C’est une création aussi délicate qu’organique qu’ont concoctée Christian et François Ben Aïm avec la collaboration à l’écriture et à la dramaturgie de l’autrice Mariette Navarro. Dans ma cuisine, un désert ? aborde une problématique écologique de premier ordre avec une poésie qui irrigue autant les corps que les mots.
Ils sont nombreux les compagnonnages fraternels durables dans la création, qu’elle soit cinématographique, musicale, voire littéraire. En témoignent les frères Grimm, Goncourt, Dardenne, Coen… Quant aux frères Christian et François Ben Aïm, leur collaboration remonte maintenant à plus de vingt ans, au cours desquels ils ont aiguisé leur langage chorégraphique commun, l’augmentant tantôt d’une dimension acrobatique, tantôt d’une trame textuelle. Pour ce troisième spectacle jeune public après La Forêt ébouriffée (2013) et Mirages – Les âmes boréales (2018), le binôme revient à une préoccupation écologique majeure et profite de la complicité de Mariette Navarro, autrice contemporaine d’Ultramarins, un premier roman envoûtant révélant une plume solide et habitée. Familière d’une écriture pour la scène, la dramaturge nourrit depuis plusieurs années des connivences fructueuses, notamment avec la chorégraphe Marion Lévy. Elle imagine ici un texte ondoyant comme son sujet, l’eau, qu’elle explore dans toutes ses réalités concrètes autant que dans ses horizons poétiques et symboliques.
Mais ce qui advient en premier, avant le verbe, avant le tout premier mot prononcé, dans cette jolie proposition mixant danse, cirque et théâtre, c’est la musique. Elle irrigue les corps des deux interprètes, elle habille l’espace et distille ses humeurs changeantes, sa joie primesautière, sa mélancolie, ses cordes de guitare, sa batterie, et, par-dessus tout, ses élans fulgurants qui emportent tout. Signée Patrick de Oliveira, cette superbe composition musicale étoffe l’épure de la scène, draine son lot d’émotions et imprime à la danse sa dynamique organique et ses changements de rythme. Et, dans ce bain sonore et musical tout de nuances tissé, Louise Hardouin et Jules Sadoughi forment un duo harmonieux et accordé dans la fluidité. La gestuelle s’inspire du sujet exploré, toute en glissades, portés légers, ondoiements et tournoiements. On croirait qu’une onde les parcourt, qu’une vague les soulève et les berce de son mouvement cyclique et permanent.
Aussi à l’aise dans l’émission du texte que dans la partition acrobatique qui les réunit, le danseur et la danseuse semblent littéralement traversés par les mots de Mariette Navarro. Comme si ceux-ci se transformaient directement en gestes, impactaient leur énergie corporelle et lui soufflaient son flux. Et si le champ lexical de l’eau est décliné dans tous ses aspects ludiques et poétiques langagiers, sa traduction physique accouche de roues en cascade, de corps liquides et dégoulinants, de gouttes sautillantes, de débordements et de courants vivifiants, tandis que les deux tables, unique mobilier, sont elles aussi mobilisées et modulées de façon à modifier le support de leurs variations chorégraphiques. Perpendiculaires en fond de scène, collées en carré au centre du plateau, en toboggan ou en sémaphore à la verticale où se percher, elles composent et recomposent les infinies possibilités de ce duo doux et évident qui s’y coule, s’y cache, point d’appui et de rebond, tremplin et partenaire aussi. À l’image du lien sanguin qui unit Christian et François Ben Aïm, le dialogue, physique et textuel, qui lie les deux interprètes semble couler de source. Comme si le motif traversé par la pièce, l’eau sous toutes ses coutures, en infusait chaque pore et chaque élément.
Marie Plantin – www.sceneweb.fr
Dans ma cuisine, un désert ?
Chorégraphie Christian et François Ben Aïm
Écriture et dramaturgie Mariette Navarro
Avec Louise Hardouin, Jules Sadoughi
Création lumière Laurent Patissier
Composition musicale Patrick de Oliveira
Costumes Aurore ThiboutProduction CFB 451
Coproduction L’Odyssée – Scène conventionnée d’intérêt national art et création, Théâtre de Suresnes Jean Vilar, Le Figuier Blanc et la Fondation Royaumont
Coréalisation Les Plateaux Sauvages
Avec le soutien et l’accompagnement technique des Plateaux Sauvages
Avec le soutien du Théâtre Jacques Carat – Cachan
Mise à disposition de studio Atelier de Paris – Centre de Développement Chorégraphique National et Les Tréteaux de France – Centre Dramatique NationalDurée : 50 minutes
À partir de 6 ansLes Plateaux Sauvages, Paris
du 13 au 21 février 2026L’Orange Bleue, Espace Culturel d’Eaubonne
du 12 au 14 marsLe Figuier Blanc, Argenteuil
les 29 et 30 marsFête du livre jeunesse de Villeurbanne
le 26 avrilThéâtre des Bergeries, Noisy-le-Sec
les 28 et 29 mai




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