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Le voyage immobile d’Alice Diop et de « la Vénus Noire »

A voir, Bobigny, Bruxelles, Genève, Les critiques, Orléans, Théâtre, Valence
Alice Diop lit Le Voyage de la Vénus Noire de Robin Coste Lewis
Alice Diop lit Le Voyage de la Vénus Noire de Robin Coste Lewis

Photo Marie Rouge

Dans une forme minimale qui s’apparente à une simple conférence donnée à la MC93, puis en tournée, Alice Diop parcourt l’histoire de l’art en quête de représentations des corps de femmes noires autres que tronquées ou stéréotypées.

Derrière un grand bureau en bois lisse où s’empilent des livres, des catalogues – sur la tranche de l’un d’eux est inscrit le mot « negro » en lettres capitales – ainsi que quelques objets sans doute personnels, la cinéaste Alice Diop fait ses premiers pas sur un plateau de théâtre en se tenant quasi immuablement assise, un paquet de feuilles soigneusement posé devant elle. Elle lit avec une application rigoureuse et scolaire Le Voyage de la Vénus Noire de l’autrice et poétesse afro-américaine Robin Coste Lewis. Ce texte qu’elle a découvert en 2022 a eu sur elle un impact intellectuel et émotionnel phénoménal. Alors, après avoir récemment réalisé le court-métrage Fragments for Venus, elle a choisi de le porter sur scène pour le transmettre, le partager, en toute simplicité.

Ce texte opportunément intitulé Voyage se présente comme une véritable épopée, une sorte d’odyssée poétique et métaphorique au cours de laquelle la locutrice s’embarque sur un bateau négrier, peuplé de toutes les figures qu’elle souhaite réhabiliter, pour sillonner l’espace et le temps. Cette divagation imaginative trouve, à l’inverse de son propos, une forme théâtrale qui se résout étonnamment à l’extrême fixité. Le mouvement de cette ample itinérance n’est rendu palpable qu’à travers d’infimes variations de lumière sous lesquelles l’artiste s’expose, avec courage, mais sans vraiment parvenir à dissimuler une certaine fragilité. Elle réussit toutefois à rendre éminemment audible une pensée empreinte d’une puissante force argumentative. Même désincarné, son propos se fait aussi convaincu que convaincant.

« L’art m’a mis à genoux », dit-elle. L’expression est à comprendre dans un sens aussi bien littéral que figuré. La femme se décrit au sol, rampant sur le plancher des musées, des galeries, des bibliothèques du monde entier, examinant minutieusement chaque cartel, chaque tableau, dans leurs moindres détails, pour consigner les présences de corps de femmes noires. Cette quête inépuisable prend pour point de départ la visite d’une exposition autour du mobilier colonial où est exposée une quantité de chaises, de tables, dont les pieds sont sculptés de femmes noires miniatures, une quantité d’outils, d’ustensiles, d’instruments dont les manches sont ornés de ces mêmes corps noirs, lascifs et serviles dans une représentation purement décorative et chosifiée. En se mettant en quête de trouver des figures noires échappant à ces représentations aussi simplistes que racistes, elle consigne sur de colossaux cahiers d’innombrables figures anonymisées ou invisibilisées. Les femmes noires ne portent pas de noms, ne se livrent au regard que cachées derrière un élément de décor, ou bien sur l’extrême côté de la toile, ou encore de manière parcellaire, par fragments de corps hachés, brisés, conformément au rôle de subalternes condamnées à l’éternelle servitude qui leur est dramaturgiquement conféré. La découverte inespérée d’une gravure représentant une Vénus noire bien éloignée des canons esthétiques d’un Botticelli ou celle d’une Vierge noire tenant son enfant devenue objet de dévotion et d’adoration à travers le monde permet de donner un sens à sa recherche.

Signataire de plusieurs films conçus dans une veine documentaire d’une grande justesse, la réalisatrice s’est souvent intéressée aux marges de la société. Quatre jeunes hommes de banlieue parisienne évoquaient leur propre masculinité, entre machisme décomplexé et désir d’amour véritable, dans Vers la tendresse, une nation tout entière exprimait la colère et la révolte causées par la mort de deux adolescents dans Clichy pour l’exemple, la ligne du RER B et les gens, les travailleurs qui la peuplent, occupaient le propos de Nous. Alice Diop s’affirme comme une artiste dont l’œuvre déploie une réelle capacité à modifier, voire à changer notre perception. Avec la Vénus Noire pour guide, elle nous invite à regarder ailleurs et autrement.

Christophe Candoni – www.sceneweb.fr

Le Voyage de la Vénus Noire
Conception Alice Diop
Texte Robin Coste Lewis (Éditions Gallimard)
Avec Alice Diop
Traduction et collaboration artistique Nicholas Elliott
Regard extérieur Thierry Thieû Niang
Création lumière Marie-Christine Soma
Accessoires Lucie Basclet
Costumes by LEMAIRE
Répétitrice Léa Boublil
Relecture traduction Jean-Philippe Tessé
Décor, technique et production Les équipes de la MC93

Production MC93 — Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis, Festival d’Automne à Paris
Coproduction Comédie de Genève, La Comédie de Valence – CDN Drôme-Ardèche, Wiener Festwochen | Freie Republik Wien, Kunstenfestivaldesarts, Centre Dramatique National Orléans – Centre-Val de Loire, MansA – Maison des Mondes Africains

Durée : 1h15

MC93 – Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis, Bobigny, dans le cadre du Festival d’Automne à Paris
du 19 au 30 novembre 2025

La Comédie de Valence, CDN Drôme-Ardèche
les 10 et 11 décembre 2025

La Comédie de Genève (Suisse)
du 8 au 11 janvier 2026

CDN Orléans – Centre-Val de Loire
les 27 et 28 janvier

Kunstenfestivaldesarts, Bruxelles (Belgique)
du 8 au 15 mai 2026

Wiener Festwochen, Vienne (Autriche)
du 18 au 21 mai 2027

25 novembre 2025/par Christophe Candoni
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