Nous vivons dans un monde qui nous semble devenir parfois de plus en plus fou et irrationnel, se rapprochant de plus en plus du monde de 1984 pensé par Orwell. Un jour, il devient normal de créer un système de points pour garantir la « bonne citoyenneté » de la population, un jour, il devient interdit d’utiliser un certain vocabulaire se référant au féminisme et à l’écologie dans les articles scientifiques, un jour, le fait d’être raciste ou homophobe devient une opinion qu’il faut respecter… Dans ce pêle-mêle d’actualités, ressort cette idée de sociétés qui glissent vers l’autoritarisme (quand elles ne le sont pas déjà), de « sociétés de contrôle » de plus en plus contrôlantes et intolérantes, tentant d’imposer une pensée unique.
Pour ce premier projet de création, avec Yugo Yamada et Zoé Moret, nous avons eu envie de nous concentrer sur les régimes autoritaires et mettre au cœur de la pièce la question du contrôle de la population.
À quel point l’Etat peut-il pénétrer dans l’intimité des foyers ? À quel moment passe-t-on d’un régime démocratique à un régime autoritaire ? Et jusqu’où la population peut accepter les dérives de l’Etat ?
Ces questions, nous nous les sommes posées au printemps dernier, dans un climat politique instable et inquiétant, marqué par la montée des mouvements populistes d’extrême-droite, en France, en Europe et dans le monde.
Dans notre spectacle Progéniture, nous retrouvons ces questions au sein de l’intrigue que nous avons imaginée. Nous avons souhaité partir de la fiction car l’idée n’était pas de créer une pièce-essai mais plutôt une pièce où pourrait s’exprimer, dans une histoire, nos préoccupations. Nous sommes ainsi parti.e.s de l’idée de Yugo de l’instauration d’un permis de parentalité qui nous a conduit à explorer différents sujets. Nous nous sommes intéressé.e.s à rendre sur scène le glissement d’un état démocratique à un état autoritaire en représentant plusieurs moyens employés pour contrôler la population, notamment la main mise sur les médias et l’utilisation des nouvelles technologies. Nous avons aussi souhaité représenter la corruption d’un gouvernement liée aux grandes entreprises par les lobbyings et les dérives d’un monde foncièrement capitaliste qui prône l’économie avant tout. Mais plus encore, nous tenions à montrer les impacts de l’instauration du permis de parentalité (et de tout ce qu’elle renferme) sur la population et sur les familles. C’est pourquoi, nous avons demandé à l’autrice, Zoé Moret, d’accorder une large part à l’expression des personnages.
Nous ne souhaitions pas seulement des scènes situationnelles, nous voulions aussi des scènes qui nous permettent d’être au plus proche du ressenti de chaque personnage, en libérant les personnages des étiquettes qu’on peut leur assigner en société : le genre, l’orientation, la fonction etc., en les donnant à voir dans leur singularité. Zoé Moret a ainsi écrit des monologues à l’écriture plus lyrique, plus poétique et elle a ajouté la présence d’un chœur qui se fait l’écho des pensées des personnages. J’attache une grande importance au langage et dans la commande, j’ai demandé à Zoé de travailler sur les différents langages et les différentes écritures. Il apparaît ainsi un langage politique, un langage médiatique et un langage personnel et poétique.
Dans la pièce, nous avons aussi voulu donner une place à la résistance. La réflexion sur la désobéissance civile au sein de régimes autoritaires est à l’origine de ce projet. À quel moment la désobéissance devient-elle nécessaire ? Quels sont les moyens existants ou ceux que l’on peut mettre en place pour résister ?
Progéniture
Mise en scène : Eva Vigoureux
Assistant mise en scène : Yugo Yamada
Avec : David Solis, Feichan Zeng, Inès Tribot, Marine Secchi, Yugo Yamada
Composition musicale : Gabriel Devin
Lumière : Ariane Jeannesson, Dorian Vigoureux
Affiche : dessin de Masayoshi YamadaLes dates de représentations
Du 5 novembre 2025 au 4 février 2026
Les mercredis à 21h
Théâtre Darius Milhaud, Paris
Relâches 19/11 ; 24/12 ; 31/12



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