Alors que les professionnels du spectacle vivant se réunissent cette semaine aux Biennales Internationales du Spectacle (BIS) à Nantes, tous les voyants sont au rouge. Baisse des subventions des collectivités locales, sous-financement du FONPEPS, arrêt de compagnies, menaces de fermetures de théâtre : l’année 2026 s’annonce morose. Pour certaines organisations syndicales, c’est « un plan social massif » qui menace la profession.
Le Théâtre-Studio d’Alfortville de Christian Benedetti a lancé ce week-end la première soirée de son opération survie, baptisée « Toutes les vies », afin de lever des fonds pour que le théâtre continue d’exister. Malgré un soutien constant de la Ville d’Alfortville, « les subventions publiques ne permettent plus de couvrir les frais de maintenance ni d’engager des dépenses d’investissement » pour que la compagnie du metteur en scène puisse poursuivre ses créations. Le constat est le même au Théâtre L’Échangeur de Bagnolet, qui accuse un déficit d’environ 60 000 euros, qui pourrait l’obliger à fermer ses portes en juin. Cette crise touche aussi les très grosses compagnies, comme la Carolyn Carlson Company, qui a annoncé début janvier l’arrêt de ses activités après les dernières représentations de The Tree, les 30 et 31 janvier au Théâtre des Champs-Élysées. Dans la Région Grand Est, le couperet est tombé pour l’Agence culturelle Grand Est : le pôle spectacle vivant sera sacrifié dans son entièreté. Un conseil d’administration qui se réunira ce lundi 19 janvier proposera un organigramme fonctionnel de la nouvelle agence qui devrait s’appeler « L’Agence Scénique » et ne conservera que des fonctions techniques. Toutes les activités d’accompagnement des artistes régionaux grâce à des dispositifs d’aide à la diffusion, à la coproduction, des ateliers pratiques ou des formations s’arrêtent.
Le FONPEPS en danger
Les organisations syndicales ne cessent d’interpeller l’État, sans obtenir de réponses concrètes. « Après avoir écouté le discours du Premier ministre sur les efforts budgétaires ‘consentis’ pour obtenir un consensus, nous prenons acte de l’absence totale de prise en considération des enjeux de financement de la politique culturelle, du soutien à la création, de l’éducation artistique et de ses emplois, expliquait ce week-end le SYNDEAC (Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles) dans un communiqué. Devons-nous comprendre que cette question n’intéresse ni le Premier ministre ni les chefs de parti avec lesquels il a mené des discussions ? »
Le 14 janvier, l’Intersyndicale*, dans un courrier adressé à Rachida Dati, s’inquiète de la reconduction du FONPEPS (Fonds National Pour l’Emploi Pérenne dans le Spectacle) par décret pour trois ans avec une perspective budgétaire en baisse de 40%. Le FONPEPS est un dispositif créé en 2016 par le ministère de la Culture pour soutenir l’emploi durable dans le secteur du spectacle vivant (public et privé). Un fonds dédié spécifiquement à la réduction de la précarité en encourageant les structures employeuses à créer des emplois plus pérennes et à allonger la durée des contrats de travail. « Ce sous-financement organisé conduit mécaniquement à une réduction des droits, à une destruction d’emplois et à une fragilisation durable de l’ensemble du secteur du spectacle vivant et enregistré, souligne l’Intersyndicale dans sa lettre. Nous refusons que le FONPEPS, que nous avons gagné en 2016 suite à la lutte des intermittents contre la convention d’assurance chômage du 14 mai 2014, soit sacrifié sur l’autel des arbitrages budgétaires de Bercy. Nous refusons que des dispositifs essentiels à l’emploi soient vidés de leur substance sans débat, sans transparence et sans responsabilité politique. »
La Scène nationale d’Aubusson prend l’eau
À cela s’ajoute aussi la vétusté de nombreux bâtiments, dont les financements ne sont pas assurés. L’exemple le plus flagrant en ce début d’année est celui du Centre culturel Jean Lurçat qui abrite la Scène nationale d’Aubusson. Si la salle de théâtre est épargnée, car le toit est incliné, deux salles sont inutilisables à cause de soucis d’infiltration. Le toit menace de s’effondrer. Les travaux à hauteur de 4 millions d’euros ont été évalués, pris en charge par l’État (2 millions), la Région (1 million) et 800 000 euros par le Département de la Creuse, propriétaire du bâtiment. Mais comme il n’en a plus l’usage avec l’ouverture le 17 janvier de l’extension de la Cité internationale de la tapisserie, ce dernier souhaite se séparer du Centre culturel, et met en suspens sa participation au financement des travaux. Un dossier urgent sur le bureau du nouveau préfet de la Creuse, Jean-Philippe Legueult.
Rachida Dati, à son arrivée au ministère de la Culture, avait fait de l’accès à la culture en milieu rural l’une de ses priorités, avec un plan doté de 100 millions d’euros pour de nouveaux projets – 70 festivals ont été soutenus dans l’Hexagone et en Outre-mer, 4 millions d’euros déployés pour soutenir des projets d’artothèques dans 43 départements et 240 résidences d’artistes soutenues ces deux dernières années. Mais quid de l’existant ? Les acteurs culturels qui, depuis des dizaines d’années, portent la culture sur tout le territoire sont fragilisés par les baisses constantes des subventions des collectivités locales, et n’ont plus les moyens de faire vivre correctement leurs structures. Ils sont contraints, pour beaucoup, de réduire les saisons avec, en cascade, une fragilité et une paupérisation pour tous les artistes en bout de chaîne.
Stéphane Capron – www.sceneweb.fr
*CGT Spectacle, FÉDÉRATION DES ARTS DE LA RUE, FORCES MUSICALES , SCENE ENSEMBLE, SCC Syndicat des cirques et compagnies de création, SFA CGT, SMA, SNAM CGT, SYNDEAC, SYNPTAC CGT


Laisser un commentaire
Rejoindre la discussion?N’hésitez pas à contribuer !