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« Le Plaisir, la Peur et le Triomphe », le catalogue d’images de Joaquim Fossi

Décevant, Grenoble, Le Havre, Les critiques, Lyon, Maubeuge, Paris, Théâtre
Joaquim Fossi crée Le Plaisir, la Peur et le Triomphe au Théâtre de la Bastille
Joaquim Fossi crée Le Plaisir, la Peur et le Triomphe au Théâtre de la Bastille

Photo Simon Gosselin

Au Théâtre de la Bastille, le jeune dramaturge, metteur en scène et comédien Joaquim Fossi se glisse dans la peau d’un archéologue-conférencier fouillant et interprétant, depuis le futur, nos archives numériques communes, mais peine à creuser en profondeur son sujet et à atteindre un niveau de réflexivité suffisant pour révéler le trop grand pouvoir des images.

Qui est-il et qui sommes-nous ? D’où nous parle-t-il et où avons-nous atterri ? Ces questions, fondamentales, essentielles, existentielles même, Joaquim Fossi ne les pose pas plus directement qu’il n’y répond. Pourtant, elles deviennent obsédantes au fur et à mesure que se déroule son premier spectacle, Le Plaisir, la Peur et le Triomphe – un titre emprunté au recueil d’entretiens de Milo Rau, Vers un réalisme global –, dont il occupe, sur le plateau de la petite salle du Théâtre de la Bastille, le seul et unique rôle. Chemise gris clair rentrée dans un pantalon de costume, le jeune artiste formé à l’École du Nord (promotion 6) se présente en conférencier, devant un écran à ce point dévorant qu’il déborde sur la scène. Il a une tête, deux bras, deux jambes, l’allure d’un homme de son temps, donc, mais vient en réalité d’un lointain futur, de janvier 7026, comme l’indique la date inscrite en haut à droite de sa présentation. Un monde, où, on le comprend bien vite, les humains auraient disparu, remplacés par, au choix, des avatars, des robots humanoïdes ou des cousins qui, à en croire les caractéristiques physiques de notre conférencier, leur ressembleraient, mais ne se réclameraient plus de cette espèce. Étonnante distance, donc, que, par manque d’identification, Joaquim Fossi n’explique pas, mais ne cesse d’exploiter.

Car, à l’image d’Arthur Amard, Rémi Fortin, Simon Gauchet et Blanche Ripoche qui, dans Le Beau Monde, réactivaient, depuis un futur indéfini, des fragments du passé pour interroger nos us et coutumes contemporains, le dramaturge, metteur en scène et comédien se comporte comme un archéologue oeuvrant dans un mystérieux labo. Loin de s’intéresser, avec tendresse et doigté, aux élections, aux larmes ou à la danse comme ceux qui l’ont précédé, lui a focalisé sa recherche sur la sphère numérique, et y a déniché une collection d’images que nous ne connaissons que trop bien : le smiley sourire :), la photo d’un coucher de soleil, la météo d’Évelyne Dhéliat – mais aussi les portraits des anciens présentateurs du journal télévisé de TF1, Claire Chazal et Harry Roselmack –, des avis Google, une capture d’écran de Google Earth, le fond d’écran de Windows XP, des extraits du jeu Les Sims 2 : Double Deluxe, des dizaines de photos de profil de Facebook, un portrait de Bruce Willis ou encore un extrait figé – et heureusement flouté pour le plus grand soulagement des lycéens – d’une vidéo présentée comme la plue vue sur Pornhub. Organisée en dix séquences, entre lesquelles s’intercalent un remix du One More Time des Daft Punk et une exploration de L’Entrée des animaux dans l’Arche de Bassano, cette traversée donne l’occasion au conférencier de livrer ses conclusions, souvent naïves et erronées, sur le fonctionnement des humains du début du XXIe.

