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« Dans le couloir », tragédie familiale

A voir, Les critiques, Paris, Théâtre
Charles Tordjman monte Dans le couloir de Jean-Claude Grumberg avec Jean-Pierre Darroussin et Christine Murillo
Charles Tordjman monte Dans le couloir de Jean-Claude Grumberg avec Jean-Pierre Darroussin et Christine Murillo

Photo Bernard Richebé

Retrouvant l’auteur Jean-Claude Grumberg qu’il a régulièrement monté, le metteur en scène Charles Tordjman réunit sur scène Christine Murillo et Jean-Pierre Darroussin pour un pas de deux grinçant et émouvant. 

Il y a des pièces qui émeuvent au-delà de leur propos. Des spectacles qui touchent par le lien qu’ils établissent entre leurs personnages et une partie du public, par leur capacité à travailler une connivence – grâce à une interprétation maîtrisée – et une identification évidente entre scène et salle. À découvrir Dans le couloir au Théâtre Hébertot, l’on ressent cette forme particulière d’émotion, celle de voir comment – du moins dans la première partie de la pièce car après, ça se gâte – des résonances se tressent entre les préoccupations du vieux couple sur scène et le public « cible », soit le nombre d’autres vieux couples qui peuplent les rangées de sièges dans la salle. On imagine que si certain·es s’y reconnaissent, d’autres y retrouvent là des traits de parents ou de grands-parents… D’autant que, dans cette nouvelle pièce, Jean-Claude Grumberg travaille ces artifices d’identification et en use à l’envi. L’écrivain, scénariste et dramaturge pousse son écriture tragi-comique dans ses propres retranchements, en ne cessant d’ajouter une nouvelle facette à une nouvelle situation – amenant une bascule perpétuelle de la tendresse à la cruauté, du rire au grincement de dents.

Dans Dans le couloir, un couple d’octogénaires – interprété avec une belle justesse par Christine Murillo et Jean-Pierre Darroussin – s’inquiète quant à son fils. On les découvre « dans le couloir », espace formé de deux murs très hauts qui se complètent comme le père et la mère, l’un concave, l’autre convexe, et qui s’évasent vers la salle. Quant au « bout » du couloir, il donne en fond de scène sur une porte close. Cette porte, qui ne s’ouvrira que pour le pire, c’est celle de la chambre du fils. Un adulte aux cheveux clairsemés et blancs, paraît-il (on ne le verra pas), revenu s’installer chez père et mère. Si ce cinquantenaire demeure invisible, il hante et occupe toutes les conversations du vieux couple, qui redoute son installation définitive autant qu’il espère passer du temps avec lui. Le père, en robe de chambre sur son pantalon de velours et sa chemise avec bretelles, et la mère, en tunique ample au camaïeu de bleu et violet, vont et viennent ainsi dans l’espace et d’un sentiment à l’autre. Semblant d’abord presque sortir du décor – une sensation créée par le jeu de lumière –, il et elle vont au fil des scènes ferrailler et, par petites touches, dessiner leur relation et leur vie. Dans la succession de saynètes, qui égrène les jours et l’inquiétude pour le fils – ce qu’il fait ou pas, ce qu’il dit ou pas, sa présence dans la maison ou pas –, leurs personnalités se dessinent : lui, vieux réac’ désabusé et cynique, avec ses saillies où pointe le racisme ; elle, débordante d’amour maternel, de compréhension, d’indulgence et d’angoisse.

Ces types et caractères peuvent sembler stéréotypés, mais l’écriture piquante de Grumberg, comme l’interprétation rondement menée par le duo, convainc aisément. Si Darroussin surjoue parfois peut-être un brin l’octogénaire traînant des pieds, Murillo, elle, est incroyable de plasticité et de justesse. Surtout, leur duo fait mouche, leurs échanges prestes brossant le portrait d’un couple habitué l’un à l’autre, où, si l’amour s’est émoussé, la tendresse et la fine connaissance de l’autre demeurent. À tel point que l’on pourrait aisément imaginer que Dans le couloir s’en tienne au récit par le menu de cette attente d’un rejeton-Godot qui est là, mais qu’on ne verra pas, qui ne se manifestera quasi pas, qui ne viendra, au final, pas… Ce serait méconnaître Jean-Claude Grumberg, son goût infini pour, dans le portrait de ses personnages comme dans le récit de leur histoire, tirer le tapis sous les pieds des spectateur·rices, et nous faire basculer de la gentille comédie à la tragédie familiale.

Car le drame fondamental pour tout parent déboule, net et tranchant. C’est, alors, un tout autre sens que prend ce « couloir », antichambre de la mort, des morts, où sont désormais condamnés à attendre les deux vieux parents terrassés de tristesse. La tragédie brise l’équilibre du couple et, seul à l’avant-scène, le père se livre à un long monologue. Devant encore gagner en intensité, cette séquence saisit, là encore, par l’écriture faite de bascules de Grumberg. Car, une fois l’émotion installée, celle-ci se complexifie, se coltine au mur de l’aigreur, avec le retour du tempérament âpre de ce vieux père, l’énoncé de ses bassesses et petites méchancetés. Et jusqu’à l’ultime séquence, la pièce offre, ainsi, une valse des émotions et des sentiments. Et si son sujet, comme son écriture, souligne une attention volontariste aux drames intimes – qui ne peuvent qu’emporter l’adhésion générale et totale –, la mécanique d’écriture de Dans le couloir offre une partition de jeu stimulante pour le duo d’interprètes et émouvante pour le public.

caroline châtelet – www.sceneweb.fr

Dans le couloir
de Jean-Claude Grumberg
Mise en scène Charles Tordjman
Avec Jean-Pierre Darroussin, Christine Murillo
Assistante à la mise en scène Pauline Masson
Décor Vincent Tordjman
Lumière Christian Pinaud
Costumes Anne Yarmola
Musique Vicnet

Production Théâtre Hébertot, MK PROD’, Billal Chegra

Durée : 1h20

Théâtre Hébertot, Paris
à partir du 24 janvier 2026

31 janvier 2026/par Caroline Chatelet
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