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Un mince mais divertissant « Avare » musical

A voir, Amiens, Caen, Dijon, La Rochelle, Les critiques, Opéra, Paris, Reims, Rennes, Versailles
L'Avare de Francesco Gasparini par Vincent Dumestre et son Poème harmonique
L'Avare de Francesco Gasparini par Vincent Dumestre et son Poème harmonique

Photo Philippe Delval

Vincent Dumestre et son Poème harmonique défendent avec une verve satirique bien ciselée L’Avare de Molière dans une adaptation plaisante, bien qu’un brin maigrelette, composée par le baroque vénitien Francesco Gasparini.

Pour mieux goûter le spectacle présenté au Théâtre de Caen avant de partir en tournée, il faudrait avoir oublié, ou au moins parvenir à se détacher de son illustre modèle littéraire, dont il ne reste, cinquante après sa création française, sous la plume du librettiste Antonio Salvi et sur la musique du compositeur Francesco Gasparini, qu’une portion menue. Seules quelques bribes éparses et décousues de répliques et d’intrigues se laissent reconnaître dans cette version très resserrée. En effet, l’adaptation de L’Avare que propose le contemporain de Vivaldi et auteur prolixe de plus de soixante opéras tombés dans l’oubli se présente de courte facture. La pièce d’origine se limite donc à un simple canevas de commedia dell’arte où s’ajoute le stratagème bien connu, et aimé à l’époque classique, du travestissement. Le traitement est le même pour les personnages. Nommé Pancrazio, Harpagon change de patronyme, mais conserve son odieux caractère. Les autres rôles – une quinzaine d’importance diverse chez Molière – se cristallisent dans la figure intrépide de Fiammetta qui, pour piéger l’Avare et lui voler son or, entre à son service en se faisant passer pour un frère jumeau inventé s’appelant Fichetto.

Si l’inversion du rapport de force qui s’exerce entre le maître et son valet demeure au centre du propos, le conflit générationnel et la révolte insolente des fils contre la tyrannie des pères, rendus admirablement audibles chez Molière, passent ici à la trappe. Non sans ironie, certains verront dans cette réduction drastique la manifestation d’une pingrerie que la pièce tend pourtant à vilipender. Cela s’explique davantage par la forme singulière de l’ouvrage donné : il ne s’agit pas d’un opéra véritable, mais d’un intermezzo à la mode d’alors, c’est-à-dire d’un court moment chanté, originellement placé entre les actes d’un plus long et copieux opera seria. N’ayant d’autre fonction que celle de faire patienter le public en le distrayant au moyen d’une histoire badine et indépendante de l’intrigue narrée dans la pièce d’envergure qui est représentée, certains intermezzi, dont La serva padrona de Pergolesi qui déclencha la fameuse Querelle des Bouffons, connurent un tel succès qu’ils éclipsèrent la grande œuvre qu’ils accompagnaient.

Autrefois associé au metteur en scène Benjamin Lazar, Vincent Dumestre a permis de faire renaître Le Bourgeois gentilhomme dans une version devenue historique qui restituait l’intégralité des pages musicales signées de Lully pour ses parties dansées. Dénicheur passionné, il fait désormais découvrir cet Avare qui ne fait pas partie des célèbres comédies-ballets du dramaturge français. Guitare en main, il dirige discrètement l’ensemble de douze musiciens, majoritairement des pupitres de cordes, inhabituellement placés sur scène, fardés et costumés sous la pleine lumière d’un lustre brinquebalant. Avec finesse et plaisir, il cisèle l’esprit comme la note de cette petite œuvre dont la légèreté, la vivacité parfois piquante, mais aussi la suave langueur, ne manquent pas de charmer. Au plateau, le jeune metteur en scène Théophile Gasselin n’adopte pas la rigueur stylistique de son aîné, Benjamin Lazar, adepte de l’éclairage à la bougie et d’une déclamation sophistiquée, mais il propose une forme élégamment classique et néanmoins inventive qui participe elle aussi à reconvoquer l’esthétique du grand siècle, son esprit de tréteaux et ses grandes toiles peintes.

Les chanteurs mènent le jeu sur un rythme alerte. Victor Sicard propose un Avare qui arbore les contours physiques et vocaux d’un imposant Falstaff, grotesque à souhait, pestant et gesticulant avec autant de bonhomie que de morgue colérique lorsqu’il attrape à la volée un violon qu’il saccage à grands coups de pieds ou qu’il invective le parterre où se joue le célèbre monologue final. Éva Zaïcik offre un mezzo sensuel et galbé à Fiammetta, qui conduit avec maestria l’intrigue. La figure à la fois archétypale et d’une disruptive modernité impose un point de vue féminin, à l’instar de celle que la chanteuse a interprétée dans L’Uomo Femina de Galuppi, également exhumée par Vincent Dumestre sur la même scène normande. Ils sont accompagnés du Valetto muet, mais d’une expressive mobilité, de Stefano Amori et de la vieille nourrice campée par Serge Goubioud. Aussi roublarde que raisonnée, c’est à elle que revient la sage morale de l’apologue présenté.

Christophe Candoni – www.sceneweb.fr

L’Avare
de Francesco Gasparini
Livret Antonio Salvi, d’après L’Avare de Molière
Direction musicale Vincent Dumestre
Mise en scène Théophile Gasselin
Avec Éva Zaïcik, Victor Sicard, Serge Goubioud, Stefano Amori
Orchestre Le Poème Harmonique
Scénographie et assistanat à la mise en scène Louise Caron
Costumes Alain Blanchot
Lumières Christophe Naillet
Maquillages et coiffures Mathilde Benmoussa
Réalisation des costumes Ateliers du théâtre de Caen
Construction des décors et accessoires Espace et cie, Vénissieux

Production Le Poème Harmonique
Coproduction théâtre de Caen ; Opéra Royal – Château de Versailles Spectacles
Avec le soutien de l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet, de la Fondation Orange et de la Spedidam
Résidences L’ÉTABLE – Compagnie des Petits Champs

Le Poème Harmonique est soutenu par le ministère de la Culture (DRAC de Normandie), le Centre National de la Musique, la Région Normandie, le Département de la SeineMaritime et la Ville de Rouen. Le Poème Harmonique est en résidence à la Fondation Singer-Polignac en tant qu’artiste associé. Pour ses projets en Normandie, Le Poème Harmonique bénéficie du soutien du Fonds Haplotès.

Durée : 1h15

Vu en mars 2026 au Théâtre de Caen

Opéra de Rennes
du 18 au 21 mars

Athénée Théâtre Louis-Jouvet, Paris
du 9 au 18 avril

Opéra de Reims
le 29 avril

La Coursive, Scène nationale de La Rochelle
les 5 et 6 mai

Maison de la Culture d’Amiens
le 13 mai

Opéra Royal de Versailles
du 5 au 7 juin

Festival de Beaune
du 12 au 14 juillet

Opéra de Dijon
les 3 et 4 mars 2027

5 mars 2026/par Christophe Candoni
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