Nicole Genovese propose une pièce musicale autour du loto et de la disco, mais la folie et la performance ne sont pas au rendez-vous à cause d’une écriture floue et peu ambitieuse.
Diskoteekki de Nicole Genovese est de ces spectacles que l’on aimerait aimer, vraiment. 1. Parce que sur le papier, ils correspondent à nos envies d’étrangeté et de radicalité esthétique ; 2. Parce que d’un point de vue économique et politique, ils révèlent le courage, la détermination et le travail d’une équipe artistique. Ainsi, jusqu’au bout, on aura voulu croire aux promesses de ce Diskoteekki.
D’un côté, il y a ce sujet, a priori loufoque et intriguant : dans un Helsinki francisé et fantasmé, une bande d’hurluberlus se retrouve dans une salle communale pour jouer au loto et danser le disco ; de l’autre, il s’agit davantage d’une affaire de contexte : le montage de ce projet, avec ses treize personnes au plateau et sa musique exécutée en live, s’impose comme un étendard de résistance à l’heure de la diète budgétaire. Du grand spectacle, en somme… Du grand spectacle bizarre comme il ne devrait plus (ou moins) y en avoir demain, hélas. Double « hélas » donc, puisque la déception fut au rendez-vous.
Ici, tout tourne autour d’Annikki, une femme installée sur une estrade qui dirige d’une main de fer un loto. Elle est blonde, tirée à quatre épingles, du genre taciturne. Elle s’exprime avec un accent que l’on devine finnois. Au pied de cette estrade, officient une dizaine de joueurs, parmi lesquels un conducteur de tramway, une chômeuse, un astrophysicien (qui est en réalité un voyou), un zingueur, un plombier, un éboueur, une électricienne… Des gens, dont le quotidien est difficile, qui trouvent dans ces rendez-vous la joie leur permettant de tenir. Des gens, enfin… Ce ne sont pas vraiment des gens, ni des personnages, plutôt des corps qui s’expriment sur un mode exclusivement déclaratif, un peu comme des marionnettes ou des figures dans les livres pour enfants, sans réalisme ni naturalisme. Et pourquoi pas d’ailleurs : ça change.
Parmi cette communauté de joueurs à la typologie indifférenciée, il y aura tout de même un homme qui ne cessera de déclarer sa flamme à Annikki, avec une solennité amusante. Plus tard, d’autres lui emboîteront le pas. Mais c’est à peu près tout. Le reste repose sur l’absurdité des répliques, mais celles-ci tombent toujours un peu à plat : elles manquent de folie, de singularité, d’imprévisibilité ou de noirceur. Au mieux, elles font sourire. Le mélange des cultures, avec cette langue finnoise, que l’on entend chantée, et ces dialogues en français, ne produit rien de particulier, comme si l’autrice avait choisi les éléments de son spectacle de façon aléatoire – « en mode complètement random », comme disent les jeunes –, se contentant de l’effet produit par cette libre association. Enfin, la musique et les chants qui entrecoupent les scènes de loto ne sont pas très bien exécutés, ce qui n’est pas un problème, mais la charme d’une performance vraiment décalée n’opère pas non plus.
C’est bien une triste impression de ratage qui domine lorsque l’on sort de ce drôle de club finnois, comme si les artistes avaient travaillé dans une bulle d’humour autoréférentiel (peut-être). De l’extérieur, en tout cas, l’écriture inaboutie peine à véhiculer les émotions des individus, la drôlerie des rencontres, ou à dire l’étrangeté de notre monde.
Igor Hansen-Løve – www.sceneweb.fr
Diskoteekki
Texte Nicole Genovese
Mise en scène Claude Vanessa
Direction musicale Minh-Tâm Nguyen
Direction vocale Mari Laurila-Lili
Chorégraphie Jeanne Alechinsky
Avec les interprètes des Percussions de Strasbourg Sefdin Abdallah, Matthieu Benigno, Alexandre Esperet, Théo His-Mahier, Enrico Pedicone, Lou Renaud-Bailly et les interprètes de Claude Vanessa Sébastien Chassagne, Marion Gomar, Robert Hatisi, Maëva Husband, Salla Lintonen, Mari Laurila-Lili, Adrienne Winling
Régie générale et création lumière Pierre Daubigny
Ingénieurs du son Olivier Pfeiffer, Piel Benoît
Costumes Anne-Céline Phanphengdy
Scénographie Nicole Genovese, Pierre Daubigny
Régie d’orchestre et plateau Raffaele Rene
Répétiteur chant Francisco MañalichProduction déléguée partagée entre l’association Claude Vanessa et les Percussions de Strasbourg
Coproduction Reims Opéra de Rayonnement, Le Parvis – Scène nationale Tarbes-Pyrénées, Le Tangram – Scène nationale d’Évreux, L’Arc, scène nationale du Creusot
Avec le soutien du Projet lauréat du Fond de Création Lyrique 2025 et Lauréat de la Journée de Repérage Artistique 2025 de La Pop en partenariat avec le Théâtre de Vanves, Danse Dense et le Théâtre Les Gémeaux–Scène nationale de SceauxLes Percussions de Strasbourg sont subventionnées par le ministère de la Culture- DRAC Grand Est, La Région Grand Est, la Ville et Eurométropole de Strasbourg et l’ANCT. L’Association Claude Vanessa est subventionnée par le ministère de la Culture – DRAC Île-de-France.
Durée : 1h40
Vu en mars 2026 au Tangram, Scène nationale d’Évreux
Théâtre du Rond-Point, Paris
du 18 au 22 novembre


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