Un concert, des chutes et des envols : bienvenue aux abords d’un monde où le danger rôde, mais où se tenir, voire s’agripper fermement tient lieu de viatique. Pour leur premier spectacle en duo, les expérimentés voltigeurs Basile Forest et Marianna Boldini forcent le respect.
Pleins feux sur la salle et la scène, un homme vient changer une ampoule de la guirlande du décor et repart ; puis, tranquillement, depuis la régie, des personnes descendent des gradins, déplient des chaises posées dans un coin sur le parquet, sortent leurs instruments, testent les cordes de leurs violons et violoncelle… À côté d’eux, l’arche d’un pont métallique. Pas de tapis de réception, pas d’agrès. Où est le cirque alors ? Partout !
Pour le premier spectacle de leur compagnie – conçu pour la salle, mais on l’imagine tellement aussi en extérieur –, la si bien nommée Les Complémentaires, Basile Forest et Marianna Boldini ont eu cette si belle idée de créer un décor qui dissimule leurs outils de travail. De fait, tous les possibles s’ouvrent à eux puisqu’ils sont des voltigeurs de très très haut niveau. C’est d’ailleurs avec les stars en la matière, XY, qu’ils se rencontrent il y a dix ans dans Les Voyages. Formés à l’ENACR de Rosny-sous-Bois, puis au CNAC de Châlons-en-Champagne pour lui, à la Flic de Turin, puis à l’ESAC de Bruxelles pour elle, ils font une paire parfaite, jouant de leur grande différence de taille, au point que les illusions qu’ils provoquent sont encore plus accentuées que le réel. Cela leur permet d’incarner tout ce que le couple – amoureux ou pas, ce n’est pas la question – peut générer de domination, d’emprise, de fusion, de complémentarité (on y revient), de réconfort ou de dépendance.
Qu’elle soit sur le tablier du pont, au bord du précipice, debout sur les rambardes, qu’elle s’échappe dans les mailles de fer des piles où il manque de se coincer, c’est la panoplie des liens qui se dessinent avec une grande fluidité. Déployant dans cette scénographie les éléments du cadre coréen, Basile Forest et Marianna Boldini peuvent se livrer à toutes sortes d’acrobaties, de portés par les pieds, les mains, des rotations arrière, avant, latérales, des vrilles, et même une figure dite « marinitch », du nom d’un gymnaste ukrainien, un main-à-main suivi d’un salto avant… Tout est d’une extrême maitrise au point qu’ils peuvent s’amuser à jouer de l’accident lorsqu’elle tombe sur cet amas de terre en contrebas, qui est en réalité un vaste velours noir qui recouvre de quoi amoindrir les atterrissages. Cependant, le duo ose aussi évoluer sur une partie moins sécurisée du plateau, témoignant de l’absolue confiance qu’ils ont l’un envers l’autre.
Dans cet univers où les échelles sont distordues – le pont paraît faire des dizaines de mètres de hauteur –, la musique n’est pas un accessoire. Tout le monde la pratique, les circassiens compris, elle à l’accordéon, lui au violon, dans des positions de contorsionniste parfois. Présent au plateau, c’est David Brossier qui crée ces airs tsiganes quand il ne reprend pas les notes de Titanic, car, oui, la catharsis passe aussi par l’humour. La (courte) farandole qu’ils entament, et qui embarque toute la compagnie, opère un lien supplémentaire dans cette pièce qui n’est faite que de ça. D’abord parce qu’elle casse les espaces distincts dévolus aux musiciens et aux acrobates et aussi parce que cette danse ancestrale est indubitablement puissante, comme l’avait aussi expérimenté avec une très grande solidité Maguy Marin dans BiT. Une danse pour lutter contre l’inéluctable finitude des choses que met en cirque avec brio le couple de circassiens.
Nadja Pobel – www.sceneweb.fr
Catharsis
Conception Marianna Boldini, Basile Forest
Avec Marianna Boldini (main-à-main, cadre coréen, accordéon), Basile Forest (main-à-main, cadre coréen, violon), David Brossier (accordéon, violon), Lina Belaïd (violoncelle)
Musique David Brossier
Son Alice Lemoigne
Lumières Mathias Flank
Regard extérieur Victoria Martinez
Regard acrobatique Maxime Bourdon
Dramaturgie Anne Sellier
Scénographie textile Céline Perrigon
Costumes Clémence Faure, Céline PerrigonCoproduction APCIAC – Association de préfiguration Cité Internationale des Arts du cirque, La Verrerie – Alès, le Train Théâtre – Portes-lès-Valence, Cirque-Théâtre d’Elbeuf, La Brèche – Cherbourg-en-Cotentin, Théâtre de La Renaissance – Oullins-Pierre-Bénite, le PALC – Châlons-en-Champagne. Soutien : La Gare à coulisses – Eurre, Le Pôle – Arts en circulation – Le Revest-les-Eaux, Archaos – Pôle national cirque – Marseille, Le Plongeoir – Le Mans.
Durée : 50 minutes
Vu en février 2026 au Théâtre de la Renaissance, Oullins-Pierre-Bénite
Cirque-Théâtre d’Elbeuf, dans le cadre du festival SPRING
du 11 au 13 marsThéâtre de Saint-Lô
le 2 avril




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