Sous son regard, le smiley :), qui peut accompagner un « jss là » autant qu’un « jv te niker », devient le symbole d’une volonté d’ouverture, matérialisée par les deux points, qui se verrait contrecarrer par un mur communicationnel immédiat, érigé par la parenthèse fermée, Évelyne Dhéliat se transforme en oracle des jours à venir, Bruce Willis en creuset cathartique de l’expérimentation de la mort – à laquelle il a survécu 31 fois – et la vidéo extraite de Pornhub en témoignage de la façon dont les humains échangeaient physiquement entre eux. Souvent facétieuses, parfois drôles, ces hypothèses cliniques, presque mécaniques, et validées de façon un peu trop hâtive, ne vont malheureusement, et c’est là que le bât blesse, jamais au-delà d’une forme de catalogue très lacunaire de la culture numérique matinée de pop culture – où il manquerait tant et tant de pages, des lolcats au Doge, en passant par toute une collection de mèmes, de la petite fille devant une maison en flammes à l’homme déloyal. Joaquim Fossi peine alors à mettre en branle cette réflexivité que, pourtant, il appelait de ses voeux dans sa note d’intention, à s’interroger, en profondeur, sur le pouvoir des images, sur ce qu’elles font de nous et sur ce qu’elles disent de nous, sur leur façon de structurer notre appréhension du monde – y compris en ne le voyant, dorénavant, qu’à travers l’écran d’un smartphone pour les utilisateurs les plus férus d’Instagram – et sur leur manière d’envahir, et de saturer, parfois avec des représentations fallacieuses, notre espace mental, et, ce faisant, de scléroser notre imaginaire.

Tout se passe alors comme si le jeune dramaturge et metteur en scène passait malheureusement, et pour une assez large partie, à côté de son sujet, expédié en une toute petite cinquantaine de minutes. Une rencontre manquée d’autant plus regrettable que Joaquim Fossi, en tant que comédien, ne manque ni de présence, ni de doigté, dans la posture de faux naïf et de vrai espiègle qu’il endosse, et aurait pu ouvrir un autre chemin dramaturgique, celui de la construction de la connaissance. Car, pour une fois, dans le renversement temporel qu’il opère, les humains du XXIe siècle ne sont plus les observateurs de ceux qui les ont précédés, mais observés par ceux qui leur succèdent, et peuvent voir s’élaborer des théories aussi inexactes qu’incorrectes sur leurs modes de vie. En miroir, aurait alors pu être interrogée la fabrique de notre propre savoir, la manière dont nous reconstitutions, à partir d’éléments forcément lacunaires, les us et coutumes de nos ancêtres – médiévaux, antiques, préhistoriques, voire non-humains –, et réinstiller un peu de doute et de modestie dans des vérités qui se présentent comme telles, mais ne sont, en définitive, bien souvent, que des hypothèses. Las, comme la photographie de notre monde qui, écologiquement et politiquement, pourrait courir à sa perte – dans laquelle les images ont, fondamentalement, au vu de leur règne tout-puissant, une part de responsabilité –, ce terrain intellectuel est laissé en friche par l’artiste-conférencier qui, en tant qu’archéologue, ne semble pas tout à fait avoir achevé un travail de fouilles à ce stade trop superficiel.

Vincent Bouquet – www.sceneweb.fr

Le Plaisir, la Peur et le Triomphe
Conception, mise en scène et jeu Joaquim Fossi
Texte Joaquim Fossi, Noham Selcer
Collaboration artistique Nine d’Urso
Création lumière et scénographie Andrea Baglione
Création sonore Lucas Depersin
Régie générale, création vidéo Clément Balcon, Marie-Lou Poulain
Dramaturgie Pauline Fontaine, Tristan Schinz
Production Prémisses – Office de production artistique et solidaire pour la jeune création
Coproduction Théâtre de la Bastille, Théâtre d’Orléans – Scène nationale, Les Célestins – Théâtre de Lyon, Théâtre Jean-Vilar (Vitry-Sur-Seine)
Soutiens Athénée Théâtre Louis-Jouvet, Le Bercail – Outil de création marionnette & arts associés

Joaquim Fossi est lauréat 2024 du dispositif Prémisses – Office de production artistique et solidaire pour la jeune création

Durée : 50 minutes

Théâtre de la Bastille, Paris
du 19 au 30 janvier 2026

Le Volcan, Scène nationale du Havre
les 10 et 11 février

Théâtre-Cinéma de Fontenay-le-Fleury
le 13 février

Les Célestins, Théâtre de Lyon
du 9 au 21 mars

MC2: Grenoble, Scène nationale
les 28 et 29 avril

Le Manège, Scène nationale transfrontalière, Maubeuge
le 6 mai

22 janvier 2026/par Vincent Bouquet
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