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« Et dire que j’ai ton sang dans mes veines », chronique familiale d’un nouveau genre

A voir, Les critiques, Paris, Théâtre
Et dire que j’ai ton sang dans mes veines de Clément Piednoel Duval
Et dire que j’ai ton sang dans mes veinesde Clément Piednoel Duval

Photo Christophe Raynaud de Lage

Sur le sujet déjà labouré du fils de la campagne, homosexuel, qui revient sur son enfance et les terres familiales, Clément Piednoel Duval fait pousser des coquelicots. Pour faire du neuf avec du vieux, il fallait tuer le daron. Et dire que j’ai ton sang dans mes veines s’y attelle brillamment.

« Tout est dit et l’on vient trop tard ». La fameuse formule de La Bruyère hante le spectacle Et dire que j’ai ton sang dans mes veines. Car, enfin, comment aujourd’hui, sans répéter ce qui a été déjà fait, parler de son enfance, de son rapport à la famille, au père plus particulièrement, quand on est homosexuel et transfuge de classe, jeune homme ayant quitté la campagne pour Paris qui revient sur son passé ? Édouard Louis, Lagarce, entre autres, sont déjà passés par là, et Clément Piednoel Duval commence son exploration à la manière d’une Annie Ernaux, partant d’une photo de lui enfant, posé tout sourire sur un tracteur à côté de son père, entamant entre le moi jeune et le moi actuel une dissociation qu’il faudra résoudre, le dernier ne se reconnaissant plus dans le premier.

Tout est dit, mais Clément Piednoel Duval va réussir à le dire autrement. Depuis longtemps, l’histoire du théâtre est celle d’enfants qui se révoltent contre les parents, de conflits de générations souvent vécus au masculin. « Eh ! Mourez le plus tôt que vous pourrez, c’est le mieux que vous puissiez faire », lance Dom Juan à son paternel. Dans ce spectacle, c’est un spectateur qui est invité à tirer au pistolet sur le personnage du père du fils, double de l’auteur. Il n’a pourtant rien de bien méchant celui-là, en apparence. Il ne tape pas la mère, mais fait quand même la gueule quand elle ne veut pas accomplir son devoir conjugal. Il considère traditionnellement la terre comme une matière à labourer et à ensemencer. Il dit « chut » quand il y a la météo à la télé, et se plaint que son fils ne veuille pas devenir agriculteur comme lui. Plane également le sentiment qu’il n’est pas comme lui, le fiston, le regret de l’hétérosexualité. Mais tout cela est-il vraiment plus gros qu’un grain de sable, ou plutôt qu’un grain de blé, avec lequel l’auteur finalement convoqué sur scène pour une émission télé manque de s’étouffer, mais qu’il finit par recracher ?

Il n’y aurait pas de quoi en faire un drame ? Pas de grande tirade ici. Le théâtre et sa tendance à tout exagérer, on s’en moque, comme lorsque la mère se lance en tragédienne devant le père qui la quitte. En réalité, c’est le contraire qui s’est passé. Et la sœur, personnage enraciné qui garde la maison debout, fait des chansons à tout bout de champ, comme pour mieux relativiser. Car lorsque tout est dit, on n’arrive pas forcément trop tard. Il reste la manière de le dire. Et de ce côté, comme de bien d’autres, Clément Piednoel Duval fait preuve de pas mal d’imagination. Variété des registres, tout d’abord. Il plaque une phrase aux allures poétiques d’entrée de jeu sur un écran. On s’attend à une débauche de lyrisme, mais le fils entame son histoire en mode quotidien. Quelques coquelicots plus tard viennent déréaliser la chronique familiale de campagne en mode burlesque. Ici, rien ne se dit sans être regardé, jaugé, pris à contrepied, éventuellement moqué, sans être pour autant disqualifié. Il en va ainsi des choix fictionnels comme des métaphores florales. Le statut de la parole théâtrale est sans cesse remis en cause. Le spectacle ne démarre jamais vraiment d’ailleurs. Des scènes se répètent. Comme si on se retenait. Comme s’il fallait tout retourner pour mieux comprendre. Pour ne pas se laisser prendre au jeu. Comme si affirmer, ce serait faire comme les pères. On est bien avec la jeune génération.

Clément Piednoel Duval est dans la vingtaine. Passé notamment par la section auteurs de l’École du Nord, il parvient donc très habilement à régénérer le sujet rebattu de la filiation. Car, dans sa version, c’est cette époque qui parle. Cette génération douce et intransigeante qui traque le patriarcat sous toutes ses formes. Sa violence est ici plus insidieuse que celle des pères d’avant, bruts et rustres. Ce sont les pères nés de Mai-68 qui sont en question. Des photos de jeunes chanteuses qu’il n’écoute pas traînent sur son smartphone. Il est de la génération Sarkozy – qui voulait deux mariages parce qu’hétéro et homo, ce n’était pas la même chose, comme le rappelle un passage d’émission télé de l’époque de la loi Taubira et du mariage pour tous. Il n’est pas terrible, ce père, mais il faut l’achever. Tuer le père, définitivement. Pour qu’enfin, de ce sang qui coule dans les veines puissent naître des coquelicots, de jolies fleurs sauvages aux pétales froissés.

Eric Demey – www.sceneweb.fr

Et dire que j’ai ton sang dans mes veines
Texte, mise en scène, scénographie Clément Piednoel Duval (éditions Théâtre Ouvert | Tapuscrit)
Avec Marie-Camille le Baccon, Thomas Stachorsky, Vadim Vidovic, Blanche Vollais
Assistanat à la mise en scène Ambre Germain Cartron
Création lumière Louise Franck, Rémy Raes
Création sonore et vidéo Pierre Hubert, Marius Orjollet
Régie générale Louise Franck

Production Cie La Fabrique du Réel ; Collectif les 8 poings
Coproduction Théâtre Ouvert – Centre National des Dramaturgies Contemporaines ; Théâtre du Nord – Centre Dramatique National Lille – Tourcoing
Soutien École du Nord – École Nationale Supérieure d’Art Dramatique de Lille ; ARTCENA – Centre national des arts du cirque de la rue et du théâtre
Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National

Cette pièce est lauréate de l’Aide nationale à la création d’Artcena – Centre National des arts du cirque, de la rue et du théâtre.

Durée : 1h20

Théâtre Ouvert, Paris
du 9 au 21 février 2026

12 février 2026/par Eric Demey
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