dans son grand air Donna non vidi mai simile a questa chanté sous une corolle de bouquets niais –, l’amoureux sincère et fougueux n’en demeure pas moins d’une véritable noblesse de cœur. Sans doute, le soir de la première, les interprètes ont-ils manqué d’un peu d’expansivité, voire d’abandon, pour rendre compte de toute la passion et de la force de transgression qui animent leurs ardents personnages. Ils ont néanmoins touché dans le poignant final.

Christophe Candoni – www.sceneweb.fr

Manon Lescaut
de Giacomo Puccini
Livret Giuseppe Giacosa, Luigi Illica, Ruggero Leoncavallo, Domenico Oliva, Marco Praga, Giacomo Puccini et Giulio Ricordi, d’après le roman de l’abbé Prévost
Direction musicale Sesto Quatrini
Mise en scène Emma Dante
Avec Chiara Isotton, Riccardo Massi, Jérôme Boutillier, Omar Montanari, Robert Lewis, Jenny Anne Flory, Hugo Santos, Camille Leblond, François Pardailhé, Aurélien Curinier, Marie-Eve Gouin, Sabine Hwang, Sylvie Malardenti, Pascale Obrecht
Orchestre et Chœurs de l’Opéra de Lyon
Scénographie Carmine Maringola
Costumes Vanessa Sannino
Lumières Cristian Zucaro
Chorégraphie Manuela Lo Sicco
Chef des Chœurs Benedict Kearns

Production Opéra de Lyon

Durée : 2h45 (entracte compris)

Opéra de Lyon
du 20 mars au 7 avril 2026

23 mars 2026/par Christophe Candoni
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