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La Turinoise Silvia Gribaudi est de retour en France, au Théâtre du Rond-Point, elle y présente Graces. Portrait d’une chorégraphe espiègle.
Une générosité immense émane de Silvia Gribaudi, le genre de personne à la bonhomie telle, qu’on aurait envie de la serrer dans ses bras. Petite brune aux cheveux courts, cette turinoise de 49 ans a été formée dans l’enfance à la danse classique, avant d’embrasser le contemporain et le cabaret. Depuis une vingtaine d’années, elle fait le clown sur scène tout en questionnant les représentations du corps féminins.
Plutôt adepte des pièces participatives à l’instar de A Corpo Libero (2009), où elle déambulait dans l’espace public. Elle démonte, toujours avec humour, les stéréotypes sur l’idéal de la beauté féminine. C’était le cas dans R.OSA – 10 esercizi per nuovi virtuosismi (2015), créé pour la comédienne Claudia Marsicano – dont la corpulence imposante tranche avec les corps filiformes qui peuplent les scènes – qui déploie une parodie du spectacle vivant pour interroger notre conception de la virtuosité à travers dix saynètes. Avec Graces, celle qui a façonné sa technique au fil des années pour acquérir la virtuosité, continuait cette exploration en s’attaquant par la même occasion aux canons de beauté. Sur scène avec trois danseurs, qui représentent les trois grâces (la gloire, la splendeur et la prospérité), elle se lançait dans une chorégraphie qui enchaîne les situations cocasses reprenant des lieux communs du ballet de presque théâtrale, composée de tableaux aux allures de sketches.
Histoire de continuer de creuser sa réflexion, elle a adapté en 2023 cette pièce pour le Ballet de l’Opéra-Théâtre de l’Eurométropole de Metz. Dans une version intitulée Variazioni Di Grazia, les danseuses et danseurs du ballet en dialogue permanent avec le public, sondent sur leur idée de la beauté, la perfection et donc leurs attentes de spectateurs. Grâce à ce procédé répétitif, la mayonnaise prend, mais s’éloigne un peu de la danse : “On cherche tous les jours la perfection au théâtre, pour atteindre une image de la danse qui n’adviendra sûrement jamais. C’était important pour moi de me tourner vers le public pour leur demander ce qu’ils veulent et de créer le spectacle ensemble. J’ai envie de changer nos attentes et nos regards.” explique la chorégraphe. Après cette expérience, où elle n’apparaissait pas sur scène, celle qui danse dans la plupart de ses spectacle songe à se consacrer seulement à la chorégraphie. On espère que sa douceur espiègle y perdurera.
Belinda Mathieu – www.sceneweb.f



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